Régions du royaume - Projet Enclave

LES RÉGIONS D’ORIGINE

Historiquement, le royaume d’Ébène était divisé en neuf palatinats aux territoires, cultures et ambitions distincts. Au terme de la Guerre de l’Avènement au quatrième siècle de l’ère royale, les pouvoirs inhérents aux seigneurs-palatins de ces provinces -dont les familles furent tragiquement décimées pour la plupart- furent entièrement rapatriés entre les mains de la dynastie royale d’Yr.

Néanmoins, encore aujourd’hui, les héritages culturels de ces régions géographiques demeurent bien vivants. Sur le continent principal ébénois, huit régions historiques correspondant aux anciens palatinats d’Avhor, Cassolmer, Corrèse, Fel, Laure, Sarrenhor, Salvamer et Val-de-Ciel accueillent la majorité des sujets du royaume. Divisés en une diaspora à la suite de l’annexion de leur île par la Ligue d’Ardaros en 323, les Pyréens de Pyrae, quant à eux, préservent difficilement leurs us et coutumes dans des enclaves aux quatre coins du pays. À ces peuples fondateurs d’Ébène s’ajoutent les hautains citadins de la capitale royale au nord, Yr, et les braves colons de la Terre des Roses au sud.

À la 378e année de l’ère royale, ces régions dépendent entièrement de la Couronne d’Yr. Baronnies, cités franches, comtés, marquisat, duchés et autres territoires répondent directement du monarque absolu et ne sauraient prétendre contester ses commandements. Autrefois divisé et faible, le pouvoir du trône d’Yr est aujourd’hui tout-puissant.

Avhor

AVHOR : Palatinat de fête et culture

Capitale : Vêpre, l’Étoile du Soir
Devise historique : « Sans attendre »
Inspirations : Art, fête, carnaval, ivresse

Le palatinat d’Avhor, bénéficiant d’un climat tempéré et d’un positionnement singulier sur les bords de la baie d’Ambroise, fut dès sa fondation orienté vers l’exploitation des terres arables. Vignobles, houblonnières et cultures maraîchères parsèment les champs de la province et fournissent les matières premières essentielles aux boissons de qualité qui font la réputation d’Avhor. Le territoire est ainsi finement découpé et entretenu à l’intérieur de domaines agricoles articulés autour de manoirs ou de fortins détenus par la petite noblesse qui, paradoxalement, ne fut historiquement que peu supervisée par la chancellerie de Vêpre. Cependant, ce laisser-aller par rapport à la principale richesse du palatinat est amplement compensé par le rayonnement inégalé de Vêpre, la principale cité, dans laquelle se déroule la majorité des échanges commerciaux. Comme le confirme l’expression consacrée, en Avhor, vos pas ne peuvent que vous mener à Vêpre.

Érigée au centre du lac Dive, sur la minuscule île du même nom, la ville exige des semaines d’exploration pour devenir familière à l’oeil étranger. Le jour, le calme et la simplicité apparente de la ville aux mille vins sont susceptibles de décevoir le voyageur inexpérimenté qui en sillonne les artères. Effectivement, entre le lever et le coucher du Soleil, la Place aux Fêtes de Vêpre est essentiellement occupée et animée par les marchands de vin, de bière et de liqueur des campagnes environnantes. Par contre, le soir venu, les rues et les ponts reliant la cité à son faubourg vibrent aux sons des ménestrels et des tragédiens qui offrent leurs prestations aux passants et, dans le cas des artistes réputés, aux aristocrates et négociants. C’est cette vie nocturne qui fait l’honneur de Vêpre et qui justifie son surnom de l’Étoile du Soir.

