Commerce - Projet Enclave

Le commerce

LE COMMERCE

Bien avant la Longue Année et l’avènement du Roi-Prophète, le royaume d’Ébène a officiellement délaissé le troc de marchandises au profit de moyens d’échange normalisés. Lorsque les neuf palatinats s’unirent sous la bannière d’Ébène, le souverain tenta tant bien que mal d’unifier la contrée à l’aide d’un seul système monétaire. Or, il découvrit que les traditions pécuniaires de la populace ne pouvaient être altérées aisément. Plutôt que de se lancer dans une guerre sainte économique contre son propre peuple, il suggéra une réforme modérée à ses nobles. Ainsi apparut à la dix-neuvième année de l’ère royale le système des « Trois balances ». Encore aujourd’hui, celle-ci est en vigueur dans le pays.

Trois types d’unités d’échange, chacun basé sur la nature et le poids du matériau utilisé, sont utilisés par les Ébénois. L’expression des « Trois balances » fut donc symboliquement établie afin de représenter le tout formé par ce trio de valeurs marchandes.

Le ducat est une pièce d’argent d’environ deux pouces de diamètre. Frappé par les hauts seigneurs du royaume, le ducat était avant le Sang’Noir la monnaie officielle des marchands mineurs, des artisans et de la petite noblesse. Si son effigie variait à l’origine en fonction du duché de fabrication, les ducats furent uniformisés par le Roi-Prophète afin de n’arborer que la croix de la croisé de Laure. Jusqu’en 370, ces pièces étaient conçues dans les forges des seigneurs du royaume, mais, depuis cette date, le privilège de la frappe de la monnaie d’argent est réservé aux argentiers royaux. Les serfs peuvent parfois en posséder, mais ce sont surtout les travailleurs du secteur commercial qui y trouveront utilité. Le ducat permettra en effet d’acheter des équipements militaires –épée, lance, bouclier, armure-, des matières premières en faible quantité ou des instruments d’artisans. S’il est bien négocié, le ducat vaut en moyenne entre 20 et 30 Follets.

Le carat est une gemme facettée ayant un poids précis. L’idée du carat fut apportée par le Roi-Prophète lors des dernières années de son règne. Soucieux d’unifier les différents palatinats du royaume par le commerce, il confia en l’an 19 la tâche aux Merrizoli de Salvar, les plus éminents joailliers de la contrée, d’épurer et de tailler diverses gemmes. Dans leurs ateliers furent ainsi altérés des milliers de joyaux –ambres, saphirs, rubis, émeraudes, améthystes et diamants- réparties en deux catégories : de petites gemmes d’un carat et de plus massives d’une valeur de cinq carats. Seuls les puissants du royaume d’Ébène peuvent espérer avoir dans leur bourse des carats. Plus encore, qu’un simple serf ou marchand issu de la roture vienne en possession de l’une de ces gemmes, on s’enquerra de ce fait, ce phénomène étant habituellement hautement suspect. Les carats permettent aux dirigeants du pays d’engager des armées, d’ériger des monuments et, bien sûr, de négocier des ententes entre eux. Une gemme d’un carat peut être négociée pour une valeur d’environ cinq ducats.

Le follet est une pièce de cuivre d’environ un pouce de diamètre. La dénomination de « follet » réfère à la région minière du Val-Follet d’où les plus importantes quantités de cuivre du royaume sont extraites. Les origines de la pièce s’enracinent dans l’Avant alors que les seigneurs ne maintenaient qu’une faible emprise sur leur propre peuple. Pour cette raison, ce sont les forgerons des bourgs et des campagnes qui se chargeaient de frapper cette monnaie, y gravant des effigies diverses, habituellement à l’image de créatures de la faune ou de la flore locale. Aujourd’hui, le follet permet à la roture d’acquérir des biens d’usage commun tels du pain ou de la bière, ou encore d’obtenir rétribution pour des services quotidiens. Contrairement au ducat, la frappe des follets est laissées à la discrétion des seigneurs.

