La Cité d’Yr

DESCRIPTION DE LA CITÉ D'YR

Capitale : La Cité d’Yr

Dirigeant.e : La Divine Adrianna

Devise historique : “Élus du Céleste”

Inspirations : Théocratie monarchique absolue, métropole, impérialisme

Gentilé : Yriote


Située à l’extrémité sud des îles d’Yr, là où les eaux de la Laurelanne et de la Baie d’Ambroise se confondent, la capitale spirituelles des terres célésiennes est l’ultime héritage du premier Roi-Prophète légué à son peuple après sa mort. Dès son avènement lors des premières années de l’ère royale, le suzerain fit le choix judicieux d’établir le cœur de son pouvoir sur une terre libre de toute allégeance envers un seigneur-palatin. Ce sont les modestes îles d’Yr au nord, faiblement occupées et laissées à elles-mêmes par les puissants de Laure, Fel et Avhor, qui attirèrent l’attention du Roi et furent les hôtes de ses plus ambitieux projets.

La faible population résidant sur l’île et l’absence d’infrastructures ne facilitèrent pas les travaux devant mener à l’aménagement d’une ville habitable, mais pendant les vingt années qu’allait durer le projet d’édification de la cité sainte, le Roi ne démordit jamais de son choix. D’ailleurs, rares furent les audacieux qui remirent celui-ci en question. Non seulement cette position géographique était-elle le meilleur compromis pour ne pas heurter les susceptibilités des seigneurs du royaume -nul ne détenait officiellement la propriété de l’île d’Yr- mais n’importe quel stratège savait qu’en contrôlant cette petite parcelle de terre le régent s’assurait un droit de regard sur l’ensemble des activités commerciales de la Laurelanne, principal affluent du royaume. Plus encore, cela lui offrait un avantage sur la cité de Gué-du-Roi, dont la force économique et militaire dépassait largement celle des autres agglomérations à l’époque.

Grâce à la contribution de la Compagnie d’Yr constituée d’artisans volontaires en provenance des quatre coins du royaume, le premier célestaire destiné au Céleste s’éleva au-dessus des eaux sombres de la Baie d’Ambroise. Sous la volonté du Prophète, le monument fut érigé à l’est du bourg naissant, là où les premiers rayons solaires de l’aube pouvaient envelopper le beffroi sacré. Tout naturellement, les travailleurs de la Compagnie d’Yr construisirent leurs chaumières dans les alentours du chantier et, lorsque ceux-ci prirent la toge pour se faire ecclésiastiques au sein de la première congrégation religieuse d’Ébène -l’Ordre de l’Illumination-, le quartier environnant le célestaire devînt officiellement le haut-lieu des affaires religieuses de la capitale.

L’effervescence qui s’empara de l’île d’Yr lors de ces grands projets déplaça temporairement l’axe commercial contrôlé par Gué-du-Roi vers la capitale. Effectivement, si les barques de Felbourg et des palatinats du Sud transigeaient toujours par la Laurelanne et la région lauroise, les navires en provenance d’Avhor, Salvamer, Cassolmer et même de l’île souveraine de Pyrae commencèrent à accoster directement aux docks de la Cité d’Yr. Rapidement, les quais, entrepôts et infrastructures portuaires se multiplièrent grâce aux investissements de la Banque d’Ébène et, en moins de deux ans, tout le sud de la capitale fut voué au commerce. Bien sûr, au fil des siècles, Gué-du-Roi reprit son hégémonie sur le négoce national, mais Yr conserva nombre de maisons marchandes étrangères ou issues des grandes guildes ébènoises.

Le début du quatrième siècle de l’ère royale vit toutefois s’opérer de profondes transformations au sein de la capitale. En premier lieu, l’invasion du Vinderrhin en 322 ébranla jusque dans ses fondements la cité. Par le fer et le feu, les hordes du nord pénétrèrent les murs d’Yr et apportèrent la guerre jusqu’aux portes du palais princier. Si ces guerriers furent repoussés de justesse par les forces ébènoises, elles scarifièrent la ville en massacrant son peuple et incendiant ses quartiers. Ce n’était qu’une question de temps avant que la capitale affaiblie ne succombe sous les coups de nouveaux ennemis, issus de l’intérieur cette fois. Insatisfaits du règne de la princesse Théodoria de Corrèse, une coalition des seigneurs d’Ébène débarqua sur les îles princières et renversa la suzeraine lors de violents combats. Ce premier coup d’état militaire de l’Histoire devait paver la voie à la venue du Guérisseur couronné -père de la Divine- en 323. L’avènement de la nouvelle dynastie royale à Yr, au terme des guerres des dernières décennies et la centralisation extrême des pouvoirs correspondante, stimula finalement fabuleusement le dynamisme de la capitale, autant économiquement que politiquement et spirituellement.

De nos jours, nulle cité du continent ne peut rivaliser avec la splendeur et la prospérité d’Yr. La monarchie théocratique actuelle, contrairement aux règnes princiers des trois premiers siècles de l’ère royale, attire à elle des revenus constants en provenance des peuples célésiens. Dans les quartiers de la cité, des Ébènois de tous les horizons -et même des étrangers à l’Ébène- échangent quotidiennement des étoffes, vins, chevaux d’élevage et bijoux décadents sur les nombreuses places publiques. Gueux à la recherche d’emploi et hauts-nobles en missions diplomatiques se côtoient autour du Siège des Témoins, point de convergence des pèlerinages célésiens vers le nord. Jamais le port d’Yr ne dort, des caravelles et galions jetant l’ancre nuit et jour afin de tirer profit des trésors rassemblés dans les entrepôts de l’île. Malgré l’éclatement du royaume d’Ébène à l’automne 382, la Cité d’Yr demeure le symbole de l’unité des peuples célésiens, pourtant divisés par les guerres et les intrigues politiques.

Le cosmopolitisme de la Cité d’Yr rend difficile une description précise du comportement général de ses habitants. Néanmoins, au fil des années, la centralisation des pouvoirs -et donc des opportunités- en ce lieu a attiré son lot de rapaces. Pour qui souhaite se démarquer dans la capitale, l’ambition et l’audace sont désormais des nécessités. Le citadin d’Yr, aux yeux des voyageurs, sera souvent perçu comme un individu opportuniste, flexible et même hypocrite. Pour gravir les échelons de la cour royale, tous les coups sont permis. Ceux qui se privent des moyens à leur disposition risquent, à trop s’approcher du Soleil, d’être consumés par ce dernier. Symbole de la toute-puissance céleste, la Divine Adrianna, anciennement Reine d’Ébène mais toujours voix du Dieu en ce monde, est l’autorité suprême dans la Cité d’Yr. Indirectement contestée lors des soulèvements d’Yr de 381, elle a su ressortir de la crise comme la seule et unique maîtresse de la métropole. La voix d’Adrianna est la voix du Céleste, et nul ne peut s’y opposer sans en payer le prix. Par la justice du Bataillon sacré ou les dagues des services secrets, sa volonté est absolue.

Sur le plan vestimentaire, les citadins d’Yr placent les apparences au-dessus de toute autre considération. C’est en affichant des parures supérieures à son statut que l’on parvient à faire croire à autrui que l’on mérite de recevoir honneurs et titres. Lors des célébrations publiques, dorures, argenteries, gemmes et ornements précieux transforment les avenues de la capitale en rivières scintillantes d’un faste clinquant.

-Les Jardins des Martyrs-

Avant le soulèvement d’Yr qui ébranla la capitale à l’été 381, les Jardins des Martyrs étaient connus comme les Neufs Jardins. Au nord de la cité, les Neufs Jardins émerveillaient les voyageurs et dignitaires. Reliés directement au palais de la Divine par le Pont de la Festive, ce secteur était réservé au gratin d’Ébène. Émissaires des quatre coins du royaume, hauts-seigneurs, diplomates étrangers, dames aux héritages colossaux, gentilshommes renommés et autres personnages illustres résidaient dans ce luxueux quartier aux villas et domaines hors de prix. Les gueux étaient bien avertis cependant : n’entrait pas qui veut dans les Neufs Jardins. Communauté fermée, celle-ci s’était peu à peu organisée afin d’assurer une surveillance étroite des ponts et herses y menant. Les propriétaires de résidences avaient réussi à mettre en commun des fonds suffisants afin de former une garde unique -La Garde du Cygne- empêchant tout individu non autorisé ou à l’allure suspecte d’y pénétrer. Cela laissait le champ libre aux riches habitants pour entretenir en toute sécurité une frivole vie nocturne dans ses théâtres et plazzas. Malgré ces précautions, l’endroit n’était bien sûr pas exempt de problèmes, le massacre des Floraisons en 380 vit un grand nombre de nobles et de religieux être victimes d’une hystérie collective et mortelle. On croyait alors que plus rien de pire ne pouvait entacher la réputation du quartier huppé. Les événements devaient détromper les ignorants.

Lors du soulèvement d’Yr de l’été 381, une bombe au horstanium fut déclenchée au coeur même des Neufs Jardins. Du sommet de la statue du martyr où elle avait été dissimulée, celle-ci provoqua une déflagration qui sema mort et destruction sur des centaines de mètres à la ronde. Des semaines durant, les flammes blanches et grésillantes du horstanium consumèrent les os des malheureux ayant eu le malheur de se terrer dans leurs villas au moment des révoltes. Cet attentat fut officiellement revendiqué par le commissaire déchu de la cité, Abrahim Bahadur, mais plusieurs soupçonnèrent les forces populistes d’y avoir contribué. L’évasion du principal concerné empêcha toute enquête approfondie sur le sujet.

Les derniers incendies provoqués par la bombe au horstanium ayant ravagé les Neufs Jardins lors du soulèvement d’Yr s’éteignirent après plus de 120 jours. Malgré les efforts acharnés du Gardien-Protecteur d’Yr Narcisse Lancerte et de l’Intendant du Siège des Témoins Édouard Deladouve, les flammes blanches ne pouvaient être étouffées par des méthodes régulières, les effets de la déflagration au horstanium sur la terre ferme demeurant méconnus à ce moment. Dans les décombres du quartier noble, on découvrit les corps calcifiés de centaines de victimes d’origine noble. Un long chantier de nettoyage débuta à la fin de l’automne sous les conseils du Doge de Havrebaie et spécialiste du horstanium, Joseph Morrigane, puis l’inhumation des corps corrompus fut assurée par les Chapitres de la Foi d’Yr et de Havrebaie, à la volonté de leurs juges royaux respectifs et en dépit des contestations des familles des défunts.

Malheureusement, de l’aveu même de Morrigane, la corruption des sols était complète et les Neufs Jardins constitueraient à jamais une menace pour quiconque y résidant. Sur décret de la Divine, le quartier noble fut donc converti en un vaste parc à la mémoire des défunts. Les Jardins des Martyrs, tel qu’il fut par la suite nommé, devint le plus important cimetière à ciel ouvert du continent, à la fois admiré pour la beauté de ses œuvres architecturales et craint pour les dangers reposant sous sa surface. Le Musée de la Divine Adrianna, prestement restauré, en constituait le cœur. Dans la première année, quelques rares visiteurs seulement osèrent s’y aventurer afin de visiter les vestiges du Domaine des Trois Fontaines, de l’Agora d’Élémas IV, des Jardins du Triomphe et d’aller se recueillir dans l’ossuaire noble d’Yr. Ce n’est qu’en 383 que l’endroit regagna en popularité, et ce malgré les rumeurs de danger sur la santé d’une exposition prolongée à l’environnement corrompu à l’horstanium.

Ceints de herses et de grilles empêchant toute intrusion malveillante, les Jardins des Martyrs se démarquent principalement par leurs centaines de statues de marbre blanc rappelant les victimes de l’attentat. Conçues d’une main de maître par les meilleurs artisans célésiens, celles-ci furent volontairement imaginées pour être d’un réalisme terrifiant. Le jour, les fleurs blanches qui en couvrent les socles leur donnent une aura sanctifiée, mais, la nuit, les visiteurs seront troublés par les regards inanimés suivant chacun de leurs déplacements. À l’exception du Musée de la Divine Adrianna, les Jardins des Martyrs relèvent davantage de rappel de la folie destructrice humaine que du lieu de plaisance.

Fondé en 379 par la Guilde des Octants avant d’être mis sous la tutelle de la famille Cuthbug de Fel, le Musée de la Divine Adrianna est un bâtiment des plus précieux et remarquable. La plus imposante propriété du quartier des Jardins, il abrite des œuvres d’arts et des artefacts de tout le royaume. En 380, la propriété voisine fut acquise par les soins du duc de Fel Friedrich Aerann afin de l’annexer à l’institution en tant qu’ambassade felbourgeoise. Après la sécession du duché, elle fut délaissée, mais repris du service au lendemain du Concile d’Adrianna en 382. Les deux bâtiments n’en forment aujourd’hui plus qu’un seul, et ce malgré les tensions entre Yr et Fel.

Le Musée de la Divine Adrianna fut élaboré selon le plan d’un Soleil à quatre rayons. En son centre, un vaste hall circulaire accueille les visiteurs. En levant la tête, ces derniers peuvent contempler un grandiose dôme de vitraux bleus et verts soutenus par une charpente de fer plaquée de feuilles d’or. Autant dans ces verreries que sur les murs et les piliers de pierre blanche, l’œil avisé peut observer des fresques rappelant l’avènement de la dynastie royale : apparition du Guérisseur, couronnement dans une Cité d’Yr en flammes, mariage avec Isadora Aerann, naissance de la Divine Adrianna, etc. Entre ces prouesses artistiques, toiles de peintres renommés ou oubliés, vases et céramiques et sculptures de marbre et de gemmes rappellent l’incroyable diversité des peuples d’Ébène.

De ce hall, à chaque point cardinal, une aile du musée se donne à explorer. À l’ouest, porté sur le Soleil levant, un atelier de restauration des œuvres permet au personnel de l’institution d’assurer la pérennité des dons culturels. Nommé “Atelier Merizzoli” en l’honneur de la réputée maison salvameroise derrière la fabrication des carats en Ébène, ce lieu de travail est fermé aux curieux. À l’est, vestige de l’Atelier de l’Érudit, ce sont les archives plusieurs fois centenaires du prêcheur Lucien qui peuvent être consultées avec parcimonie. Dès qu’un document est considéré comme unique ou revêtant une valeur artistique, le vieux prêtre se charge de l’archiver et de le protéger. Au sud, profitant d’une luminosité maximale, la bibliothèque de la Divine accueille les esprits avides de connaissances. Enluminures, essais, poèmes et autres récits destinés à faire compétition aux archives royales elles-mêmes peuvent être consultés. Enfin, au nord, dans une salle inaccessible au commun des mortels et fortifiée de deux grilles, un coffre-fort abritant les plus précieux trésors du musée est aménagé. Permettant à la fois de protéger les œuvres rarissimes et de préserver les autres collections le temps d’une rotation entre les expositions, cette chambre-forte ne peut qu’être observée du corridor qui y mène.

-Le Palais de la Divine-

C’est au cœur de la cité que trônent le palais de la Divine et ses majestueuses dépendances. Construit au début de l’ère royale par le premier Roi-Prophète, il fut fortement endommagé par un incendie déclenché par les forces républicaines et Hadrien Visconti en 323. Dès que le nouveau Monarque s’assit sur le trône d’Ébène, il lança le lent processus de restauration des lieux qui ne s’acheva qu’en 352. Aujourd’hui, le trône noir d’Ébène surplombe de nouveau la Salle d’Or, vaste salle de bal où se rassemblent ponctuellement les courtisans royaux en quête d’ascension sociale. Le palais de la Divine n’a toutefois rien d’un massif château de pierre ou d’une forteresse de seigneur de guerre. Symbole d’un pouvoir divin inaltérable, il tient davantage du manoir aux ailes multiples et innombrables fenêtres et vitraux que de la place-forte ; conservatoire, archives royales, galerie des trophées, caravansérail, fontaine du triomphe et autres bâtiments occupent les environs. Aussi vastes que les Jardins des Martyrs, les quartiers royaux permettent à la Divine de vivre en réclusion afin d’entretenir un voile de mystère et d’assurer sa sécurité, et ce malgré son grand dévoilement au soir du soulèvement d’Yr à l’été 381.