Le pouvoir accordé par la richesse ne saurait être nié. Combien d’artisans inconnus rêvassent, en inspectant leurs outils rouillés ou éméchés, d’avoir sous leurs ordres des nuées d’apprentis obéissants? Quel marchand, lorsqu’il traverse la foire de Lys d’Or, ne songe pas aux fabuleux trésors que recèlent les terres étrangères? La plupart de ces ambitieux sont dévorés par leur vice avant d’être en mesure de se vanter de leurs exploits. Toutefois, quelques rares travailleurs persévérants et ingénieux gagnent leur pari et se hissent aux côtés des seigneurs-palatins et hauts dignitaires du royaume. Par les Follets, les Ducats et les Carats, ils achètent leur place dans l’Histoire.

Le commerce ébénois est grossièrement contrôlé par deux puissantes guildes spécialisées dans des secteurs bien précis. Bien sûr, une multitude de petites compagnies marchandes vaquent à leurs occupations dans les neuf palatinats, mais, à un point ou à un autre, ces dernières se placent sous la protection de l’une des deux grandes guildes afin de bénéficier de ses largesses et de son réseau. Ainsi, les marchands mineurs se considéreront fréquemment comme autonomes même s’ils portent officiellement les titres de Patricien, Capitaine ou Partisan.

Quant aux meneurs de ces richissimes organisations, leur voix est susceptible de faire plier les seigneurs-palatins et à faire sourire ou grimacer le prince. Après tout, comment ignorer l’opinion d’un individu détenant le pouvoir de priver la moitié du royaume de soie, de vin ou, pire, de blé? Heureusement, une profonde hargne, autant idéologique qu’émotive, divise ces guildes.

Marine des Mérillons

MARINE DES MÉRILLONS : S’ouvrir pour prospérer

Quartiers-généraux : Trenquiavelli, Avhor
Devise : « Par-delà les mers »
Secteurs d’activité : Commerce maritime avec l’étranger

La traversée des deux mers ceignant le royaume d’Ébène fut de tout temps un défi pour les navigateurs. Le succès d’une telle entreprise découle autant de l’expérience des marins, de la robustesse des navires et de la faveur des courants océaniques. De tous les capitaines ébénois, ce sont les descendants des Mérillons –Avhorois et Salvamerois- qui ont su le mieux dompter les dangers du large. Avant le Sang’Noir, nombre des marchands négociant avec l’étranger revêtaient la cape de pirates et de flibustier pillant autant les cales des boutres ardarosiens que les entrepôts côtiers des baronnets de Salvamer. Par leur intermédiaire, des produits exotiques faisaient leur entrée sur le marché ébénois et se frayaient un chemin jusqu’aux plus nobles cours des landes ; la piraterie était la condition nécessaire au luxe des aristocrates.

Toutefois, quand le Roi-Prophète entreprit de structurer le royaume autour des seigneurs-palatins et de la cité d’Yr, il devint périlleux pour les bandits des mers de poursuivre leurs activités illicites. Afin de sceller le sort de ces criminels, Vittario Acciaro, seigneur-palatin de Salvamer de l’an 18 à 36, embaucha officiellement à la vingt-et-unième année de notre ère l’un des capitaines pillards sévissant sur la Vaste-Mer afin de combattre ses semblables. Le flibustier Horacio le Flamboyant, tel qu’il aimait se faire appeler, s’empara des ducats des Acciaro et convoqua à Pyrae –archipel neutre- une assemblée des capitaines de l’Est. À force de tractations et de pots-de-vin, il persuada ses homologues de s’unir en une seule coalition apte à monopoliser légalement le commerce extérieur du royaume d’Ébène. Bien sûr, une poignée de criminels résistèrent à la formation de cette nouvelle alliance, mais ils furent promptement écrasés par les forces coordonnées de la nouvelle puissance commerciale. Horacio le Flamboyant fondait ainsi en l’an 22 l’Assemblée des Mérillons.

La croissance fulgurante de la guilde marchande contribua au maintien de l’ordre fragile qui la soutenait. Effectivement, habitués à la liberté du marin et à la frénésie des pillages, plusieurs capitaines de l’Assemblée poursuivirent clandestinement leurs opérations illégales afin de maximiser leurs profits. Cependant, les attraits de la criminalité s’estompèrent rapidement lorsqu’ils constatèrent qu’ils pouvaient –à bien moindres risques- réaliser des profits faramineux en revendant à hauts prix les produits rares acquis dans les marchés ardarosiens. Les dangers inhérents au pillage ne pouvaient que s’évanouir devant les promesses d’un monopole commercial. Nul ne pouvait traverser les mers comme le faisaient les Mérillons de l’Assemblée et nul n’était en mesure de leur faire compétition en ce domaine. L’intégration de Pyrae au royaume d’Ébène en l’an 105 ne fit que consolider le pouvoir de la guilde à l’Est, l’archipel lui servant désormais de fenêtre sur les richesses d’Ardaros.

En 319, à la suite de la montée fulgurante en puissance de la nouvelle Guilde franche d’Ébène basée à Fel, l’Assemblée des Mérillons perdit peu à peu de son influence au sein des marchés ébénois. La plupart de ses ports d’attache orientaux subissant la menace d’une invasion maritime par les forces princières et les eaux de la Vaste-Mer grouillant de pirates et de contrebandiers, la flotte marchande ne pouvait plus rentabiliser ses activités. Pour cette raison, elle se tourna vers la Marine de Carrassin d’Avhor. Regroupement commercial maritime et côtier officiellement fondé par Alvaro de Trenquiavelli et Bartholomeo Souard en 314, la Marine de Carrassin semblait être un partenaire d’affaires tout indiqué pour les Mérillons. L’entreprise, installée dans le palatinat d’Avhor, visait d’abord et avant tout le développement et la protection des réseaux maritimes de la Vaste-Mer et de la mer blanche et l’acheminement sécuritaire, efficace et légal des ressources sur le continent. De plus, par son fondateur, l’ancien comte de Trenquiavelli, également surnommé le Carrassin d’Or, la compagnie était déjà en alliance directe avec l’Assemblée des Mérillons avec qui elle partageait des objectifs communs.

Ainsi, en 319, Shala Omhenaï, la Grande amirale de l’Assemblée des Mérillons, rencontra ses homologues de Carrassin. À l’issue de cette réunion, l’ensemble des intervenants durent se rendre à l’évidence que leur survie passait par une fusion de leurs activités. En plus de la guerre civile en cours et des menaces de la Vaste-Mer, de nombreux individus hauts-placés de la Marine de Carrassin avaient commencé à prendre leur distance par rapport à la compagnie afin de se concentrer à leurs propres affaires. C’est donc à la fin de la même année, alors que les assauts pirates se multipliaient sur les routes commerciales liant l’Ébène à Ardaros, que l’union entre les deux marines fut scellée. Ainsi naissait la Marine des Mérillons.

Lors des années suivantes, l’essor inquiétant sur la Vaste-Mer de l’organisation connue sous le nom de « L’Ordre » créera de nombreux remouds au sein de la Marine. Confrontée à ces pirates fanatiques voués au renversement des gouvernements d’Ébène, la guilde marchande dut engloutir des sommes colossales pour préserver son hégémonie commerciale. Ironiquement, les enquêtes ultérieures devaient prouver que les capitaines de l’Ordre, ennemis mortels des Mérillons, étaient souvent infiltrés à même l’organisation, jouant de ce fait sur les deux tableaux. Néanmoins, en 323, après des luttes acharnées, les légions de la Marine parvinrent à poser le pied sur l’île de Corail, à mi-chemin entre l’Ébène et la Ligue d’Ardaros. Il faudra ensuite près de deux décennies de combats sanglants dans les jungles de ce bout de terre tropical pour que les Mérillons reprennent le contrôle aux mains des derniers criminels résistants. Ce fut Didius Falco, Commodore de la guilde, qui mena ces batailles acharnées.