Protégées par des canaux à l’ouest et à l’est, seules deux façades du palais -nord et sud- sont munies de fortifications érigées lors de la Guerre de l’Avènement pour repousser une éventuelle invasion. C’est avant tout le Bataillon sacré qui veille à la sécurité des lieux à partir d’une caserne installée à même le palais. Autrefois, chaque prince amenait avec lui sa propre garde personnelle, ce qui ne manquait pas de générer des profondes tensions entre cette dernière, l’armée comtale d’Yr et la milice urbaine. Souhaitent uniformiser les forces militaires de la capitale, le premier connétable d’Yr Hadrien Visconti modernisa les troupes afin de placer l’entièreté de la ville sous la protection du Bataillon sacré. Néanmoins, au fil des décennies, une certaine hiérarchie s’est créée entre l’élite du régiment (allouée à la surveillance des quartiers royaux), la force de défense urbaine (logée dans les quartiers militaires et vouée à patrouiller les rues) et les sentinelles des campagnes (stationnée dans les campagnes et surveillant les dépendances royales de l’archipel d’Yr). Bien qu’ils soient tous issus du même corps armé, il est fréquent de voir des querelles et rixes naître entre ces soldats aux existences bien différentes. À cela s’ajoute finalement l’Ordre du Sceptre d’Ébène, autrefois formé à la Forteresse du Fils en Fel et désormais stationné dans les quartiers militaires d’Yr. Si l’Ordre du Sceptre est voué à la protection immédiate de la Divine, le Fer-Martyr est chargé de surveiller les bâtiments et annexes publics du palais.

L’Ordre du Fer-Martyr fut fondé en 379 après que Frénégonde de Sauvergne, commandante du Bataillon sacré en l’an 157, fut canonisée comme Héraut de la Foi en mémoire du sacrifice ultime de sa vie qu’elle fit pour protéger le Prince Élémas II. En charge de protéger les droits nobiliaires partout en Ébène, les chevaliers du Fer-Martyr, formés à l’Académie royale du Fer-Martyr en Laure, se distinguent par leur écusson de poing doré et leurs habits traditionnels laurois, des vêtements amples, colorés, et entaillés à plusieurs endroits. À Yr, l’Ordre du Fer-Martyr est chargé de protéger l’allée royale et la Salle dorée du Palais.

Si la Salle d’Or est accessible à la plupart des courtisans invités aux réceptions de la Divine, une section entière des palais se veut “semi-privée”, signifiant par là que des individus spécifiquement autorisés -par la Divine ou de par leurs formations- peuvent les fréquenter sous la surveillance de l’Ordre du Sceptre. La plus populaire d’entre elles est les Archives royales à l’ouest, réservées aux érudits et académiciens autorisés. Celles-ci sont introduites par la Voûte des Murmures, un endroit à l’architecture impressionnante, rempli de livres, de bureaux d’études, de chaires de recherches et de questionnements. Antichambre des Archives royales, la Voûte des Murmures est conçue de sorte que le moindre murmure y étant émis se réverbe sur les murs et plafonds tel un puissant écho.

Plus au nord, une impressionnante galerie des trophées de la Couronne permet de sécuriser les trésors rapportés des campagnes royales, acquis lors des tractations politiques ou reçus des délégations étrangères. La plupart des pièces offertes par la Couronne au Musée de la Divine Adrianna dans les Jardins des Martyrs en proviennent.

Les Serres de l’Attristé, donnant sur la Galerie des trophées, fournissent la Divine et sa cour en ingrédients alchimiques et en aliments de qualité, les occupants du palais ne pouvant consommer que les meilleurs produits du royaume. Seuls quelques spécialistes de la Guilde des alchimistes peuvent y travailler. Son nom provient d’une légende racontant que le Roi-Prophète se retirait en ses sentiers floraux pour verser ses larmes de peine en toute quiétude et loin du regard de tous. Ses larmes auraient béni le sol et l’environnement permettant la récolte de nombreux spécimens végétaux en provenance de tous les palatinats.

Le palais possède une grande cour intérieure surnommée la Promenade des Anciens, en l’honneur des princes et princesses ayant habité successivement l’actuelle résidence royale et gardé le trône d’Ébène au nom du premier Roi-Prophète. Jardin phénoménal, possédant une richesse culturelle incomparable malgré la présence parfois ostentatoire de décorations, la nature et l’architecture y semblent en harmonie. Depuis son avènement, la Divine y aurait apporté sa touche sereine, celle-ci ayant appris dans les jardins du Palais d’été en Hefel les rudiments de l’herboristerie et de la fleuristerie. Un ingénieux labyrinthe de haies occupe une partie de cette promenade et facilite les intrigues au sein même de la cour invisible de la Divine. Il est dit que chaque membre influent de la Couronne, et cela depuis le Roi-Prophète, parvint à traverser ce modeste dédale avec aisance, à l’exception d’un seul dont l’Histoire, étrangement, ne précise pas l’identité.

Deux entrées principales permettent d’accéder au Palais de la Divine. Tout d’abord via le Pont de la Festive, plus majestueux pont de la Cité d’Yr. Liant les Jardins des Martyrs au palais royal, il est constamment surveillé par un contingent du Bataillon sacré. Extension du noble quartier du nord avant le cataclysme des Neufs Jardins, les aristocrates et bourgeois se plaisent à y écouler leurs journées par beau temps. Selon la légende, cette construction tire son nom d’une demoiselle de petite vertu qui, au début de l’ère royale, fit la rencontre du Roi-Prophète par une douce nuit d’été. Loin de la dédaigner, le souverain lui accorda la grâce du Céleste et l’invita à reprendre contrôle de son existence. Exaltée par ce pardon royal, elle dansa jour et nuit, proclamant la gloire de l’envoyé céleste. Cette joie s’avéra contagieuse et, à la fin de l’été, une centaine de danseurs accompagnaient la Festive dans sa grâce.

En 380, la Guilde des artisans d’Yr entreprit des travaux d’amélioration sur le Pont de la Festive. Ce fut Élya Borracho, aubergiste du Geai bleu, qui finança et coordonna personnellement le chantier. Usant judicieusement de la large travée du pont, l’artisane recommanda la création de jardins permanents permettant la culture de petits arbustes fruitiers, de légumes et de fleurs annuelles. Désormais, parmi les framboisiers, les tomates, navets et carottes pullulent, ravitaillant les cuisines des auberges de la Croisée et du Palais. Certes, les soldats demeurent omniprésents afin de protéger la noblesse sillonnant ce chef-d’œuvre architectural, mais ceux-ci évitent soigneusement de piétiner les précieux végétaux.

La seconde entrée du palais est l’Allée de la Divine, au sud. Lieu de rencontre des dignitaires et voyageurs désirant admirer la résidence régalienne, ses immenses fontaines aux hirondelles servent à la fois de bassins pour les oiseaux et de réservoirs publics d’eau potable. Au centre de l’allée, à l’entrée du port, les « Trois chevaliers » accueillent les visiteurs. Ces trois statues de bronze magnifiquement travaillées furent offertes par la République sereine de Havrebaie au lendemain de sa fondation en rappel de l’union des guerriers d’Ébène. Depuis 379, c’est l’Ordre du Fer-Martyr, en partenariat avec le Bataillon sacré, qui est chargé de la sécurité des lieux. Celui-ci eut l’occasion de se démarquer lors du premier Festival des Contes et des Arts du théâtre lors de la même année, initiative d’Olivia Annabella d’Ambroise.

Cette même Allée royale, dorénavant nommée l’Allée de la Divine, accueille l’arène de Calcio d’Yr. Modeste en taille, mais jouissant d’un prestige inégalé, elle se situe à l’ombre du Célestaire d’Yr et du palais de la Divine. L’arène bloque partiellement le passage des fidèles souhaitant se rendre au Siège des Témoins. Heureusement, en retour, elle rassemble régulièrement les passionnés de Calcio qui dépensent leurs maigres économies au port d’Yr à proximité. Le haut-lieu du Calcio d’Yr fut construit à la fin de l’hiver 379 par les soins de la Fédération de Calcio ébènoise. Initialement, le choix de l’emplacement fut hautement contesté par les milieux conservateurs de la capitale. En permettant aux sportifs de pratiquer leur sport violent devant le Céleste d’Yr, plusieurs craignaient de stimuler le vice et la corruption près des quartiers religieux. Après tout, les cris des spectateurs et les hurlements de souffrance des jouteurs s’harmonisent bien mal aux prières des pèlerins en pleine communion. Néanmoins, grâce à une vaste entreprise de relations publiques, les promoteurs de Calcio persuadèrent à l’époque autant les Patriciens que les Absolutistes de l’Assemblée d’Ébène, de même que le Conseil de la Foi du Chapitre d’Yr, de les soutenir dans leur initiative. Quelques semaines plus tard, un premier match d’exhibition -ponctué de controverses liées aux règles- attirait les foules sur l’Allée.

Finalement, les dépendances extérieures du palais incluent les Bouquets de Vêpre (atelier voué aux décorations des réceptions royales), le Théâtre du Mystère du Céleste et de l’Enchaîné (théâtre public que visite parfois la Divine elle-même) et la Gentilhommière royale. Ce dernier site est l’équivalent d’un petit palais pour les invités de marque et quelques titrés de la Divine. Nombre de rumeurs prétendent que l’endroit est truffé de passages secrets et qu’on s’y sent toujours épié. Cette rumeur tire probablement racine du fait que l’endroit fut autrefois souvent utilisé par les services secrets de la Divine et le Maître du Renseignement comme résidence secondaire lors de longues tractations politiques.

-L'Hôtel-Cieux-

Voisin du quartier de Villevieille, le Quartier de l’Hôtel-Cieux est lui considéré comme l’un des premiers quartiers de la cité. Considéré avant l’inauguration du Siège des Témoins comme le point central de la religion dans la capitale, il est devenu plus secondaire lorsque les quartiers religieux actuels furent finalisés. Malgré tout, de part ses installations et ses grands espaces, le quartier de l’Hôtel-Cieux fut souvent utilisé comme haut-lieu pour la médecine de l’époque et utilisé à son pleins potentiel pour loger et soigner les malades lorsque certaines épidémies frappaient la capitale. Depuis la transformation de son principal temple -le Temple des Cieux- au début de l’ère royale en un hôpital, le nom “d’Hôtel-Cieux” pour référer à ces établissements publics de soins s’est répandu partout en Ébène.

Considérés pour plusieurs comme l’un des plus beaux quartiers de la ville, son architecture ancienne combinée à la nature préservée des anciens Neuf Jardins fait de l’Hôtel-Cieux un endroit calme et relaxant. Accessible depuis le faubourg des campagnes d’Yr, de nombreux voyageurs ou étrangers peuvent loger dans certaines demeures pour une nuit en déboursant un bon montant conséquent de la qualité historique de l’endroit. Les souterrains, omniprésents dans l’ouest de la capitale, peuvent aisément être pénétrés depuis ce quartier et de nombreux passages utilisés lors d’anciens fléaux peuvent être encore utilisés. Héritages d’une époque où les corps des malades étaient entreposés sous terre dans l’attente de leur bûcher funéraire, ces accès sont aujourd’hui fortement surveillés par les Chapelains de l’Ordre des Chapelains mobilisés en Yr par Alphonse Desmers en 380. Depuis que ces religieux furent stationnés à leurs entrées, il est pratiquement impossible de s’aventurer dans les souterrains sans autorisation. Cela étant dit, nul esprit sain n’oserait le faire de toutes manières, de peur de s’y perdre ou, pire, d’y rencontrer les âmes en peine des trépassés.

La Caserne de la Ligue des Gardes est située au nord de l’Hôtel-Cieux et fut aménagée à même un commerce connu comme “La Boutique du vieil apothicaire”. Abandonnée pendant plusieurs années, cette boutique fut au coeur d’une grave controverse en 379. Après le décès de Jehan des Salimes, son ancien propriétaire, ses filles transférèrent leurs activités dans une autre propriété non loin des Neufs Jardins, ainsi nommés à l’époque. L’atelier fut alors oublié de tous, jusqu’à ce que le Pestilent -un sombre criminel oeuvrant dans les égouts et souterrains- décide d’en faire usage pour ses propres recherches occultes. C’est en ce lieu que l’on retrouva l’Intendant du Siège des Témoins, Klaus Aerann, après son enlèvement à l’automne 379. On dit qu’une odeur âcre imprègne l’air de l’endroit, héritage selon certains du processus de séchage de plantes qui y fut effectué des années durant. Or, pour d’autres, cette odeur n’aurait rien de naturel, le Pestilent y ayant mené des expériences mystérieuses et ayant réveillé des forces inconnues. À l’hiver de cette même année, Klaus Aerann lui-même racheta la propriété pour ses propres besoins jusqu’à sa disparition deux années plus tard.

Non loin de là, la villa de la Proue des Roses fut la propriété du prolifique négociant salvamerois Cosme DeRovere et bureau central de la Compagnie des Trois Roses pendant plusieurs années. Depuis, l’assemblée des actionnaires s’y réunit pour voter les grandes décisions et orientations de la compagnie. Avant ce changement de vocation, la plupart des soigneurs spécialistes de la cité se rassemblaient dans des masures au nord-ouest de la ville afin de profiter du prestige de l’Hôtel-Cieux. Parmi ceux-ci se distinguait la famille Olivier, réputée pour son herboristerie qu’elle offrait dans sa vaste résidence. Tragiquement, la famille Olivier fut fauchée par la peste sanglante en 325. Après cette tragédie, l’ancienne maison des Olivier passa de main en main, hébergeant le plus souvent des médecins de passage et œuvrant à l’hôpital à proximité. Au début de l’année 379, la modeste villa fut acquise par Marc des Cèdres d’Argent, puis renommée « Proue des Roses » afin de mieux représenter son association avec la Compagnie des Trois Roses. En 380, c’est Hugues Lemestiers qui en reprit possession. Dans un esprit philanthropique visant à immortaliser le sacrifice de l’éminent collaborateur de l’Union commerciale du Sud Herman des Ombres, le nouveau propriétaire ordonna la construction d’une majestueuse statue à proximité de l’établissement. Surnommée « La Blancheur éclatante », la statue représentait un navire avec la proue d’Herman des Ombres. Celle-ci se démarquait par son épée étincelante symbolisant le courroux du Céleste vers l’Empire du Bouc et par son bouclier protégeant les matelots avec marbre blanc éclatant. La base était faite d’une vague sur laquelle était posée la proue d’un navire. À l’arrière de celui-ci (dans le bateau), un imposant pilier de verre facetté dans lequel brillait en permanence des lanternes servait de rappel du sacrifice de ce grand homme pour la nation d’Ébène.

-La Croisée-

La Croisée est le quartier qui abrite la plus grande communauté d’exilés et de ressortissants laurois dans la Cité d’Yr. Son nom fait référence à la croisée des fleuves où se dresse la capitale lauroise de Gué-du-Roi. En tant que l’un des trois plus anciens quartiers de la cité, son architecture rappelle le style ancestral des domaines du centre du royaume et les premières années de l’ère royale. Au fil des siècles, malgré les dégâts subis, le cœur historique de La Croisée a persisté, conformément à la tradition du palatinat.

La concentration de Laurois, qu’ils soient de naissance ou d’adoption, est exceptionnellement élevée dans ce quartier, ceux-ci ayant appris à s’entraider malgré leurs différends politiques. Cette forte présence lauroise a parfois conduit les habitants d’Yr à éviter La Croisée, se sentant étrangers dans leur propre cité et relégués au second plan lors des affaires et des négociations.

Établissement de premier plan dans la vie du quartier, la Taverne du Fier Laurois est le lieu de rencontre privilégié pour tous les Laurois, celui-ci étant réservé à ces ressortissants ou à leurs invités. Actuellement, les frères Maurel -Maurice et Martel- en sont les propriétaires, mais des rumeurs circulent selon lesquelles le lieu serait lié au cartel criminel des Fils de Gué-du-Roi. En effet, une grande opération visant à arrêter Maurice Maurel s’y ‘est déroulée en 380. Après un procès rapide, l’homme fut emprisonné pendant près d’un an. Malgré sa libération grâce au paiement d’une caution colossale à la Cité d’Yr, la controverse provoquée par son incarcération au sein du peuple fut l’un des éléments déclencheurs du Soulèvement d’Yr de 381 et à la découverte d’un autre membre de la famille Maurel et conspirateur au sein du palais royal, Hugues Maurel.

Jouxtant la Taverne du Fier Laurois, la Tannerie de la Louve est en activité depuis près de trois siècles. Elle est actuellement dirigée par une femme d’âge mûr, célibataire endurcie et roturière aux manières plutôt taciturnes. On la voit rarement en dehors de son commerce, et ce principalement la nuit. Héritière d’une longue tradition de maroquiniers, elle est renommée pour son travail de tannage des peaux de loups et d’autres animaux, qui sont exposées à l’entrée de la tannerie pour sécher sous son regard vigilant. Des rumeurs circulent selon lesquelles “la Louve”, comme on l’appelle, serait associée au cartel des Fils de Gué-du-Roi en raison d’une violente descente des forces de l’ordre dans son commerce en 380.

Au sud de là, les Fonderies de Barnabus ont récemment été réaménagées pour devenir une fonderie plutôt qu’une forge traditionnelle. En raison de leur proximité avec le quartier des Fourneaux, les principaux clients de ces fonderies sont des artisans et d’autres personnes ayant besoin d’outils modernes pour leurs activités liées à la fabrication alimentaire. L’endroit baigne dans un bruit constant et une chaleur cuisante, ce qui peut être inconfortable pour ceux qui ne sont pas habitués à de telles conditions.

Au nord complètement du quartier, le Cloître aux Fêtes, anciennement connu sous le nom du Cloître verdoyant, est l’un des plus anciens bâtiments encore habitables de la Cité d’Yr. À sa fondation, il s’agissait d’une villa avec une grande cour intérieure qui accueillait la Compagnie d’Yr, une guilde de constructeurs mandatés par le Roi-Prophète pour construire la nouvelle capitale à partir de rien. Une fois ce projet colossal achevé, la Compagnie d’Yr s’est transformée en l’Ordre de l’Illumination, l’une des principales congrégations religieuses célésiennes. Pendant trois siècles, la villa est devenue un cloître où les religieux cultivaient un potager rempli de légumes et d’herbes médicinales. Depuis 365, cet endroit est devenu une sorte de propriété collective des habitants du quartier, qui l’utilisent comme un marché public les fins de semaine. Ce n’est que récemment que les autorités de la cité ont décidé de le réapproprier et de le mettre en vente au plus offrant.

Fidèle au tracé conventionnel des cloîtres célésiens, certains diraient plutôt que ces derniers sont fidèles au tracé de leur instigateur, le cloître verdoyant est composé de quatre ailes formant un quadrilatère au cœur duquel loge un jardin luxuriant. Vestige d’une époque reculée où Yr n’était encore qu’un chantier d’envergure, destiné à être couronné comme capitale d’un royaume unifié, le cloître servait originellement de lieux de repos et de planification pour les architectes et les artisans de la Compagnie d’Yr. Construite de pierres locales, d’appareillage petit et moyen, la façade demeure couverte de crépis à des fins d’isolation. Eux-mêmes parés de peintures mettant en exergue ses éléments architecturaux, les murs extérieurs sont surmontés d’une frise historiée en bas relief représentant la construction de la cité. Trouvant leur écho à l’agora de la Foi du Siège des Témoins, il est probable que le cloître ait partiellement servi de lieu d’ébauche aux artisans de la Compagnie d’Yr avant qu’ils entreprennent la construction du premier célestaire. Au sommet des combles en tuiles de céramique flottent quotidiennement les hermines bleues de la famille Merioro et l’abeille sinople de la famille d’Ambroise.

Dans les ailes règne une fraîcheur garantie par l’emploi de la pierre comme matériau de construction. Aujourd’hui, les appartements des premiers prédicateurs de la Foi sont devenus les chambres des familles résidentes. Occasionnellement, les pièces excédentaires servent également de logement à des nobles de passage dans la capitale. Ces derniers ont alors l’occasion d’admirer les peintures, tapisseries et trophées de chasse de la famille Merioro. Quant aux ateliers des maîtres sculpteurs, où étaient préparés les chefs d’œuvres devant orner les monuments d’Yr, ils font désormais office d’établis d’ébénisterie et de fabrication d’arc, héritages de l’artisane Magdalena Merioro.

Véritable enclave de verdure au cœur de la Cité d’Yr, le cloître est riche d’une flore plantureuse. Les jardins y sont ceints d’un déambulatoire marqué par une série de colonnes à chapiteaux. Plus tardifs, ces derniers sont décorés de représentations vantant l’histoire de l’Ordre de l’Illumination. Première congrégation célésienne, investie du devoir de prédication par le Roi-Prophète, l’Ordre de l’Illumination succéda à la Compagnie d’Yr, et fit la promotion d’une Foi stable reposant sur le respect d’une hiérarchie strictement établie. Lors de journées fortement ensoleillées, l’espace central, de même que les rues avoisinantes, sont couverts à l’aide de grandes étoffes d’azur et d’ivoire, de sorte à offrir un répit ombragé aux passants.

En 379, la famille Merioro a acquis ce cloître avec le soutien de la famille d’Ambroise et de l’artiste lauroise Agnès Riespa. Le cloître verdoyant devint un pôle d’art et de culture dans la capitale. Les habitants furent charmés par l’organisation de marchés réguliers dans ce lieu, et ils y ajoutèrent des performances artistiques publiques aux rituels sociaux hebdomadaires. Artistes locaux et invités se produisent toujours entre les étals, offrant des démonstrations théâtrales, lyriques, poétiques et acrobatiques pour le plus grand plaisir des visiteurs. Des vins de Vespéra et des hydromels de Treia coulent jusqu’aux premières lueurs de l’aurore. Les habitants se réfèrent désormais au bâtiment comme étant le « Cloître aux Fêtes », et ce malgré le départ de la plupart de ses propriétaires Merioro de la capitale.

-Villevieille-

Villevieille est, comme l’indique son nom, le plus ancien quartier de la Cité d’Yr. Aménagé à la volonté du Roi-Prophète à une époque où les premières habitations se concentraient sur les bord de le la Baie d’Ambroise, Villevieille représentait à l’époque un tremplin entre la mer et l’intérieur des terres. Autrefois reliés par un pont qui fut détruit lors de l’occupation de la capitale par le Vinderrhin au début de l’ère royale, Villevieille fut presque réduite à néant par un gigantesque incendie suivant la fuite paniquée des envahisseurs. Même si à l’époque le quartier fut reconstruit à neuf, son ancienneté fait en sorte que même les bâtiments les plus récents sont fort vieux lorsqu’ils sont comparés au reste de la Cité d’Yr.

Or, l’ancienneté de Villevieille ne rime pas avec noblesse et richesses. De nombreux cimetières furent aménagés au fil des siècles et, encore aujourd’hui, plusieurs des citadins souhaitent que leurs cendres y soient enterrées aux côtés de celles de leurs ancêtres. Les défunts moins nantis y seront parfois même inhumés immédiatement après leur mort, ceux-ci ne pouvant se permettre financièrement la crémation. L’un des plus populeux cimetière est le Cimetière des Humbles, là où les plus humbles, pour ne pas dire démunis, sont généralement mis en terre.

Jouxtant ce cimetière, la Résidence du Fossoyeur fut transformée en 379 afin d’oeuvrer à titre de pied-à-terre pour la Maison des Trois Mains. Son fondateur, Emhyr Fitzgeralt, continuant de gérer ses activités à partir de Gué-du-Roi, en a officiellement cédé la gestion à l’artisane et érudite Odette de Sabran. Intégrée au complexe comprenant le Temple du Gardien et le Cimetière des Humbles, la Résidence du Fossoyeur donne sur une petite place publique vivant au rythme des oraisons et des récréations de la communauté. Établie sur deux étages de pierre de taille, les murs extérieurs de la résidence arborent de nombreuses lanternes couvertes et braseros suspendus. Entretenus et surveillés par le fossoyeur des lieux lui-même, ils servent à en illuminer l’enceinte mais, surtout, permettent la surveillance du cimetière ouvert au public jusqu’à tard en soirée. La résidence du fossoyeur héberge, comme son nom l’indique, l’honorable fossoyeur responsable de l’entretien des mausolées et tombes à proximité. Ferdinand d’Arcancourt remplace depuis peu feu Béranger, l’ancien locataire. Nouvellement arrivé de la Terre des Roses, le chapelain semble démentir toutes les idées préconçues qu’on peut se faire de l’austère colonie ébènoise. Son charme naturel et ses manières avenantes attirent les curieux comme les âmes en peine, redonnant vie au modeste quartier.

Depuis l’arrivée de la Maison des Trois Mains au printemps 379, ses portes – gardées par deux maîtres chiens d’Haqim Drosir Montalto, préfet commercial d’Yr à l’époque- restent ouvertes du lever au coucher du soleil. Ses nouveaux résidents y accueillent clients comme amis dans un brouhaha de rires, de ducats sonnants et trébuchants et d’argumentations corsées auxquelles ont voit parfois même Ferdinand assister de bon cœur.

Le Temple du Gardien, près de là, est un endroit combinant l’héritage des Paladins de la Compagnie du Heaume, des Gardiens de Rostam et du Glaive de la Foi avant leurs démantèlements respectifs. L’endroit est l’un des plus vieux sites de prière d’Yr, celui-ci ayant été construit avant même l’aménagement du Siège des Témoins afin de rassembler les pieux maçons et ouvriers. Son architecture est unique, se rapprochant davantage d’un krak militaire que d’un lieu de culte. Néanmoins, l’intérieur est dans les normes et standards célésiens, offrant une luminosité suffisante et même un reliquaire dans son sous-sol. Une rumeur circule comme quoi des ouvrages anciens datant de la Longue Année y seraient gardés, de même que des reliques en attente de validation par la foi célésienne. L’endroit est entre les bonnes mains du Prieur De Montagne, du Chapelain Dunoncourt et du Prêcheur Taracius.

De par son ancienneté, Villevieille est également le quartier par lequel il est le plus facile et rapide d’accéder aux souterrains de la ville. Endroit intéressant pour les archéologues amateurs, une précédente invasion de rats géants ainsi que les nombreuses disparitions font en sorte qu’il est déconseillé pour les non habitués de s’aventurer dans les différentes excavations.

Finalement, Villevieille est l’hôtesse des quartiers des calcientes de Villevieille, Vilmont et des Fourneaux, signifiant qu’il n’y est pas rare d’y trouver des joueurs, des recrues ou des admirateurs déambulant dans les rues.

-Vilmont-

À vue d’oiseau, le quartier de Vilmont ressemble à un point de rencontre permettant d’atteindre d’autres secteurs plus fréquentés de la capitale. Or, ce statut “d’entre-lieu” est précisément ce qui le caractérise. Pour les organisations criminelles de la capitale, Vilmont est perçu comme une terre neutre de conflit entre les différents regroupements. N’ayant que peu d’attraits monétaires ou commerciaux, les grandes institutions criminelles yriotes se rencontrent dans certains de ses établissements afin de sceller des guerres et des paix dont le commun des citadins n’aura jamais vent. Cette réalité fait en sorte que Vilmont est un endroit a priori sécuritaire pour les habitants du commun et les étrangers.

Au coeur du quartier se dresse le Beffroi des Cendres, haute tour érigée en guise de poste de garde et de surveillance lors de la construction de la Cité d’Yr. D’abord nommé Beffroi de l’Avènement, l’endroit servait de lieu de culte officiel à la religion célésienne en attente de la fin de la construction du Siège des Témoins. Lorsque le chantier du célestaire fut achevé, le lieu tomba en décrépitude. Il survit tout de même à l’absence d’Élémas Premier, qui préféra régner depuis Gué-du-Roi et à la première Guerre du Vindherrin. Au lendemain de cette dernière, Bahémond Lobillard, fils d’Altara, fit don des cendres de sa défunte mère au prieur de l’endroit. Le bâtiment fut alors renommé le Beffroi des Cendres. Incendiés lors de la Seconde Guerre du Vindherrin, les cendres furent remises aux soins de chapelains des catacombes valéciennes. Elles retrouvèrent leur lieu de repos originel lors de la prise d’Yr par le Guérisseur couronné. La légende raconte que le légendaire Eckhart II Aerann, seul Ébènois arthéurge connu du Vinderrhin, y aurait trouvé la mort pendant les combats du siège d’Yr, au début du quatrième siècle.

À quelques rues de là, la vieille cave à vin, quant à elle, donne sur la place du marché de Vilmont. Autrefois, celle-ci servait de point d’entreposage à l’entièreté des auberges et tavernes du secteur. En 374, un conflit commercial entre des propriétaires locaux rendit cette cohabitation cordiale impossible, menant à l’abandon graduel du domaine. La vieille cave à vin est, comme son nom l’indique, constituée de deux voûtes souterraines -dont une déjà aménagée- et d’un point d’accueil à la surface et donnant sur la rue aux Mariniers. On raconte que l’ancienne cave était liée au réseau de canaux fluviaux de la cité, permettant un transfert facile et discret des marchandises -et de contrebande- d’une taverne à une autre.

Le quartier possède tout de même ses échoppes locales et quelques commerces malgré son faible attrait. Parmi eux, le Pain du Bon Coeur et la boucherie Bonne Coupe sont des boutiques prisées des résidents. Près de là, le Havre des Sirènes, taverne où les fêtes côtoient les beuveries quotidiennes, est le seul endroit digne de ce nom dans la capitale pour dénicher un bon équipage, aux dires de tous les capitaines (et selon les patrons de l’endroit). Le Havre possède sa propre énergie et sa propre vie, sa clientèle changeant au gré des marées. Corsaires, pirates et marins honnêtes y cohabitent en l’attente de vents favorables.

-Les Quartiers militaires-

Assurant la sécurité des quartiers marchands et, bien sûr, de la cité elle-même, les quartiers militaires longent les fortifications de l’ouest. Bastion à l’intérieur de la capitale, ce secteur fut historiquement occupé par la garde du comte d’Yr et, lors des règnes des princes laurois, par le Bataillon sacré. En ce lieu peuvent être trouvées les réserves d’urgence requises en cas de siège (ex : réserves de grain, armureries, écuries, etc.), mais aussi l’une des entrées des Geôles de Pélidor.