Étroitement associée au Symposium des Mérillons (entente politique des seigneuries avhoroises et salvameroises) au sein du Dominium des Mérillons, la Marine a repris du galon depuis trente ans. Grâce à la paix du Monarque et à son contrôle ferme de l’île de Corail (menant à Ardaros), de l’île d’Ivoire (ouvrant la porte du Silud) et de l’île aux Boustrophédons (près du Vinderrhin), la flotte marchande a pu regagner le contrôle des mers. Oeuvrant de pair avec la Couronne, elle loue fréquemment ses galions et caravelles afin d’entretenir les colonies et comptoirs commerciaux à l’étranger. De plus, par l’adhésion à leurs rangs des familles Merizzoli et Di Ontano de Salvamer, responsables de la fabrication des carats, la Marine s’assure des entrées d’argent récurrentes en ses coffres. Finalement, lorsqu’en 370 la Reine Adrianna autorisa de nouveau le commerce avec les Ardarosiens de la Lance d’Ardar -ancienne Pyrae conquise par les étrangers, la Marine s’empressa de monopoliser les échanges légaux avec les marchands des lieux. Certes, plusieurs contrebandiers se plaisent encore à accoster sur les plages de l’ancienne Pyrae, mais seuls les capitaines affiliés à la Marine des Mérillons en ont la permission officielle.

Les principaux entrepôts de la Marine des Mérillons se situent sur les berges de la Vaste-Mer, plus précisément à Avhor, dans le comté de Trenquiavelli. Toutefois, au cours des deux derniers siècles, les caravelles marchandes de la guilde ont étendu leur réseau d’influence dans tous les ports côtiers du royaume. Autant à Felbourg la Cité, Port-Céleste, Yr, Salvar et Cassel, leurs immenses navires jettent l’ancre et attirent le regard de la bourgeoisie et de la noblesse.

La puissance commerciale de la Marine repose essentiellement sur l’unicité des produits exotiques qu’elle offre. À l’exception des rares voyageurs étrangers suffisamment audacieux pour traverser les mers en vue d’un négoce dans les marchés ébénois, les Mérillons sont les seuls marchands important régulièrement des contrées lointaines des denrées de luxe. Les lainages de la Terre des Roses, les encens et herbes du Silud et les manuscrits d’Ardaros trouvent ainsi, par l’entremise de la guilde maritime, le chemin des boutiques du royaume. En échange, la Marine revend dans les commerces étrangers les produits uniques ébénois : essences d’arbres rares de la forêt d’Ébène, vins d’Avhor, machineries de Fel et chevaux d’élevage de Sarrenhor n’en sont que quelques exemples. Néanmoins, les opérations de la Marine dépendent directement des relations diplomatiques d’Ébène.

Union commerciale du sud

UNION COMMERCIALE DU SUD : Nourrir le royaume

Quartiers-généraux : L’Arsenal, Corrèse
Devise : « Défricher la route »
Secteurs d’activité : Commerce intérieur de matières premières et secondaires

Autrefois, le commerce terrestre dans les plaines de l’Orrhindas, dans le sud du royaume, était assuré par une organisation du nom de « Guilde d’Arianne ». Fondée en l’an 54 à Cellryn, en Cassolmer, les activités de la guilde se concentraient autour de l’exploitation et de la distribution de matières premières. Par de judicieuses tractations politiques et économiques, cette organisation fut achetée en 319 puis intégrée au réseau commercial de la Guilde Franche d’Ébène, établie à Fel, jusqu’au démantèlement soudain de cette géante du commerce quelques années plus tard.

Privés de cette représentation économique, les marchés du sud du royaume furent momentanément désorganisés et bien des surplus d’inventaire furent perdus ou vendus à perte de crainte d’être gaspillés (lorsqu’ils ne furent pas tout simplement rachetés par le crime organisé). Historiquement, les Salvamerois, Avhorois et Felbourgeois, par leur ouverture sur les marchés étrangers, développèrent une certaine fibre marchande, leurs populations aiguisant toujours davantage leur sens des affaires. Cette tradition mercantile est toutefois beaucoup plus faible dans les territoires s’étendant entre Corrèse et Cassolmer, pour la plupart soucieux d’atteindre l’autosuffisance dans un objectif politique.