Vaste prison royale aux ramifications labyrinthiques s’étendant sous la cité, les Geôles de Pélidor contiennent les pires racailles d’Ébène. Lors de la grande émeute de 323, des centaines d’entre eux connurent la mort en emportant dans la mort des dizaines de nobles soldats menés par la paladine Ishtar Kadivel. Depuis, les tunnels ont été rénovés et renforcés et d’autres malfrats ont pris leur place. On ignore avec certitude combien de prisonniers sont enfermés sous terre, les autorités ne dressant qu’un registre approximatif de ceux qui s’enfoncent dans les entrailles d’Yr. De nos jours, c’est le Bataillon sacré qui assure la sécurité de la cité, autant au niveau de force de l’ordre que de formation militaire. Avec la refonte du système judiciaire en 382 et la séparation claire entre la justice laïque et la justice religieuse, il revient désormais aux officiers du Bataillon sacré de traquer et châtier les petits larrons et de répondre aux enquêtes des enquêteurs reconnus de la capitale.

Voué à la protection des suzerains d’Ébène depuis des siècles, le Bataillon sacré est un exemple de discipline et d’ardeur au combat. Même s’ils sont désormais ouverts à tous les honnêtes Célésiens, ses hallebardiers sont entraînés selon les anciennes traditions lauroises. Une fois formés, ils peuvent résister à pratiquement toutes les charges, aussi violentes soient-elles ; pour la Divine, ils sont prêts à sacrifier leur vie. L’actuelle commandante du Bataillon sacré est Aliénor Apfel, une Lauroise d’origine. Celle-ci succéda à Charles Desneiges, un officier yriote aux méthodes inflexibles et parfois cruelles, qui poussa son zèle jusqu’à provoquer le Soulèvement d’Yr de 381. Par la faute de Desneiges, le Bataillon sacré fut déchiré par une crise interne qui se répercuta sur l’entièreté de la Cité d’Yr et nécessita une intervention directe de la Reine Adrianna, alors assistée du Gardien-Protecteur Narcisse Lancerte. L’homme fut exécuté devant la cour royale au 1er jour d’été, mettant fin à ce que plusieurs qualifièrent de tentative de coup d’état. Aliénor Apfel, descendante de la noble famille Apfel en Laure, fut recrutée spécifiquement pour sa neutralité dans cette affaire. Stationnée en tant que protectrice du domaine royal d’Hefel dans la dernière décennie, elle était en mesure d’apporter un regard neuf sur le Bataillon sacré.

Construites sous la forme de baraquements austères, les casernes du Bataillon sacré peuvent accueillir près de six cents soldats simultanément. Lorsqu’ils y sont installés, ils sont alors chargés de la protection de la Cité d’Yr. Pendant ce temps, le reste du régiment, quant à lui, est démobilisé dans les divers postes de contrôle de la capitale. Depuis la sécession de Fel en 381, le tiers des ces baraquements accueillent par ailleurs les chevaliers de l’Ordre du Sceptre, des guerriers d’élite à la loyauté indéfectible voués à la protection personnelle de la Divine. Leur site d’entraînement premier -la Forteresse du Fils- étant désormais sous le joug du Duché de Fel, c’est en Yr qu’ils poursuivent leur formation.

Le secteur Est du quartier est isolé et entouré de murailles rendant son accès difficile. Bien à l’abri des voleurs, les greniers d’Yr y furent reconstruits en 322 au lendemain du siège d’Yr mené par les envahisseurs du Vinderrhin. Depuis, ceux-ci sont placés directement sous la supervision de l’intendance du Bataillon sacré qui veille à assurer le maintien d’une réserve suffisante de vivres pour résister à une potentielle nouvelle attaque sur la Cité d’Yr. N’ayant initialement qu’un rôle de réserve d’urgence, les greniers furent agrandis lors de la famine de 378. À cette occasion, une section de l’armurerie royale au sud fut annexée afin de servir de poste de commandement en cas de crise. Un conseil de trois superviseurs royaux fut alors créé afin de veiller à la bonne gestion des ravitaillements. Avec la collaboration du Bataillon sacré, ces superviseurs se chargent respectivement de l’approvisionnement, de la préservation et de la distribution des vivres dans la capitale. Malgré une meilleure organisation de la chaîne de commandement des greniers, il s’avéra tout de même nécessaire en 379 d’augmenter les capacités d’entreposage des lieux. Grâce aux efforts acharnés des travailleurs, quatre nouveaux étages de caves furent creusés sous les anciens souterrains où étaient traditionnellement conservés les vases et caisses de nourriture. Ainsi, même si de l’extérieur les greniers d’Yr semblent bien modestes, ce sont d’immenses entrepôts qui s’étendent sous sa surface.

L’armurerie royale quant à elle a plusieurs fois changé de mains au cours des dernières années. Son intendance fut remise à la maître-forgeronne Clara Mandevilla en 379 à la suite de sa précieuse aide dans la fabrication de nouvelles hallebardes conçues dans un alliage remarquable. Cependant, ce privilège lui fut retiré lorsqu’elle fut accusée et jugée coupable de trafic de la drogue du Crépuscule et d’agir comme agente du cartel criminel de la Dame Grise. Narcisse Lancette, alors Maréchal des armées Yriotes, reprit l’endroit sous son aile et dut gérer par la suite la crise des Armements daemons de 381.

Également bien à l’abri dans le quartier militaire, la Maréchaussée d’Yr accueille les bureaux du Maréchal des Légions de la Divine. L’endroit sert de point névralgique aux décisions militaires de grandes échelles allant au-delà du Bataillon Sacré. Effectivement, même si le Bataillon sacré en constitue l’essentiel, les Légions de la Divine incluent l’entièreté des forces militaires veillant à la protection des territoires de la Divine Adrianna. Escadre royale, chevaliers protecteurs de Hefel, Sentinelles de Bas-Cieux, gardes de la Coterie de l’Écu, patrouilleurs de l’archipel d’Yr et cohortes de volontaires célésiens des quatre coins du continent forment à l’unisson une légion égalant en puissance celle des principaux duchés ébènois. Il est fréquent que l’expertise de la Commande Aliénor Apfel soit demandée afin de coordonner les efforts de maintien de l’ordre dans et hors d’Yr. Jouxtant la Maréchaussée, le Pavillon sert de lieu de rencontre des officiers et des sous-officiers lors des assemblées de routine, d’opérations conjointes ou afin de coordonner une cellule de crise en cas de besoin.

Enfin, au printemps 379, une magnifique statue en bronze représentant le fondateur du Bataillon sacré, le Témoin Galvin le Fier, fut offerte par Célestin Front-Maney aux officiers du régiment. Depuis, celle-ci s’élève dignement à l’entrée des casernes et accueille les armées et visiteurs.

-Le Faubourg du Levant-

Hors des fortifications de la capitale, le Faubourg du Levant est l’endroit où les premières lueurs de l’aube viennent frapper les champs et les maisonnées à l’ombre de la capitale. Au contraire du Faubourg du Couchant, celui-ci est relativement calme et serein. Très populaire auprès de la classe religieuse, il constitue un lieu de recueillement envers le Céleste et de nombreuses cérémonies se déroulent au lever du soleil lors des jours saints. Si les individus à la recherche d’une vie nocturne animée hors des murs de la cité se tournent vers le Faubourg du Couchant à l’ouest, les voyageurs exténués peuvent, avec l’aide de quelques piécettes, être accueillis pour la nuit par un paysan sympathique dans le Faubourg du Levant. Exposé longuement au soleil et naturellement protégé des vents salins, de nombreux champs et potagers privés y prospèrent du printemps à l’automne.

Le Pont de la Fière est le principal accès du côté est de la ville, la plupart des résidents préférant éviter la Nouvelle-Kessa. Ce secteur demeure en effet honni par la plupart des fiers Yriotes qui refusent de porter le regard sur les conséquences de la stigmatisation des Pyréens du dernier siècle.

Près de la porte orientale se situent les lices d’Yr. Mises en valeur lors des grandes célébrations sportives, elles accueillent les jouteurs, combattants et archers souhaitant acquérir gloire et honneurs auprès de la Divine. À proximité des lices furent élevés au fil des années divers pavillons permanents, écuries et chalets offrant aux seigneurs confort et vue sur les célébrations. Le chalet des jouteurs était, jusqu’au printemps 379, la propriété de dame Zastaria Chikochev, une modeste aristocrate corrésienne. Avec la famine qui marqua cette sombre année, la dame dut se départir de ce chalet superflu afin de nourrir les siens et laissa les chevaliers du Fer-Martyr en prendre possession.

Finalement, non loin des Grandes Lices d’Yr se tient l’une des sections des Jardins de la Divine, un espace agricole et alchimique à accès restreint. On y retrouve des pousses alchimiques, mais aussi des plantes médicinales et des potagers de l’ancien héritage royal de la cité.

-Le Cul-du-Comte-

Au fil des décennies, les quartiers militaires furent graduellement ceinturés de pâtés de chaumières et de misérables mansardes. Déjà présente lors des trois premiers siècles de l’ère royale, la pauvreté s’est accrue considérablement en Yr avec l’avènement de la dynastie royale. Certes, les politiques éclairées des suzerains attirèrent nombre d’ambitieux individus. Cependant, l’impression que le Céleste gratifiait de ses dons tous ceux qui gravitaient autour de la famille royale naquit partout dans le royaume, apportant son lot de réfugiés. Initialement, ceux-ci se réunissaient dans les quartiers pauvres de l’ouest. Cependant, les canaux limitèrent éventuellement leur arrivée et ceux-ci s’approprièrent un nouveau secteur à l’est complètement de la ville, près des chantiers navals, mais loin des installations commerciales. Des années durant, voleurs à la tire, magouilleurs, hommes et femmes de plaisir, malades et handicapés pullulèrent dans ces deux secteurs, rendant leur traversée incertaine à toute heure du jour et, surtout, de la nuit. Misère et criminalité, les deux nécessaires contrecoups de la prospérité et du luxe, étaient omniprésentes et, malgré les fréquentes razzias du Bataillon sacré, rien ne semblait pouvoir les enrayer définitivement. Avec le temps, les deux zones défavorisées prirent des noms distincts et ironiques : Le Cul-du-Comte (à l’ouest) et le Marais (à l’est). Si le premier demeure à ce jour imprégné d’une pauvreté tragique, le second a su s’extraire de la misère par les efforts de ses élites.

Le Cul-du-Comte est un quartier chaotique ayant grandi autour de plusieurs secteurs bien distincts. Effectivement, au fil du temps et des mouvements de population, celui-ci s’est découpé en trois zones, toutes séparées par des ponts. On trouvera ainsi “Le Cul” à l’ouest, secteur le plus pauvre et le plus à risque de problèmes avec les autorités locales, “La Passe” au centre, ceinturé par les deux autres, permettant d’accéder d’un secteur à l’autre et doté de commerces locaux et de quelques bâtiments administratifs, dont l’Office du Commissaire Royal, et le “Petit Comte” à l’est, zone la moins pauvre et peuplée de citadins toujours animés par l’espoir de rehausser la qualité de vie du quartier. Évidemment, les résidents du Cul et du Petit Comte ne se perçoivent point de la même manière.

Alors que le Marais gagnait de nombreux alliés afin de s’extraire de la pauvreté à la fin du quatrième siècle, il fallut malheureusement plus de temps au Cul-du-Comte afin de trouver de l’aide. Servant de repaire aux criminels Célestin et Henry Front-Maney lors de ses plans sordides durant la grande famine, l’endroit fut ensuite le site de différents affrontements visant à promouvoir les trois courants politiques de la capitale à l’aube du soulèvement d’Yr en 381. L’ancien commandant du Bataillon Sacré, devenu mutin, Charles Desneiges, y lança de nombreux assauts afin de faire taire les aspirations de la population à l’auto-gestion à travers les Potagers Populaires d’Isolde Vindersen. C’est grâce à l’appui des habitants de l’endroit et des loyalistes de Narcisse Lancette que le quartier fut sauvé des flammes de la guerre. Cependant, les potagers furent mis sous la protection de la Guilde des Artisans d’Yr afin d’aider à la stabilisation de la cité tout en ménageant les réserves des greniers des quartiers militaires.

Près de l’allée des Bagatelles -Qui doit son nom aux divers produits (légaux ou non) pouvant y être dégotés pour une bouchée de pain- dans la section du Cul, se dresse le Gîte du bon secours. Le Gîte du Bon Secours est une auberge délabrée donnant directement sur la porte du Faubourg du Couchant, à l’ouest de la cité. Fréquenté traditionnellement par des paysans et marchands en provenance de Havrebaie, il a vu son chiffre d’affaires s’effondrer en raison de la famine hivernale et des troubles politiques dans le bourg voisin en 379. Malgré la restauration des routes entre les deux villes, ses propriétaires ont abandonné l’idée d’y poursuivre leurs activités et il est dit que le bâtiment est fréquemment utilisé par des adeptes de cultes hérétiques pour leurs rituels.

En guise de pied de nez aux quartiers militaires, la population du Cul-du-Comte ouvrit de nombreux commerces prenant pour façade les murailles fortifiées à l’ouest. Le Bataillon sacré tenta bien d’empêcher cette tendance, mais il abandonna éventuellement cette ambition. Collée sur ces murs, la Boucherie du Tranchoir est reconnue pour offrir de généreux morceaux de viandes grossièrement tranchés. La rumeur veut que les prix fluctuent beaucoup en fonction du quartier de résidence du client. Le Cabaret de la Main Gauche, quant à lui, se voulait être un endroit de satire et d’amusement où il était possible d’y présenter des pièces musicales, de danses, des récits ou des représentations théâtrales. Le thème favori de ses adeptes était bien sûr la parodie ciblant les politiques de la cour yirote, le tout autour d’un ragoût généreusement garni de viande locale. Malheureusement, le propriétaire reçut un jour la visite d’un Charles Desneige courroucé et se fit trancher la main gauche, solidifiant ainsi, tristement, le nom de l’établissement. Depuis, cet endroit sert plutôt d’endroit de plaisir où soldats et citadins se rencontrent pour admirer des prestations plus en chair, tout en dégustant un repas modeste.

Près de là, rappel de l’ombre du Bataillon sacré planant sur les malfrats de l’endroit, la prison du gueux se dresse tout juste à proximité de l’Échafaud, là où les petits criminels sont tenus sous arrêts et exposés. Ironiquement, face à ce spectacle de la justice locale, se dresse la Maison de soins du Cul-Du-Comte, un établissement où plusieurs nobles et aristocrates tentent d’offrir des soins abordables à la population locale, elle-même parfois réticente à recevoir l’aide de l’élite.

La section de la Passe est l’hôtesse de la Lavandière, un bain public hautement fréquenté. Celle-ci est toujours en fonction, utilisant autant les méthodes ancestrales de nettoyage avec des cendres et de l’eau chaude, que quelques nouvelles techniques de nettoyage offertes par l’Académie Fulcieu. La Cambuse du Poing et des Dents qui lui fait face est un lieu de logement modeste permettant d’abriter des voyageurs ou des citoyens nécessitant un toit pendant quelques semaines. Son nom découle des nombreuses rixes y éclatant vu le séjour éphémère de ses habitants et leur pluralité culturelle et politique.

Après s’être nettoyé chez la Lavandière, le citadin peut visiter le Théâtre de la Faux, institution culturelle ayant ses racines en Corrèse et inauguré avec la pièce “La Faucheuse” rappelant l’une des batailles du comté des Semailles lors de la Guerre de l’Avènement. La modeste boulangerie “Le Seigle et la Paume” est, malheureusement, connue comme étant un des endroits où le vil Célestin Front-Maney créa son pain à base de farine d’os durant la famine de 378. L’endroit cherche encore à redorer sa réputation, coûte que coûte.