En 321, l’idée de regrouper les marchands des palatinats méridionaux germa simultanément dans l’esprit de plusieurs négociants. L’impulsion initiale vint de la région de Mordaigne, au nord de Corrèse, puis trouva de nombreux alliés au Sarrenhor et au Val-de-Ciel. Ces trois palatinats, ayant connu plusieurs conflits territoriaux dévastateurs par le passé, étaient prêts à expérimenter de nouvelles méthodes. En partageant les ressources de leurs terres par un commerce structuré et respectueux, les fondateurs espéraient voir émerger de nouvelles pratiques. Éventuellement, les discussions s’élargirent afin d’intégrer Cassolmer, marginalisée depuis des décennies, et Pyrae, cherchant ponctuellement à financer des initiatives rentables. C’est lorsque survint l’invasion du Vinderrhin et l’implication de nombreux marchands de l’ancienne Guilde franche d’Ébène dans la création de leurs flotte et armées que le ras-le-bol fut suffisant chez les gens du Sud pour que l’Union commerciale du Sud voit le jour.

Initialement, l’Union défendit bec et ongle les intérêts de ses membres. Organisation prioritairement confinée à une zone géographique du royaume, elle ne se souciait ni du commerce à l’étranger, ni des crises économiques du nord du pays. Le bois de Corrèse était échangé à prix avantageux pour du blé du Sarrenhor, tout comme les poissons de Cassolmer se frayaient un chemin immédiat vers les cuisines des carrières de pierres du Val-de-Ciel. Le déclenchement de la Guerre de l’Avènement devait toutefois brouiller les cartes et menacer la bonne entente entre les partenaires commerciaux. Si les Sarrens et Corrésiens de l’est prirent le parti des Républicains, les Valéciens et plusieurs Cassolmerois se rangèrent aux côtés du Guérisseur couronné. Les événements devaient donner raison à ces derniers, mais les choix judicieux qu’effectuèrent les premiers en matière de commerce allaient assurer la pérennité de l’Union après les affrontements.

Effectivement, dès 323, un influent négociant corrésien du nom de Vlado Trifoni entreprit l’édification d’un arsenal commercial incontournable. Construites à proximité du lac de la Croisée, à la jonction des territoires corrésiens, laurois et felbourgeois et de la cité de Mordaigne, ces installations jouaient le rôle de poste douanier au sud-ouest du royaume. Toutefois, l’ambition de Trifoni ne se limitait pas à ces infrastructures. Tout en gérant quotidiennement le flot de marchandises circulant sur ses terres, il conclut une multitude de traités commerciaux contraignant avec des marchands de tout Ébène. Monarchistes comme patriciens figuraient indistinctement parmi ses clients de sorte que, au terme du conflit, tous entretenaient des relations, intimes ou ténues, avec l’Arsenal.

Avec l’appui des seigneurs corrésiens et du Protectorat de l’Orrindhas, le complexe commercial formé par Mordaigne et l’Arsenal devint définitivement le cœur de l’Union commerciale du Sud. Non plus limitée au sud du royaume, l’organisation s’était assurée une place de choix dans tout le pays. Grâce à la création de nouvelles routes -dont le nouvelle axe entre les Semailles de Corrèse et le Sarrenhor, l’acquisition de guildes mineures vouées à l’exploitation de matières premières et à la construction de postes de traite, l’Union devint une actrice incontournable en Ébène. Son principal exploit fut de prendre en charge l’édification des nouveaux chapitres de la Foi exigés par le Monarque au lendemain du Concile de Porte-Sainte, ce qui lui permit d’affirmer sa réputation autant auprès des religieux que de l’aristocratie.

Aujourd’hui, nul ne peut ignorer l’influence de l’Union sur le marché des matières premières et secondaires ainsi que du transport de marchandises. Produits agricoles, minerai de fer, blocs de marbre, billots de bois et fruits de la pêche ne sont que quelques exemples des ressources transigées dans les innombrables postes et entrepôts de l’organisation. En raison des prix privilégiés offerts à ses membres, les guildes régionales de constructeurs, maçons, forgerons et autres artisans s’affilient aussi fréquemment à l’organisation de sorte que la Couronne elle-même en est devenue une cliente.

Néanmoins, l’Union n’outrepasse pas ses champs de spécialité. Délaissant le commerce maritime, les marchés de produits de luxe, le mercenariat et les services de prêts, elle se contente d’affermir sa mainmise sur l’économie primaire d’Ébène. De nature décentralisée -la direction de la guilde de l’Arsenal n’exigeant que peu de frais d’adhésion et limitant l’imposition de règlements contraignants, l’Union sait habituellement persuader ou racheter ceux qui pourraient envisager de lui faire de l’ombre.

Banque libre d'Ébène

BANQUE LIBRE D’ÉBÈNE : Le pouvoir de l’argent

Quartiers-généraux : Gué-du-Roi, Laure
Devise : « Nulle dette ne souffre »
Secteurs d’activité : Prêts, investissements, respect des contrats et mercenariat

Avant que le Sang’Noir ne ravage les terres, la métropole de Felbourg la Cité constituait l’une des principales foires marchandes des landes. La famille Aerann, dont le patriarche était duc de la région, avait un don pour la coordination et la gestion des affaires commerciales. Au fil des décennies, la maison Aerann avait accumulé une fortune considérable et pouvait, si elle le souhaitait, faire compétition aux richissimes marchands de Salvar et de Vaer (désormais Gué-du-Roi). Cependant, quand le sombre mal en provenance de la forêt d’Ébène frappa à sa porte, la famille ducale abandonna son palais de Fel et se réfugia dans les montagnes des Crocs afin d’échapper à la damnation. Au lendemain de cette infamie, le pouvoir politique de Fel fut récupéré par la famille Lobillard tandis que les immenses ressources financières des déserteurs échurent à la maison Ogrig.

Flairant la convoitise des Lobillard, le patriarche Ogrig de l’époque, Rolph dit le Hardi, acheta à bon prix une flottille de barques et de gabares et chargea celles-ci des marchandises et richesses laissées derrière par les Aerann. Moins d’une semaine plus tard, il profitait du couvert de la nuit pour remonter le cours du fleuve Augivre avec ses cargaisons. Sa destination fut la foire marchande de Vaer, à plusieurs lieues à l’Est de Fel. Malgré la fermeture des portes de la ville fluviale en temps de Sang’Noir, la famille ducale de l’époque, les Torrig, accepta exceptionnellement la venue de Rolph entre ses murs. Rapidement, celui-ci liquida quantité de ses produits et, tout en augmentant considérablement sa fortune personnelle, devînt un héros parmi le peuple affamé par le Sang’Noir.

Lorsque la Longue Année fut terminée, le marchand Ogrig usa de toute son influence auprès de la nouvelle famille régnante de Vaer -les Lacignon- afin d’obtenir le contrôle et la gestion du port fluvial de la cité. À partir de ce moment, Rolph déploya tout au long de l’Augivre et de la Laurelanne un réseau de gués accueillant ses barques marchandes. Sa stratégie était aussi simple qu’efficace : mettre à la disposition des artisans et des travailleurs ses embarcations en échange d’un pourcentage de leurs profits. Par cette méthode, il s’insinua dans l’ensemble des affaires commerciales de l’Ouest ébénois et décupla son patrimoine. Grâce aux innombrables carats qu’il accumula, il inaugura peu avant sa mort la première banque du royaume, coeur de sa puissante guilde. Jusqu’en 318, la famille Ogrig sera parmi les trois plus richissimes maisons du royaume.

En 318, Rodrick Ogrig et Gustaf Aerann, dirigeant de la Guilde des Francs-Marchands en Fel, se rencontrèrent à l’occasion de la troisième foire de Fel. Lors de ce sommet, les deux hommes convinrent que l’heure était venue de restituer à leurs propriétaires les anciens avoirs des Aerann détenus par la Banque d’Ébène depuis trois siècles. Affaiblie à la suite de nombreux scandales, Ogrig n’eut d’autre choix que d’accepter. En ce jour historique, les deux hommes signèrent la « Franche alliance », contrat dans lequel la Banque d’Ébène et la Guilde des Francs marchands fusionnaient en une seule et même entité commerciale, la Guilde franche d’Ébène. En toute magnanimité, Aldrick Aerann, palatin de Felbourg, décréta le même jour que la métropole de l’ouest devait désormais être sous la guidance de cette nouvelle entité marchande et que Gustaf Aerann, son fils, en serait le comte.