Finalement, la section du Petit Comte déroge quelque peu de l’ambiance glauque du quartier. Il est possible d’y retrouver le bazar populaire d’Yr et ses multiples étals. La boutique de délicatesses des Saveurs Sognarello est la principale rivale des confiseries Guglielmazzi et de certains artisans du quartier des Fourneaux. Seul commerce d’Yr offrant les délicieuses épices Sognarello en provenance du Duché des Crânes, il fait fureur auprès des enfants. Servant d’entrepôt pour les marchands locaux, le bâtiment de la Basse Cour est aussi une modeste résidence construite sur trois étages. En raison de sa proximité avec le marché public, elle est souvent louée par des marchands de passage souhaitant liquider leurs marchandises, ou par plusieurs familles de gueux qui s’entassent éhontément afin de se payer un toit. L’entrepôt fut acquis à un prix fort au début de l’année 379 par des courtisans royaux, mais, quelques semaines plus tard, celui-ci était la cible d’un incendie criminel. La criminalité omniprésente du quartier du Cul-du-Comte, à ce moment, dissuada toutefois les autorités de mener des enquêtes approfondies sur la question.

Sur les bords de la Baie d’Ambroise, nous retrouvons la Fonderie de l’Aurore qui, jour et nuit, produit des armements pour qui est prêt à payer le prix. Auparavant sous contrôle de la Banque libre d’Ébène, elle fit défection en 381 au profit de la corporation de Havrebaie avec son principal financier, Giskard de l’Aurore. À proximité, un large bâtiment abrite les bureaux de recrutements des mercenaires des Mille Blasons qui gagna en popularité avec l’accroissement des tensions frontalières et du démantèlement des régiments royaux lié aux palatinats. L’ancienne Caserne de la Garde Cassel fut également récupérée par les Mille Blasons afin d’y loger le flux constant de nouvelles recrues cherchant gloire et fortune.

Le Collège d’Alchimie du Cul-du-Comte possède une riche histoire récente. Au début du printemps 379, une vaste entreprise de nettoyage fut organisée par des courtisans du Cul-du-Comte afin de charmer les officiers de la Garde de Cassel présents sur place. À cette occasion, une corvée populaire fut tenue pour retirer les immondices des rues et revamper quelque peu les demeures. La famille des Chévrier, populeuse et réputée pour son manque d’hygiène, s’opposa vertement à cette initiative. Avant la mi-printemps, d’aimables habitants du quartier leur faisaient comprendre qu’elle n’était plus la bienvenue dans le secteur. Une nuit, elle disparut sans laisser de trace, donnant au Commissaire d’Yr la tâche de trouver un acheteur pour leur demeure crade et délabrée. Après plusieurs rénovations, son nouveau propriétaire, Célestin Front-Maney, en fit un collège d’alchimie. Lorsque l’homme fut exécuté à la suite de plusieurs crimes, c’est Edgar Folville qui reprit les titres de propriété pendant quelques saisons, puis Wilhelmina Thelen racheta les lieux à l’hiver 381. Dame Thelen, avec l’appui de l’équipage du navire “Le Zodiaque”, transforma alors l’établissement en une école vouée à l’éducation des enfants du quartier. Au coeur de l’initiative de potagers populaires d’Isolde Vindersen, le site est désormais décoré de nombreuses vignes servant à la production d’un vin local. À défaut d’être aussi goûteux que les productions avhoroises, il a l’avantage de susciter la fierté chez les citadins.

Finalement, héritage des revendications populaires à la veille du soulèvement d’Yr de 381, les Potagers du Peuple constituent probablement la plus grande réussite des citadins du Cul-du-comte dans les dernières années. Se déployant partout dans le secteur du Petit comte, ces jardins suspendus entre les chaumières et les mansardes sont entretenus par la populace elle-même sous la surveillance étroite de la Guilde des Artisans d’Yr. Herbes et légumes (mais jamais de fleurs ou autre flore d’agrément) y poussent tout l’été durant et contribuent à nourrir les locaux. Si cette initiative est insuffisante pour créer un commerce d’exportation, elle suscite chez plusieurs l’espoir d’une Cité d’Yr autosuffisante et libérée de la faim.

-Les Fourneaux-

Le quartier des Fourneaux est le secteur le plus chaud en Yr, et non pas pour sa vie nocturne et ses fêtes. Les fourneaux, les fours à pains et les échoppes de cuisson qui y pullulent augmentent la température ambiante de la région de quelques degrés à tout moment de l’année. On raconte que la fumée qui émane de ce quartier est suffisante pour obscurcir le ciel de la Cité d’Yr lorsqu’aucun vent ne souffle sur la ville. Chaque jour, des charrettes entières de pains et de victuailles frais quittent le quartier par l’un des quatre ponts le reliant au reste de la capitale. Le palais lui-même ferait souvent affaire avec les artisans des Fourneaux lors de grandes réceptions ou célébrations, nul ne pouvant s’empêcher de succomber au doux parfum enivrant des mets frais et du pain chaud et croustillant.

La Miche-Niche est d’ailleurs un point de rencontre pour tous les artisans boulangers du coeur d’Yr. C’est ici que sont testés bon nombres de produits, de farines exotiques et de types de cuissons expérimentales afin de combler les palets les plus fins. Il est fréquent de voir des proches de la Divine y faire leurs emplettes personnelles. Depuis 382, un nouveau produit y a d’ailleurs fait son apparition : le délicieux pain givré et croustillant des Blancgivre. Imaginé par Horatio de Blancgivre -désormais Torrig- lors de la Guerre des Croix en Laure, cette délicieuse pâtisserie combine audacieusement les trois principaux atouts d’un pain de renom : la croustillance d’une croûte légèrement sucrée, le moelleux d’une mie adéquatement salée et une bonne dose de patriotisme laurois.

Construites au début du siècle, les confiseries Guglielmazzi possèdent leur principale installation dans le quartier des Fourneaux. Cet atelier de gâteries sucrées produit et importe des confiseries, souvent à base de fraises avhoroises, pour tous ceux cherchant à ajouter un peu de fantaisie à leur existence. Les confiseries se targuent de n’utiliser que des fruits de première qualité et des sucres extraits par des méthodes naturelles et ayant été bénis par un chapelain avant leurs récoltes.

La Hanse d’Yr loge les locaux de plusieurs des principaux bourgeois, capitaines marchands et négociants de la Cité d’Yr. La Hanse vise à représenter les intérêts commerciaux des différentes grandes guildes face aux nombreux aristocrates utilisant l’Assemblée d’Ébène pour leurs intérêts personnels. L’organisation fut presque démantelée après la Conspiration des Fleurs de 379 alors que plusieurs des conspirateurs étaient membre de cette faction, mais des aristocrates fréquentant la nouvelle cour de la Divine à l’époque reprirent le flambeau et continuèrent le travail là où il avait été laissé.

La Tour-aux-Plaintes, autrefois nommé la Tour du Canal, donne sur l’un des canaux permettant d’accéder aux quartiers royaux et modestes à partir de la Baie d’Ambroise. La Tour du canal est une construction de pierre érigée sous le règne du prince Ferrinas II dit l’Explorateur. À l’époque, celle-ci était occupée par les douaniers personnels de la garde princière afin de gérer l’afflux de marchandises en provenance de l’étranger. À l’arrivée sur le trône d’Élémas IV puis de Théodoria, le commerce avec les contrées voisines diminua graduellement, rendant la tour inutile aux autorités portuaires d’Yr. Pendant une cinquantaine d’années, la Tour du canal a servi d’entrepôt de marchandises pour les Confiseries Guglielmazzi avant de passer brièvement aux mains de la famille Piccolini. Ce n’est qu’à l’été 380 qu’elle fut convertie en une prison pour crimes mineurs détenue par le Bataillon sacré.

-Le port et les quartiers commerciaux-

Le visiteur posant le pied dans la cité d’Yr débarque fort probablement dans le Bassin des avocettes, au port d’Yr, en plein cœur des quartiers commerciaux. Autrefois modeste et articulé autour des besoins des nobles diplomates fréquentant la capitale, les quartiers marchands sont devenus depuis l’avènement du Monarque l’un des poumons économiques du continent. Afin d’éviter qu’il ne prenne une tangente anarchique, le développement du port et de ses environs fut minutieusement coordonné par les Commissaires royaux spécialement nommés par le Monarque, puis la Divine Adrianna, depuis 323. Aujourd’hui, contrairement à la plupart des paysages portuaires du royaume, les berges d’Yr sont des exemples de propreté, de diversité et d’opulence. De la Tour de la Banque libre au Comptoir de la Marine des Mérillons en passant par les Halles -grande place du marché pour les négociants de ce monde-, le visiteur sera submergé de marchandises exotiques et communes. Les entrepôts de la ville, quant à eux, sont habilement rassemblés à l’est de là, à proximité des quartiers pauvres de l’est, mais également des quartiers militaires et d’une protection accrue.

L’un des établissements les plus en vogue, mais ayant aussi fait le plus de vagues dans les dernières années, est l’Auberge du Geai Bleu. Établissement de choix pour les les visiteurs et ambassadeurs de passage, il offre des chambres et salles de rencontre discrètes et huppées. Pour cette raison, la rumeur veut que le Geai Bleu soit aussi un lieu de rencontre neutre pour le monde interlope yriote. Une chose est sûre, c’est l’endroit de prédilection où trouver les dernières nouvelles et les plus récents ragots, de même que du travail légal (ou dans une zone grise). Alors même que la Cité d’Yr était sous le coup de la censure du commandant Charles Desneiges, le Geai Bleu fut la seule auberge de renom qui poursuivit la distribution du Journal du Renard, pamphlet pro-patriciens et pro-peuple. Ce fut la démonstration pour plusieurs que sa propriétaire actuelle, Jasmine de Blois, était une farouche défenderesse du droit à la vie privée et à la discrétion. Cependant, malgré plusieurs tensions et rixes avec les autorités locales au fil des décennies, l’endroit demeure toujours aussi populaire et populeux.

Bien évidemment, les quartiers commerciaux regorgent de petits ateliers artisanaux et de boutiques spécialisées où les acheteurs peuvent trouver chaussure à leur pied. Qu’il s’agisse de l’Atelier du Maréchal ferrant, de La Loge des Alchimistes ou des Orfèvres Merizzoli, nul ne quitte le port sans son petit trésor. Même les visiteurs en quête de plaisirs “corporels” trouveront chez la Dame Écarlate des services de charmes et des représentations pour les goûts les plus raffinés, et ce peu importe l’origine de la clientèle et son identité, tant que le respect est de mise.

Cependant, le port fut aussi le site d’événements controversés et historiques. La Villa de l’Ancre, autrefois occupée par le négociant Adhémar Desvents, accueillait régulièrement par le passé des réceptions où était décidé l’avenir du commerce en Yr. Cependant, le dévoilement de la Conspiration des Fleurs à la fin de l’an 377 mena à l’arrestation de Desvents, accusé d’en être l’instigateur. Pendant un an, la villa fut laissée à l’abandon et boudée par la plupart des passants et négociants du port royal. Au début de l’an 379, un incendie éclata dans la villa, diminuant considérablement son prix d’achat. La famille Morozov, informée de l’opportunité d’affaires, acquit et restaura cette demeure afin d’y établir ses quartiers. Rachetée plus tard par Isolde Vindersen, la villa devint le pied-à-terre des Vindersen de Fel. Le nom changeant de Morozov à la Villa de l’Ancre, dû à leurs humbles origines dans le commerce maritime felbourgeois. Étant dorénavant connu qu’Adhémar Desvents était le frère de la Divine, nombre de spéculateurs immobiliers se rongent les doigts d’avoir laissé passer cette acquisition.

-Les Quais des Pêcheurs-

Alors que le port d’Yr regorge de marchands et de négociants, les quais des pêcheurs regroupent plusieurs artisans et métiers spécialisés. Certes, les pêcheurs y sont fort nombreux, d’où son nom, mais tous les métiers ayant un lien avec les bateaux, la navigation et leur construction y sont fréquemment rencontrés. Autrefois, la Baie d’Ambroise était bénie du Céleste, un simple lancer de filet permettant de récolter tout le poisson nécessaire pour la journée. Or, avec les siècles, l’accroissement de la compétition et, surtout, l’augmentation de la population yriote, les pêcheurs doivent partir plus nombreux, plus loin et plus longtemps. Cela eut l’effet bénéfique de varier l’offre et de pousser l’ingéniosité navale des Yriotes devant maintenant s’aventurer sur la Mer Blanche. Ce n’est donc pas un hasard si, tout juste en face des Quais des pêcheurs, les Chantiers navals fourmillent d’activité.

Le quartier modeste demeure encore aujourd’hui le repaire de contrebandiers et de braconniers, ce qui força les autorités locales à resserrer le droit de pêche, augmenter les inspections et multiplier la paperasse requise pour exercer son métier. Les effets bénéfiques furent une diminution importante de ces petits crimes, mais eut pour effet négatif de forcer les larrons restants à se regrouper et s’organiser. Le paroxysme du crime organisé dans le secteur fut atteint avec le Clan du Maquereau, des marins et capitaines de petits navires qui utilisaient les tonneaux de victuailles et les bateaux de pêche pour faire passer du continent à l’archipel royal des produits de contrebande et individus recherchés. Le Clan entra en 379 en conflit avec les Armateurs, eux aussi des contrebandiers ayant leurs racines à Cassolmer. La guerre ouverte se solda par le démantèlement des deux cartels en Yr et la prise de possession, selon les ragots, du territoire par les Fils de Gué-du-Roi.

Le Bazar aux Poissons est l’endroit idéal pour faire le plein de produits de la mer à leur état le plus frais. Même si parfois quelques détracteurs viennent accuser certains commerçants étrangers de vendre du poisson pas frais (résultant toujours en une bagarre), ce marché est réputé partout dans la capitale pour sa diversité de poissons et de fruits de mer. Le cosmopolitisme d’Yr permet d’y faire de nombreuses découvertes tel la Crapucé d’Or, un poisson à la chair dorée et possédant un étrange goût fruité ou la Gabar Sombre, un poisson à l’odeur pugnace, mais dont la chaire tendre se prête parfaitement aux ragoûts et potages.

La population ouvrière et spécialisée d’Yr travaille avec une ardeur remarquable. C’est ce pourquoi le Haut Pilier (une ancienne congrégation religieuse) décida de construire dans les Quais des pêcheurs l’un de ses cloîtres. Le Monastère du Haut Pilier cherche depuis à assister la population locale dans son labeur, lui apprendre à lire et à écrire, et à s’inspirer spirituellement du travail de ces vaillants Célésiens. Les religieux de ce cloître semi-ouvert produisent eux-mêmes de nombreux mets apprêtés à partir des poissons locaux, dont la mystérieuse “Pâte d’Ambroise”, une chair de poisson mise en bocal, fermentée et possédant une durée de vie exceptionnelle sans sacrifier son goût certes poignant, mais assurément comestible.

L’un des endroits les moins glorieux du quartier est Le Gibet Sanglant. Bien que peu utilisé désormais, ce site d’exécution se situe entre le Pont de l’Oracle et le Pont de l’Unification qui mène vers la Nouvelle-Kessa. Le site fut aménagé pendant le règne du Monarque, au moment où les exilés pyréens affluaient dans l’archipel royal afin d’échapper aux flammes de leur volcan. Nombre de réfugiés peinant à s’intégrer à la société yriote y trouvèrent la mort, pendus ou écartelés sur la place publique en guise d’avertissement.

Enfin, institution du Quai des Pêcheurs depuis des décennies, l’Atelier du Tabar est un atelier de tissage spécialisé dans les bannières, voilures et accessoires héraldiques. Ses artisans exceptionnels croulent littéralement sous les commandes des capitaines de navire, nobliaux et bourgeois désireux de faire connaître leurs couleurs sur les rivières et mers d’Ébène. Cette popularité incontestable a poussé le propriétaire des lieux, Victorin Delorme, à prendre la difficile décision d’annexer à son petit atelier une villa afin d’y étendre ses activités. Pris en charge de pair avec des courtisans et navigateurs de la cour de la Divine, l’atelier fait des affaires d’or. Judicieusement positionné sur les bords de la Baie d’Ambroise et des canaux d’Yr, l’Atelier du Tabar est au cœur du commerce local.