L’aventure de la Guilde franche d’Ébène dura près de cinq ans. Grâce à ses nombreux partenaires partout dans le royaume, l’organisation assimila une à une ses opposantes, devenant la plus gigantesque force commerciale de l’ère royale. Or, en 322, celle-ci s’écroula subitement sous les pressions internes et les attaques de ses adversaires de l’est. On découvrit que les fonds de la Guilde franche étaient fréquemment détournés afin de nourrir les coffres des Aerann de Fel. Plus encore, on apprit qu’elle avait, des années durant, vendu du bois aux seigneurs du Vinderrhin. Bois qu’ils utilisèrent ensuite afin de construire une flotte d’invasion du royaume. Un à un, les partenaires de la Guilde franche se dissocièrent d’elle et regagnèrent leur indépendance. La Banque d’Ébène ne fit pas exception à ce mouvement.

Incertaine de son avenir, la Banque erra pendant plusieurs mois. De Felbourg la Cité, elle déménagea à Gué-du-Roi puis à Pyrae. Finalement, à l’initiative du riche marchand Francesco Cuccia, elle revint définitivement à Gué-du-Roi. Cependant, elle prit une nouvelle orientation qui devait la définir pour les cinquante années à venir. Profitant de l’insécurité ambiante à Gué-du-Roi et de son nouveau statut de ville hôte des forces républicaines, la Banque s’associa les services de Vassili de Vignolles de la compagnie mercenaire des Mille Bannières afin de rapatrier dans la cité des milliers de reîtres en provenance des différents palatinats. Enfin, elle se lança dans la gestion du mercenariat. Mélangeant les prêts à usure, la location de légions guerrières et les investissements dans des secteurs stratégiques du royaume (ex : les écluses de la Laurelanne), la Banque devint officiellement la gestionnaire des finances de Gué-du-Roi.

La Guerre de l’Avènement nourrissant les peurs et les besoins en services de protection, la Guilde s’enrichit considérablement au cours du conflit. Plus encore, grâce à ses politiques monétaires judicieuses et son réseau de contacts, elle parvint à restructurer l’économie de Gué-du-Roi pour en assurer la survie malgré les assauts des Monarchistes. Au terme de la guerre, lorsque Gué-du-Roi fut officiellement consacrée en tant que cité franche, la guilde devint la « Banque libre d’Ébène », principal organe de financement du camp patricien. Plus encore, afin de consolider sa position dans le royaume, elle se rapprocha de la Couronne afin d’en devenir l’une de ses principales bailleuses de fonds.

Aujourd’hui, la Banque libre d’Ébène œuvre dans plusieurs domaines. En plus de s’acquitter de ses tâches traditionnelles à Gué-du-Roi -le Grand Banquier de l’organisation étant aussi le Trésorier de la ville, elle prête régulièrement de coquettes sommes à d’ambitieux Ébénois. Artisans inaugurant leur échoppe, seigneurs levant une armée, prêtres édifiant un beffroi et explorateurs en quête de nouveaux mondes figurent tous indistinctement parmi leurs clients. Même l’Union commerciale du Sud et la Marine des Mérillons, lorsqu’elles se retrouvent en manque de capitaux, font appel à la Banque pour assurer le roulement de leurs activités. Toutefois, si ces clients venaient à se montrer incapables de s’acquitter de leurs dettes, les mercenaires de Gué-du-Roi et du nord laurois veilleraient à rendre justice. Au fil des années, ces redoutables guerriers sans scrupule ont acquis une réputation peu enviable de fiers à bras prêts à tout pour obtenir leur solde. Ceux-ci veillent désormais autant à servir les intérêts de la Banque libre -qui jamais ne manque un paiement à leur endroit- que ceux des individus lésés dans le cadre d’un contrat quelconque.