-La Nouvelle Kessa-

En 323 de l’ère royale, les Pyréens furent forcés à l’exil à la suite de l’éruption de l’Iniraya, volcan pourtant endormi depuis des siècles au centre de Pyrae-la-Cité. Dans un torrent de flammes, les cités de Kessa furent dévastées, ne laissant d’autre choix aux habitants insulaires que de trouver refuge sur le continent. Dispersés en une diaspora désunie, ils s’accommodèrent comme ils le purent de leur situation. Tandis que les Rai de Vilem en Laure rejoignaient la cause de Fel et que Vahya Lazhiri de Rouge-Fort, réfugiée à Avhor, se rangeait du côté du Guérisseur couronné, les Dames d’Hara en Salvamer se liguaient aux côtés du prince Élémas V. Pour les Amezaï de Pyrae-la-cité, l’exode fut plus rude. Supposés trouver refuge dans la Cité d’Yr avec l’autorisation d’Élémas V, ils furent confrontés à la présence hostile des Royalistes de celui qui deviendrait plus tard le Monarque. Néanmoins, après des négociations serrées, ce dernier accepta leur présence dans la capitale et leur offrit le logis dans un quartier éventuellement renommé “Nouvelle Kessa” à proximité du port. Pour des années à venir, ceux-ci seraient stigmatisés par les citadins d’Yr.

Ce n’est donc pas un hasard si la création de la Nouvelle-Kessa en 323, au sud-est près du Marais, fut vite associée à un agrandissement des quartiers pauvres. Rapidement, l’espace disponible sur la terre ferme manqua et les réfugiés durent se résigner à transformer leurs navires en un ghetto de bois flottant. La ville flottante de la Nouvelle-Kessa est la représentation parfaite de la précarité des communautés pyréennes dans la capitale. Construite à partir des barques et galères qui permirent d’échapper à l’Iniraya, elle est un dédale de pontons, de quais de pêcheurs et de misérables maisons à pilotis trahissant la pauvreté de la communauté. À deux reprises depuis les cinquante dernières années, la ville flottante fut dévastée par de violentes tempêtes et péniblement reconstruite par les acharnés exilés. Malgré de nombreux efforts afin d’améliorer le sort des Pyréens de la Nouvelle-Kessa, ceux-ci se sentirent pendant les années à venir comme des citoyens de seconde zone. Nombreux -dont les Amezaï- ont préféré rejoindre les îles orientales ou retourner dans le petit comté d’Hara. Aujourd’hui, seuls les plus tenaces des Pyréens résident sur place, nombre d’entre eux ayant regagné la Ligue indépendante de Kessa ou le Palatinat de Pyrae après la guerre contre Ardaros. Pour la plupart fils et filles des réfugiés du début du siècle, ceux-ci s’estiment autant Yriotes que les autres citadins.

Sur la terre ferme, la caserne de l’Ordre de Rostam de la Nouvelle-Kessa accueille une centaine de chevaliers pyréens de l’escadre éponyme établie à Blanche-Tour en Avhor. Sous le commandement de la capitaine Yasmine, une ancienne-Vestale paladine, ces soldats constituent une cohorte de protection privée purement pyréenne dans le quartier et entraînent les habitants locaux aux arts de la guerre. Déçus de l’échec de la reconquête de Pyrae en 380, ils ont maintenant pour ambition première la défense des Pyréens extorqués, exploités et humiliés en terres célésiennes. Il n’est donc pas rare que ces vigilants se frottent aux forces du Bataillon sacré, supposé faire respecter l’ordre dans l’entièreté de la Cité d’Yr.

Jouxtant la caserne, l’Atelier Filii alimente en armes et armures les guerriers de l’Ordre de Rostam. Fondé par Dolorès Filii à la demande de son partenaire Giskard de l’Aurore, l’atelier était auparavant affilié à la Banque libre d’Ébène avant la défection surprise de plusieurs de ses représentants en 381 au profit de la corporation de Havrebaie. Depuis, dame Filii s’est fait un plaisir de rediriger une partie de son négoce vers Avhor, palatinat en pleine restructuration militaire.

De plus, une caserne du Bataillon Sacré fut construite au début de l’hiver 381. Cette caserne -appelée « Caserne de la Conciliatrice »- sert de poste de contrôle du Bataillon sacré pour le Pont de la Conciliatrice. Par celle-ci, un œil peut être conservé sur les déplacements entre les quartiers du Marais et de la Nouvelle-Kessa. Certaines mauvaises langues y voient un poste de contrôle, alors que d’autres y voient un désir de la Divine de prendre soin d’eux.

Le Pont de la Conciliatrice, seul lien entre la Nouvelle-Kessa et le reste de la cité par le biais du Marais, fut construit à la hâte en 323 à la suite de l’arrivée imprévue de la flottille d’évacuation pyréenne. Celui-ci tire son nom de la seule princesse pyréenne de l’histoire ébènoise, Messinia dite la Conciliatrice. Drissia Amezaï, telle qu’elle était connue avant son ascension au trône d’Ébène, fut celle qui, par la seule force de la diplomatie et de la négociation, mit fin à la crise de succession des Deux Trônes entre 184 et 186. À cette époque, Verasmond du Sarrenhor (connue sous le nom d’Ariane dite la Sage) siégeait sur le trône de Lys d’Or tandis que Florenzo Acciaro (connu sous le nom de Ferrinas dit le Tolérant) occupait le trône d’ébène. L’impasse politique fut résolue lorsque Florenzo, souffrant de petite vérole, déclencha un conclave électif à la suggestion de la Pyréenne. Manœuvrant habilement, la dame parvint à persuader à la fois le Sarren et le Salvamerois de la choisir pour suzeraine afin de réunifier le pays. Lorsque les exilés de Pyrae fuyant l’éruption de l’Iniraya en 323 s’établirent dans le sud-est d’Yr, il alla de soi que le pont les liant au reste de la cité devait faire honneur à cette héroïque diplomate.

En 380, la Guilde des artisans d’Yr entreprit des travaux d’amélioration sur le Pont de la Conciliatrice. Ce fut la famille Juniya qui finança et coordonna personnellement le chantier. Malgré la forte criminalité de la Nouvelle-Kessa, les mécènes et artisans optèrent pour l’installation de statues de pierres d’un mètre de haut montées sur socles tout au long de la passerelle. Bien sûr, celles-ci risquaient d’être subtilisées par les fourbes du secteur, mais les Juniya firent le pari que les Pyréens, fiers de leur héritage culturel, protégeraient farouchement ces créations. Encore aujourd’hui, les statues de Messinia Amezaï, Nassimah Amezaï, Rostam, Sulayman Rai, Drissia et Zeryab Nazem, de même que leurs enfants, et même de l’hydre caractéristique du blason pyréen, agrémentent la traversée de ce pont, au plus grand plaisir des habitants locaux.

Enfin, la Nouvelle-Kessa accueille une meunerie construite à l’initiative de l’Union commerciale du Sud et de Merwyn Prothero à la fin de l’automne 380. Celle-ci fut la première étape de la création du Conseil de quartier de la Nouvelle-Kessa et contribua à l’essor de la boulangerie pyréene Le Pain de Girofle.

-Les Quartiers religieux-

À l’est des nobles quartiers, le Siège des Témoins accueille quotidiennement des centaines de pèlerins célésiens. Rappelant la place des ministres du culte auprès du souverain à la table d’honneur lors des réceptions royales, les grandes structures du Siège des Témoins se dressent presque immédiatement aux côtés du palais d’Yr. Il ne s’agit pas, contrairement à la résidence de la Divine, d’un palais ouvert d’un côté sur une grande place publique et de l’autre sur de vastes jardins. Le célestaire d’Yr, où nombre de princes et princesses reçurent leurs derniers hommages au cours de l’Histoire, est plutôt blotti au coeur d’un vaste labyrinthe d’annexes, de cloîtres, de tours, de collèges et autres résidences cléricales, le tout ceint d’un rempart. Cette “cité dans la cité” attire à chaque année des milliers de fidèles de tous les horizons spirituels à l’intérieur de la foi célésienne. C’est l’Intendant du Siège des Témoins qui veille à assurer le rayonnement de ce quartier fortifié avec la bénédiction de la Divine.

Le Pont du Damné lie l’Allée de la Divine au Siège des Témoins. Son nom réfère aux innombrables exécutions publiques qui y eurent lieu tout au long de l’histoire. Point de jonction entre l’autorité royale et le pouvoir spirituel, il représente un emplacement de choix où pendre au-dessus des eaux du canal les condamnés à mort. Réputé maudit, il fut lentement investi par les vagabonds qui, préférant leur propre survie aux superstitions, élirent domicile sous sa travée et y établirent une misérable et indélogeable communauté mendiante. Véritable représentation des castes et des inégalités ébènoises, le Pont du Damné est au cœur des créations des poètes. Tandis que sur sa travée, sous le ciel d’Yr et à l’ombre des triomphes militaires, les nobles et religieux pompeux se succèdent, la pauvreté subsiste silencieusement dans l’ombre, sous les pieds des illustres dignitaires du royaume.

En 380, la Guilde des artisans d’Yr entreprit des travaux d’amélioration sur le Pont du Damné. Ce fut Joseph Morrigane, alors viguier de Havrebaie, qui finança et coordonna personnellement le chantier. Afin de stimuler la ferveur guerrière des Ébènois à l’approche d’une guerre ouverte avec la Ligue d’Ardaros, il fit élever deux statues de bronze symbolisant la supériorité morale et militaire d’Ébène. La première, représentant une pieuse Célésienne brandissant une épée, dominait une seconde, plus modeste et rappelant un Ardarosien agonisant sur le pavé. Sur une plaque de bronze fixée au socle de pierre blanche soutenant l’œuvre, une devise confirmait les intentions de l’artisan : “Le triomphe face aux hérétiques”.

Le Pont d’Avhor, plus au sud, est quant à lui fréquenté par les étrangers mélancoliques et les amants en quête de paysages romantiques. Celui-ci lie les quartiers commerciaux au Siège des Témoins sur le bord de la Baie d’Ambroise. Le jour, ce sont les marchands et transporteurs souhaitant éviter l’affluence du Pont du Damné, au nord, qui traversent cette construction de pierres grises. Toutefois, matin et soir, en dehors des heures de labeur, les peintres posent leurs chevalets en ce lieu afin d’immortaliser tantôt le lever du Soleil, tantôt les navires du port d’Yr dans le crépuscule. Cette forte présence d’artistes découle partiellement d’une longue tradition héritée du constructeur du pont, Fernando Scipii, architecte avhorois, qui y peignit quotidiennement ses œuvres jusqu’à sa mort, en l’an 63 de l’ère royale.

En 380, comme elle l’avait fait pour le Pont des Damnés, la Guilde des artisans d’Yr mena des travaux d’amélioration sur le Pont d’Avhor. Ce fut Élya Borracho, aubergiste du Geai bleu, qui finança et coordonna personnellement le chantier. Afin de souligner le nom et le cachet de cette construction, dame Borracho fit graver sur les rambardes de pierre des fresques commémorant la fête et la beauté de la tradition avhoroise de la Felicita di Treia. Chacune des sections du pont est aujourd’hui embellie d’une représentation d’une étape de la production d’hydromel sacrée de l’île orientale : entretien des fleurs sauvages essentielles au butinage des abeilles, préparation des ruches, collecte du miel, fermentation du précieux liquide, embouteillement et, bien sûr, célébrations annuelles automnales sur le parvis du Célestaire de la Dame. La Felicita di Treia valorisant l’approfondissement de la spiritualité dans chacun des actes de la vie quotidienne (et les festivités), ces fresques constituent un hommage aux rites célésiens méconnus d’Avhor.

Deux réseaux de catacombes serpentent sous la surface de la Cité d’Yr. Le premier, aménagé à la demande du Roi-Prophète au début de l’ère royale, se situe sous les quartiers religieux, au sud-est. Réservée aux reliques et ossements des Témoins, Hérauts de la Foi, prêtres et prêtresses et autres ecclésiastiques de renom s’étant montrés dignes des bénédictions du Céleste, elle est toujours sous le supervision des autorités du Siège des Témoins. Le second réseau, pour sa part, s’étend sous les Jardins des Martyrs. Construit au fil des ans par les nobles familles du quartier huppé, celui-ci est voué à la préservation des héritages et reliquats des illustres dignitaires locaux. Auparavant scindées en une multitude de caves privées, ces catacombes furent consolidées en 354 à la demande du Monarque qui souhaitait uniformiser les rites funéraires chez ses plus éminents sujets. La surveillance et la protection de ces lieux sacrés fut finalement confiée aux Chapelains de la Foi spécifiquement entraînés à cet effet dans les institutions du Fort-Sentinelle, en Terre des Roses. En 380, à l’initiative d’Alphonse des Mers, la zone sécurisée par les Chapelains fut étendue à l’entièreté des souterrains du nord-ouest de la capitale : Jardins des Martyrs, Hôtel-Cieux, Villevieille et le Faubourg des Campagnes. Afin d’éviter que des criminels n’investissent ces tunnels propices aux affaires clandestines comme le fit le terrifiant “Pestilent” l’année précédente, il adjoint aux religieux une cohorte de la Ligue des Gardes de Jéranbourg. Après la sécession de Fel, ces derniers quittèrent la Cité d’Yr et furent remplacés exclusivement par les Chapelains et des soldats spécifiquement choisis par la Divine. Encore aujourd’hui, ces surveillants travaillent de pair pour chasser tout individu s’introduisant sans autorisation dans ces souterrains.

Le Siège des Témoins, ou communément appelé “Grand Célestaire d’Yr”, est le plus important complexe religieux du continent. Parmi ses monuments les plus remarquables, nous noterons le Célestaire en lui-même, bien sûr, mais également le Beffroi d’Yr, le Palais de l’Intendance du Siège des Témoins, un accès privilégié aux catacombes, le Haut Tribunal de l’inquisition et une impressionnante Agora de la Voix de la Foi. Ces nombreux lieux sont toujours des plus actifs pour qui cherche des informations sur la foi célésienne. Dans une section séparée par deux ponts et un canal, se trouvent les anciens quartiers du Glaive de la Foi, qui travaillait de pair pour faire régner l’ordre et la justice avec les gardes de la Prison de la Foi et les envoyés du campus du Zanaïr. Or, depuis le Concile d’Adrianna de 381, la justice retourna entre les mains des laïques et du Bataillon sacré, rendant cette zone obsolète dans son ancienne forme. Si les installations carcérales furent remises à l’Inquisition, les casernes furent mises au service des innombrables pèlerins convergeant vers la capitale.

La dernière annexe du Siège des Témoins est le Bureau de l’Omniscience. Le Bureau de l’Omniscience émane d’une volonté de consolidation des efforts inquisitoriaux de la foi célésienne. Installés temporairement dans une aile de la villa des Trois Fontaines dans les Neufs Jardins avant leur explosion, les locaux du Bureau sont d’une apparence singulièrement administrative. Si ce n’était du soleil célésien à l’entrée et d’une sobre plaque rappelant les sept piliers de la Foi, on ne pourrait sans doute deviner qu’il s’agit de locaux de la Foi. Au travers des bureaux et lutrins de scribes présents dans les halls de marbre, on peut noter de très nombreux registres, livres de comptes et archives s’empilent au gré des opérations. Officiellement assujetti aux décisions et devoirs de l’Inquisition, le Bureau de l’Omniscience demeure d’abord et avant tout un organe au service de celle-ci. Le Témoignage de l’Omniscience de la Sereine Adrianna est une inspiration manifeste à la base de sa création. Ce témoignage guide la mission du Bureau afin de veiller au respect des rites et traditions tels qu’annoncés par la Témoin Adrianna. Le Bureau de l’Omniscience a également reçu le mandat officiel du Chapitre de la Foi d’Yr de l’entière supervision des fouilles et recherches ayant lieu sur le site des ruines de Jolorion avant sa destruction. Les censeurs, questeurs, édiles de la Foi et inquisiteurs du Bureau veillent donc sans relâche à ce qu’aucune hérésie, blasphème ou tentation ne s’extirpant du site impie. Au-delà de ces tâches, le Bureau s’efforce d’incarner dignement la Foi de la Très Divine Reine, représentante temporelle du Céleste en Ébène.

Dans le quartier religieux, en dehors de l’enceinte du Siège des Témoins, se trouve également le Temple du Pénitent, grand lieu de recueillement et hôte de nombreux pèlerinages pour expiation de péchés. Une auberge -”Le Candélabre du Roi-Prophète” accueille autant les pèlerins que les voyageurs. Cependant, il est fortement conseillé de prévoir longtemps à l’avance son déplacement car le lieu est généralement comble et remplit même ses écuries pour accommoder le plus de gens possible. La propriétaire actuelle en 383 est Irèle DuBeffroi. Celle-ci cherche désespérément une solution à ce problème grandissant avant que des conflits n’éclatent. Non loin de cette auberge bourdonnante, nous retrouvons un calme serein en l’Orphelinat des Témoins qui récupéra bon nombre d’anciennes Vestales et Héritiers lorsque les derniers soubresauts de cette tradition désuète furent enfin démantelés.

Trois derniers bâtiments détonnent du quartier. Le premier est le Cloître aux Vignes, aujourd’hui connu comme l’Emporium des Alcools libres d’Ébène. Avant l’avènement du Monarque en 345, ce monastère cloîtré abritait une sororité de Vestales. Lorsque le souverain ordonna la révision de cette tradition plusieurs fois centenaire, ces femmes vouées au Céleste se dispersèrent aux quatre coins d’Ébène, abandonnant leur vaste monastère. Depuis près de trente ans, l’endroit était occupé par des pèlerins de renom autorisés par le Siège des Témoins. En 379, l’Avhorois Gregorio Mandevilla en fit l’acquisition. Au cours du printemps de la même année, le bâtiment fut rénové par les Mandevilla pour lui donner un style typiquement avhorois, d’où son nouveau nom. Ils y aménagèrent alors leur nouvel Emporium dans la partie centrale de l’ancien monastère selon les plans de Mina Jezebel.

L’Emporium des alcools libres d’Ébène est unique dans le paysage commercial ébènois. Dans les caves de l’établissement, des crus en provenance des quatre coins du royaume sont offerts aux clients à la recherche d’une expérience gustative personnalisée. Vin de fleurs des Monts Namori, Lie-Coeur du Bleu-Comté, absinthe de Findest, Orferac de Jéranbourg, Salvameroise de Salvamer, limoncello de l’est et Rose bleue (hydromel liquoreux de la Terre des Roses) ne sont que quelques exemples de boissons proposées. Grâce à des ententes d’exclusivité avec plusieurs producteurs provinciaux, l’Emporium a su s’attacher une clientèle fidèle désireuse d’expérimenter avec modération les alcools ébènois.

Notons finalement les hautes et solides portes d’acier conçues par la forgeronne de renom Clara Mandevilla. Véritable hommage aux œuvres de l’Armurerie royale et à son rôle dans les victoires militaires historiques en Ébène, cette oeuvre de métallurgie est le résultat de l’usage de techniques de forge provoquant des teintes de couleurs variées dans le métal autour des diverses parties d’armures, épées et écus intégrées dans sa structure. Dans le bas-relief de ces deux murs d’acier, une fresque rappelle la chasse de l’aïeul de la famille Merioro par celui des Mandevilla.

Près de l’Emporium se dresse l’Office du Chambellan d’Yr. Occupé par le Chambellan de la Divine, ce lieu sert de point de rencontre pour la planification des grandes festivités de la ville et surtout la vie mondaine du palais de la Divine. L’endroit est toujours rempli de couleurs vives, d’alcools exotiques, de saltimbanques venant offrir leur service et bien plus.

Finalement, en retrait des sites fréquentés, le Bataillon sacré surveille un modeste bastion servant de porte d’entrée secondaire aux Geôles de Pélidor, véritable réseau souterrain carcéral pour les crimes moyens et graves. Peu savent à quel point ce réseau carcéral souterrain est vaste et étendu, mais il se déploie assurément des quartiers religieux jusqu’aux quartiers militaires, à l’ouest de la capitale.

-Les Chantiers navals-

Situé tout près des Quais des Pêcheurs et se fondant dans les frontières du quartier des Marais, les Chantiers Navals sont à la fois un havre pour la résistance populaire et la résultante de l’influence des quartiers voisins. Certes, les ouvriers spécialisés qui y oeuvrent sont d’une importance capitale pour l’économie de Cité d’Yr, mais leur philosophie est de rester neutres -du moins normalement- dans les enjeux politiques de la cité. Yr aura toujours besoin de navires, qu’il s’agisse de navires commerciaux, de pêches ou de guerre. Chaque navire de la redoutable Escadre Royale fut bâti en Yr avec de la main d’œuvre yriote, avec le savoir yriote.

La preuve la plus flagrante de “l’ingérence” des Marais est l’École de la Sainte-Adrianna-Des-Marais qui fut fondée en 380 afin d’aider à l’éducation populaire des Chantiers navals et des Marais. Fortement chapeautée par le quartier voisin, plusieurs considèrent cette institution comme une tentative d’annexion de la gestion du quartier par ses voisins. Néanmoins, pour les travailleurs peu éduqués des chantiers mais souvent très bien payés par les marchands en besoin de navires, celle-ci est une occasion d’offrir à leurs enfants une éducation qui leur permettra de s’extirper de l’indigence dans laquelle ils vivent quotidiennement.

La Maison du Pêcheur est la principale auberge des chantiers navals, au sud-est de la cité. Quotidiennement, les constructeurs de navires, capitaines de passage et marins en permission y font halte afin de s’enivrer sans lendemain ou d’engloutir un bol de ragoût aux viandes suspectes. Au début de l’an 380, Jules le Bistouiller, précédent propriétaire des lieux, a décidé de vendre son établissement au plus offrant afin de faire l’acquisition d’une caravelle et se lancer dans le commerce maritime. Ce sont Giskard de l’Aurore et Valentin Vergefresque, partisans de la cause des ouvriers, qui en prirent possession. Si les bagarres sont fréquentes dans les environs de l’auberge, rares sont les clients osant s’y attaquer directement, l’attrait de la bière et de la pitance à un follet apaisant les pulsions violentes.

Un grand nombre d’entrepôts portuaires sont situés en bordure de l’Arsenal d’Yr. Cette complicité permet aux entrepôts de recevoir la sécurité des autorités locales, de toujours trouver preneur pour leurs emplacements de stockages et de permettre aux travailleurs de combiner deux emplois si nécessaire.

Néanmoins, en 381, les Chantiers navals furent au coeur du soulèvement d’Yr. Marick Desflots, commissaire du quartier élu par ses pairs, était un vieux loup de mer apprécié des ouvriers et doté d’un tempérament aussi bourru que revendicateur. Ne pouvant plus tolérer les abus de la bourgeoisie et, surtout, de la noblesse à l’endroit des roturiers yriotes, il organisa une résistance armée qui embrasa l’entièreté de la capitale. Au terme des combats qui durèrent une nuit, l’homme fut capturé et emprisonné par les forces du Gardien-Protecteur Narcisse Lancerte et de la Divine. On raconte que l’homme croupirait depuis ce jour en prison, celui-ci ne pouvant être exécuté sans risquer de nouvelles émeutes.

-Le Marais-

Situé au sud-est de la Cité d’Yr, le Marais fut historiquement l’un des secteurs les plus misérables de la capitale. Déjà présente lors des trois premiers siècles de l’ère royale, la pauvreté s’est accrue considérablement en Yr avec l’avènement de la dynastie royale. Certes, les politiques éclairées des suzerains attirèrent nombre d’ambitieux individus, mais l’impression que le Céleste gratifiait de ses dons tous ceux qui gravitaient autour de la famille royale naquit partout dans le royaume en apportant son lot de réfugiés. Initialement, ceux-ci se réunissaient dans les pauvres quartiers de l’ouest, autour du Cul-du-Comte. Cependant, les canaux limitèrent éventuellement leur arrivée et ceux-ci s’approprièrent un nouveau secteur à l’est complètement de la ville, près des chantiers navals (mais loin des installations commerciales). Voleurs à la tire, magouilleurs, hommes et femmes de plaisir, malades et handicapés se multiplièrent en ces deux secteurs, rendant leur traversée incertaine à toute heure du jour et, surtout, de la nuit. Misère et criminalité, les deux nécessaires contrecoups de la prospérité et du luxe, devinrent omniprésentes et, malgré les fréquentes razzias du Bataillon sacré, rien ne semblait pouvoir les enrayer définitivement. Avec le temps, les deux zones défavorisées prirent des noms distincts et ironiques : Le Cul-du-Comte (à l’ouest) et le Marais (à l’est).

Le vocable du “Marais” fut hérité des premières années de l’ère royale. Effectivement, avant que le Roi-Prophète n’entreprenne le chantier de la future Cité d’Yr au début de son règne, une vaste forêt couvrait l’entièreté de l’île. Dans sa portion sud-est, la sylve, située légèrement sous le niveau de la Baie d’Ambroise, était fréquemment envahie par les eaux et se voyait transformée au printemps en un marécage inhabitable. Ce n’est qu’à la suite de travaux majeurs d’ingénierie et de drainage que ce secteur put être protégé des inondations et ouvert aux résidences.

Autrefois perçu comme une zone de second ordre dans la capitale, le quartier a miraculeusement réussi à s’extraire de l’indigence. Au début de l’année 379, Philiberthe des Marais, représentante de l’une des plus influentes familles de l’endroit, initia plusieurs projets de revitalisation. Toutefois, ces investissements attirèrent l’attention et, à l’automne, le quartier fut le théâtre d’un affrontement commercial entre la Banque libre d’Ébène et l’Union commerciale du Sud. Cette rixe dégénéra et se solda par l’arrestation et la mort de plusieurs personnalités controversées du quartier. Au 104e jour d’automne 379, privé de la guidance de ses “élites”, le Marais sombra dans le chaos lorsqu’une embuscade tendue au cartel criminel des Armateurs se conclut par des émeutes incontrôlables. Au lendemain de cette tragédie, la Banque libre abandonna ses installations sur place, laissant l’UCS et la famille des Marais s’atteler à la laborieuse tâche de restauration.

Par une ironie macabre, les massacres et le chaos de l’an 379 eurent pour effet de donner l’impulsion nécessaire pour relancer l’économie locale. Les indigents, lorsqu’ils n’avaient pas connu la mort lors des troubles récents ou pris la fuite vers d’autres quartiers, étaient pris en charge par des marchands dédaignant habituellement la perspective de les côtoyer au quotidien. La criminalité, incontrôlable un an plus tôt, semblait avoir regagné les caniveaux et les sombres ruelles. Enfin, une nouvelle caste d’artisans et de petits bourgeois similaire à celle de la Porte d’Avhor ou des Cinq-Follets vit le jour grâce à l’implication assidue de l’Union commerciale du Sud, représentée par les Centeniers Merwyn Prothero et Hugues Lemestiers. Preuve en est qu’en 380 le Grand Marché du Marais, au nord du quartier, rassemble quotidiennement des centaines de négociants, visiteurs et artisans parmi les étals à ciel ouvert, le tout sous la supervision de l’Assemblée du Marais regroupant les citadins illustres désireux de contribuer à la gloire de leur quartier. En quelques années à peine, les tragédies et controverses avaient ébranlé le secteur -combats contre les criminels, patrouilles de soldats hostiles, empoisonnement de puits, prise d’otage au temple du généreux, rixes avec la Nouvelle-Kessa, implantation de l’UCS-, mais, à grands coups d’investissements, de campagnes de séduction et d’entraide entre les citadins, le Marais put s’affranchir de la pauvreté comme un fleuron de l’élévation sociale.

Le Marais regorge de lieux portant les traces de ces changements. Le Temple du Généreux fut présent pour la population depuis sa fondation jusqu’à l’essor du quartier. Les religieux sur place prêchent la parole du Céleste et chantent leur foi en la lumière divine et en l’espoir d’un avenir meilleur pour tous. Ce lieu saint est apprécié autant pour la piété des citoyens et leur admiration pour la Divine que pour les nombreux événements caritatifs s’y déroulant. C’est également en ce lieu que le Véritable, nom de criminel de Stanislas Précieux Sang, instiga une révolte populaire et une prise d’otage afin de créer de l’insécurité parmi la population. Ce crime et plusieurs autres menèrent éventuellement à son arrestation et à son assassinat en 381 par Elzémar Desflots, frère cadet de la Divine.

La Ratterie est essentielle à l’hygiène et à la salubrité du quartier. Le combat contre les rongeurs est une guerre de tous les jours et, en cet établissement aussi malfamé qu’important, des volontaires du Marais se rassemblent pour mener des corvées d’extermination. Ironiquement, avant de devenir un point de service, l’endroit servit de repère pour un criminel du nom du Rat qui l’utilisait pour effectuer ses opérations clandestines. Son corps fut retrouvé, visiblement assassiné, au lendemain d’une grande purge effectuée dans le chaos alors que citadins, le Bataillon Sacré et la Dernière Légion affrontaient une insurrection locale et criminelle.

Dans un autre ordre d’idée complètement, la brasserie de l’Union commerciale du Sud fondée en 381 est le fruit de l’expertise derrière la création des « Alcools patriotes » d’Ébène. Les recettes des diverses bières -chacune représentant un palatinat ou une colonie historique- y sont conservées afin d’être transmises et enseignées aux brasseurs établis partout dans le royaume. Cet endroit est l’une des nombreuses initiatives commerciales mises en oeuvre par Hugues Lemestiers pour attirer une clientèle et une population plus aisées. Un édifice de pierre à l’allure très sobre dissimule à l’intérieur l’Union des Artisans d’Yr, donnant des formations et soutenant les membres. À la fois lieu de rassemblement des membres ainsi que d’apprentissage sur le travail et l’innovation, l’édifice est ouvert à recruter tous les artisans de talents qui souhaitent s’y associer.

Le Cheval Sans’Tête est une auberge à plusieurs étages comprenant chambres, auberge, cuisine et terrasse aux devants. Officiellement la propriété de Siméon Azraki, un homme d’affaire sarren qui s’est démarqué à l’automne 379 dans la Cité d’Yr en tant que représentant officiel de la Ligue de Pugilat de Fel, l’endroit a fortement gagné en réputation en tant que centre de divertissement local où se tiennent des duels de pugilat à la limite de la légalité. Lorsqu’ils prirent possession du bâtiment, Siméon et sa bande entamèrent des réparations et réinvestirent ce qu’ils obtinrent de la revente de leurs biens à Chambourg afin de remettre en place une nouvelle auberge. À prime abord, c’est le comptoir d’une taverne d’un bois d’ébène qui accueille les nouveaux clients. Aux deux étages supérieurs se tiennent plusieurs chambres à louer tandis que dans le fond de la taverne, au rez-de-chaussée, la cuisine offre un menu en service continu. Le public n’est pas invité aux deux derniers étages, ceux-ci étant exclusivement réservés en tant que salons privés aux invités personnels des Azraki. Notons que les environs du Cheval Sans’Tête ne sont que rarement le site de débordements ou d’émeutes. Le personnel de l’auberge s’assure avec une rigueur exemplaire que l’établissement ne soit jamais associé au chaos de la Cité d’Yr.

Le Théâtre des Sottises est un lieu de détente et de critique sociale. L’endroit regorge toujours de gueux moins nantis cherchant les rires et la validation de leurs idéaux. Cet endroit est souvent utilisé par Les Libérateurs, une troupe de théâtre ambulante, afin d’y passer leurs messages, subtilement ou non. Il est dit que si la fin d’une représentation ne signifie pas une querelle politique en avant des portes du théâtre, c’est que la pièce n’a pas atteint son but.

Pour une bonne nuit de repos avec le ventre bien rempli, l’Auberge de la Ripaille offre un menu varié avec des prix certes abordables, mais en constante augmentation vu la demande ne cessant de croître depuis l’élévation du quartier. L’aubergiste Mennella Du Frimas ne cesse de chercher de la nouvelle main-d’œuvre afin de répondre à la demande. Il est dit que l’attrait du profit, chose qu’elle n’avait jamais autant connu auparavant, lui fait même louer son sous-sol pour des rencontres impromptues.

Par hasard ou non, tout juste en face de l’auberge, un poste de garde du Bataillon Sacré fut instauré et aménagé en l’an 381 afin d’aider à protéger et surveiller les quartiers les plus à l’est, et donc les plus éloignés du quartier militaire. Ce poste de garde est en constante communication avec son homologue surveillant la Nouvelle-Kessa et le Pont de la Conciliatrice.

Finalement, anciennement connu comme le “Manoir visqueux », l’Hôtel de la Cité du Marais est le coeur battant du quartier. Imposant bâtiment soigneusement rénové et agrandi par les soins des vaillants habitants du quartier, il était autrefois réputé comme le repaire des indigents et des criminels d’Yr. L’Hôtel de la Cité du Marais est l’exemple parfait de l’enrichissement collectif, celui-ci accueillant nombre de services : crèche pour les orphelins, caserne de la milice, dispensaire médical, jardins publics, etc. C’est entre ses murs que l’idée des Assemblées de Quartiers prit son envol avant de se concrétiser en un fleuron du quartier. L’endroit est un lieu sûr pour quiconque souhaite améliorer son sort, peu importe ses origines ou ses antécédents.

-La Porte d'Avhor-

L’un des quartiers les plus peuplés d’Yr, les Portes d’Avhor sont une force tranquille et oubliée de la Cité d’Yr. Ni riche, ni pauvre, il est composé d’une population d’ouvriers, de petits bourgeois et d’érudits spécialisés et qualifiés tirant une pitance respectable de leur labeur. Bénéficiant d’une place privilégiée près de l’une des entrées principales de la cité, du quartier religieux et du Marais (qui gagne en prospérité), la Porte d’Avhor sait tirer son épingle du jeu. Le secteur regorge de galeries d’art drapées de voiles multicolores, de fleurs de saison et d’affiches invitant les citadins aux soirées festives qui les animent. Il n’est pas rare d’y voir des résidences privées être transformées en lieu de fêtes improvisés ou d’assister à des prestations musicales nocturnes dans les ruelles. À l’image du palatinat dont il porte le nom, ce quartier a su embrasser pleinement la joie de vivre propre aux descendants des Mérillons.

Chaque étape de la journée et de la vie est vénérée et respectée près de la Porte d’Avhor. Chaque rue possède ses petits rituels du matin, du midi et du soir. La population se salue courtoisement et les nouveaux arrivants sont facilement reconnus de par leurs maladresses aux protocoles. Nombre de demeures arborent des jardinières ou des balconnières fleuries permettant aux abeilles de butiner et de nourrir les ruches du quartier, sources d’approvisionnement des cuisines et hydromellerie de la “Belle de Vêpre”, une auberge de renom tenue par une Avhoroise d’origine, Floriana Di Estrella. Secret d’herboriste et d’alchimiste, cette omniprésence florale est l’une des raisons du grand succès des récoltes des jardins de la Divine au Faubourg du Levant.

L’une de propriétés se démarquant, et anciennement connue sous le nom de la « Vieille loge des alchimistes », est le campus d’Yr de l’Ordre médical d’Ébène fondé en 379. En 323, la Loge des Alchimistes d’Yr fut prise d’assaut par des malfrats profitant d’un coup d’état en cours pour subtiliser ses réserves de poudre noire et de feu grégeois. Après ces événements, les alchimistes royaux déterminèrent que cette propriété, mal protégée, était indigne d’accueillir leurs activités. Ils rassemblèrent leurs alambics, livres et accessoires et déménagèrent vers l’actuel Loge des Alchimistes située dans les quartiers commerciaux, près du port.

En 379, le chercheur William Sectral Bupori, fasciné par les théories médicales et anatomiques, prit l’initiative de fonder dans la capitale royale un campus du renommé Ordre médical d’Ébène. Son entreprise rencontra toutefois rapidement une forte opposition parmi les partisans de la théorie alchimique des couleurs que Bupori refusait d’enseigner en son institution. Ce n’est qu’avec le support des Pharmacies de Sabran et de Claude de Sabran, qui maintenait un comptoir d’herboristerie à même le campus avec le financement de la Banque libre d’Ébène, que le projet de William put voir le jour. Aujourd’hui, la priorité académique de ce campus réside en deux volets : les recherches anatomiques et les remèdes populaires à base d’herbes. Toutefois, si les cours offerts par l’institution sont habituellement gratuits, les produits sur les étals, eux, ne le sont aucunement. La Banque libre d’Ébène s’assure ainsi que ses investissements rapportent des follets sonnants.

En 380, l’Ordre médical d’Ébène en Yr, en dépit des controverses qu’il devait soulever, annonça le début de recherches sur la transfusion sanguine entre animaux. Fasciné par le rôle vital du sang dans l’organisme humain, le recteur Bupori caressait l’idée de développer une procédure permettant le transfert sécuritaire de sang d’un patient sain à un malade ou un blessé mis en danger par une hémorragie. Avec le succès des premiers tests effectués sur les animaux -des chiens-, les expérimentations sur les humains furent menées lors de la Guerre avec Ardaros. Malgré les réticences des religieux conservateurs, les aléas de la guerre rendirent possible l’implantation de cette pratique dans les infirmeries du front.

Finalement, la Porte d’Avhor serait, selon les rumeurs, le quartier de prédilection de la Main Dorée, un cartel de contrebandiers et de contrefaçons spécialisés dans les arts et les biens précieux.

-La Castellane-

La Castellane est vue comme un quartier cosmopolite et ouvert d’esprit malgré l’humilité financière de ses habitants. L’endroit regorge d’artisans de tous les métiers, ce qui en fait un arrêt obligatoire pour quiconque est à la recherche de services personnalisés. Autrefois, le quartier était considéré comme une simple extension des Neufs-Jardins. Les ouvriers, domestiques, serviteurs et gardes privés des nobles, ambassadeurs et riches bourgeois y étaient logés afin de ne pas entacher la “pureté” des rues de la haute-ville. Or, avec le temps et l’accroissement de la population d’Yr, la Castellane s’est lentement mais sûrement forgé une identité propre. Seul rappel de cette époque, la Herse, un immense mur avec une grande herse séparant les deux quartiers, est toujours en état. Aujourd’hui, celle-ci est la plupart du temps ouverte, les Jardins des Martyrs ne suscitant guère la convoitise des malfrats comme les Neufs Jardins pouvaient le faire auparavant.

L’Institut des archives et statistiques des confrontations sportives d’Ébène possède son pied à terre dans la Castellane. Dans les quartiers modestes du nord-est, la forgeronne Mircelle est connue par la populace comme une femme fière, généreuse de son temps et perfectionniste. Ces qualités font d’elle une artisane appréciée, mais sans le sou. Faisant face à la faillite, la forgeronne a décidé en 379 de partager l’immense propriété lui servant de forge avec des partenaires en moyens. C’est la Fédération ébènoise de Calcio qui se proposa comme acheteuse. Cependant, reconnaissant la réputation et le talent de la forgeronne, la Fédération décida de lui garder une place de choix dans la villa et ses membres se penchèrent même sur un projet qui pourrait utiliser les services de Mircelle afin de faire rayonner son art dans toute la cité. Depuis, l’endroit est connu comme les quartiers généraux de l’Institut des archives et statistiques des confrontations sportives d’Ébène. Profondément impliquée dans l’organisation du calcio en Yr, la Fédération est derrière la plupart des grandes manifestations sportives de la capitale.

Enfin, on ne peut ignorer la présence du Centre de Recherche Sabran, étroitement lié aux Pharmacies de Sabran, dans le quartier. Autrefois, le bâtiment abritant aujourd’hui le Centre de Recherche était la propriété d’Édouard et Huguette Calanais, parents de trois fils morts à la guerre et citadins connus et appréciés des quartiers modestes du nord-est. Ayant acquis une modeste fortune grâce à leur indiscutable talent de cordonniers, ils firent construire près des murs d’Yr, dans une secteur jugé tranquille jusque-là, un coquet manoir afin d’y terminer leurs vieux jours. Tragiquement, les Calanais furent parmi les victimes des Rongeurs de la Nuit des Éclopés, en 379. Alors que le couple dormait à poings fermés, les émeutiers défoncèrent la porte de leur résidence, s’emparèrent des malheureux et les égorgèrent au milieu de la rue. Dans les jours qui suivirent, leur manoir fut mis en vente. De cette tragédie naquit le Centre de Recherche Sabran, véritable bénédiction pour les citadins du secteur. De la découverte d’un remède à la Peste sanglante à la distribution de vivres et de médicaments à la populace dans le besoin, les Pharmacies jouent un rôle central dans le bien-être des habitants.

-Les Cinq-Follets-

On ne peut accéder au quartier des Cinq-Follets qu’en passant par la Porte d’Avhor ou la Castellane. Ses habitants durent donc user d’astuce et de charme pour tirer leur épingle du jeu de la vie yriote. Son surnom coïncide avec la valeur communément admise d’un ducat en pièces d’un follet. Modeste à sa racine, il attire à lui les apprentis, étudiants, petits travailleurs peu qualifiés et artistes en quête de célébrité nécessitant un loyer modeste et un lieu de repos loin de l’effervescence des autres quartiers plus bruyants.

Effectivement, les Cinq-Follets se veulent abordables et souvent boudés par les mieux nantis. Par contre, en ce lieu, il est possible pour tout talent émergent de trouver conseil, mentor et même un premier mécène avant d’éventuellement être remarqué par les plus hautes sphères. Il n’est pas rare d’y voir des artistes, bardes ou troubadours pratiquer leurs nouvelles œuvres au milieu de la rue sous l’oeil scrutateur de mécènes à la recherche de nouveaux protégés. Dans les modestes auberges, les philosophes et étudiants, quant à eux, y reconstruisent le monde à force de discussions animées.

Le Temple du Mécène est le bâtiment le plus imposant et impressionnant du quartier. Son allure extérieure cache en fait son intérieur riche en œuvres d’arts locaux. Vitraux, statues, gravures, colonnes de marbres et textes rares y sont monnaie courante. En son sein, ses religieux, fort ouverts aux nouveaux mouvements artistiques et académiques, se font un honneur d’y accueillir les fidèles et de leur partager les nouvelles du continent. De l’avis de plusieurs, si l’extérieur n’était pas si austère, le Temple du Mécène pourrait rivaliser avec certains célestaires des régions.

Tout juste en face du lieu saint, la Rose aux Épingles était autrefois un modeste atelier de couture oeuvrant dans la mode nouveau genre. Après la mort de son propriétaire Vincent Cotnoir lors de la Nuit des Éclopés à l’été 379, la propriété fut rachetée par la famille Cotnoir qui décida d’en céder le contrôle aux officiers de l’armée religieuse de la Rex Hasta. Tout en demeurant initialement indépendante des instances de la Foi, cette organisation armée traquait les criminels de la capitale afin de soutenir les religieux dans leur lourde tâche. Dans leurs installations, une crèche visant à offrir une seconde chance aux orphelins recueillis lors des missions fut aussi aménagée au fil du temps. L’endroit fut toutefois au coeur de plusieurs scandales, sa directrice Praskovia Hattersheim en ayant usé sournoisement comme d’un repaire pour le cartel criminel de la Dame grise. En 381, après une enquête de longue haleine, Hattersheim y fut piégée avec ses agents et des enfants, puis tuée lors de la libération des lieux. Lors de la réforme de la Foi suivant le Concile d’Adrianna en 382, la Rex Hasta fut officiellement démobilisée et intégrée en tant qu’armée à l’Inquisition célésienne. Heureusement, l’orphelinat et la crèche de la Rex Hasta demeurent bien vivants.

-Le Faubourg du Couchant-

Le Faubourg du Couchant est le plus occidental des quartiers d’Yr, d’où son nom rappelant le Soleil couchant au crépuscule. Relativement plaisant si on le compare aux autres faubourgs, le Faubourg du Couchant est une porte d’entrée dans la cité populaire chez les étrangers. Peuplé d’habitants aux origines et castes disparates, quelques établissements y offrent le logis et une assiette de mets convenables aux voyageurs fatigués. Mais attention, malgré son aspect a priori calme, le faubourg devient beaucoup plus animé lorsque la nuit vient couvrir de son voile obscur les maisonnées.

En journée, ce faubourg est fortement achalandé en raison du passage constant de convois et de caravanes en provenance de la République sereine de Havrebaie. En 380, Narcisse Lancerte, alors simple officier du Bataillon sacré ayant à coeur l’établissement des vétérans de la Dernière Légion en Havrebaie, a fait aménager des gués permettant à des navettes de traverser à chaque heure du jour le bras de mer séparant l’île Sereine de l’île d’Yr. Avec les années et le développement constant de Havrebaie, cet axe commercial est devenu un incontournable. Lorsqu’elles ne débarquent pas directement au port d’Yr, la plupart des marchandises arrivent donc par ces gués à l’ouest et transitent par le Faubourg du Couchant. Pour nombre de voyageurs et négociants voulant économiser sur le logis et éviter les dangers des rues de la Cité d’Yr pendant la nuit, les chambres du Couchant sont une bénédiction.

Le Pont du Tolérant est l’unique point d’accès entre les faubourgs de l’ouest et le coeur de la capitale. En raison du flot quasi-ininterrompu de transporteurs l’empruntant, il est devenu l’un des accès les plus permissifs à la capitale. Pour le Bataillon sacré, la menace que représente Havrebaie pour Yr est extrêmement faible et, en cas de problème, la proximité des Quartiers militaires permettra en théorie une intervention rapide des forces de l’ordre.

Le quartier n’est toutefois pas dépourvu de controverses. Au début du printemps 379, le Bataillon sacré a mené une opération militaire contre une vieille baraque y trônant à l’ouest des murs de la Cité d’Yr. Lors de cet assaut sanglant des forces de l’ordre, plusieurs ressortissants du cartel des Fils de Gué-du-Roi furent tués, laissant la résidence fortifiée sans occupant. Avec sa porte renforcée de barres de fer, ses volets verrouillés et ses murs de pierres, la vieille baraque était une véritable petite place-forte en marge de la capitale. C’est probablement pour cette raison que deux nobles, Conrad de Jussac et Richard Merizzoli, y ouvrirent des hostilités pour sa possession deux ans plus tard. Cette querelle de terre (et d’épouse) mena ultimement au décès de l’Intendant du Siège des Témoins Conrad de Jussac au Palais d’Yr.