Enfin, le lac Dive se jette dans la baie d’Ambroise par l’entremise de deux rivières jumelles : l’Astésia et l’Orellia. Si ces affluents ne se distinguent guère des autres cours d’eau du royaume, le modeste delta qu’ils forment entre leurs lits était couvert jusqu’en 322 d’une luxuriante forêt réservée aux chasses du prince et des seigneurs-palatins visitant Vêpre. Le Bois-du-Trône était entretenu en permanence par des forestiers directement placés sous les ordres de l’ancienne famille régnante Filii afin d’assurer aux dignitaires une expérience unique. Malheureusement, peu de scribes furent disposés à décrire avec précision les attraits de cette forêt, la roture et la moindre noblesse en étant exclues d’emblée. Néanmoins, on raconte que des jardins secrets et des labyrinthes exotiques y avaient été aménagés dans une absolue discrétion. Le mystère entourant les bois et la prolifération du gibier qui la parcourait permettent de comprendre l’engouement des puissants pour la région. Cependant, à l’été 322, un incendie dévastateur ravagea la forêt sous l’initiative d’un meurtrier connu sous le nom de « Rage ». Après que le criminel ait été capturé et exécuté publiquement dans la cité d’Yr, ses collaborateurs déclenchèrent un brasier infernal qui consuma une grande partie de cette merveille naturelle. Encore aujourd’hui, la forêt peine à renaître de ses cendres malgré les efforts de nombreux aristocrates avhorois.

Voisin continental de Salvamer, Avhor partage avec la région maritime une culture de raffinement et de beauté. Cependant, alors que Salvamer a développé une bourgeoisie forte basée sur les richesses de la mer, les Avhorois se sont fait connaître pour leur tempérament festif et, trop souvent, peu consciencieux. Partout sur les terres, qu’il s’agisse de fiefs nobles ou de terres religieuses, toutes les raisons sont bonnes pour célébrer et faire couler l’alcool : commémoration de la venue du Roi-Prophète et du Guérisseur couronné, semailles, récoltes, naissance d’un nouveau membre de la famille régnante, etc. Par conséquent, avec le temps, les vins et les arts avhorois se sont frayé un chemin dans les cours du royaume d’Ébène.

Cette prédominance des arts et de la fête a permis la création de guildes d’artistes qui sont devenues les lieux de naissance de la plupart des ménestrels et poètes du royaume. Ces regroupements, au nombre de trois, promeuvent chacun à leur façon les arts en vogue. Ainsi se côtoient les Ardii (tournés vers les arts abstraits et métaphoriques), les Veratii (tournés vers les arts imitatifs) et les Ascensii (tournés vers l’art religieux). Sans être en conflit les unes avec les autres, chaque guilde veille à former selon ses propres prérogatives les futurs poètes, musiciens et écrivains qui la fréquentent. Une fois les bases de leur art acquises, les étudiants partent en pérégrinations sur les routes du royaume afin de parfaire leur connaissance du monde et de trouver l’inspiration pour le chef-d’oeuvre qui fera leur renommée. De plus, ces trois guildes sont responsables d’organiser les multiples festivals avhorois, ce qui donne lieu à une compétition pour les événements les plus mémorables.

Sur le plan vestimentaire, les Avhorois ont des goûts se rapprochant de ceux des habitants de Salvamer où le confort se marie élégamment aux couleurs nobles. Entre les fêtes, les carnavals et les pièces de théâtre, les Avhorois exhibent fièrement les couleurs les plus flamboyantes et les étoffes les plus exubérantes. Chaque habit se doit d’être une fête en lui-même. Lors des festivals, la tenue d’occasion est la toge ample ou stola -écarlate, blanc et pourpre de préférence-, celle-ci facilitant les mouvements pendant les danses et maximisant le confort lors des banquets.

Cassolmer

Cassolmer : Pour le peuple et la terre

Capitale : Cassel, le bourg aux falaises
Devise historique : « Forts et fiers »
Inspirations : Simplicité, fierté populaire, pauvreté

Cassolmer se tient sur les rives orientales du royaume, balayée par les vents de la Vaste-Mer. Cependant, au contraire de Salvamer qui profite du havre de paix qu’est la lagune d’Émeraude, Cassolmer ne bénéficie guère d’une situation géographique appréciable ou même de richesses marines. Son économie est essentiellement articulée autour de deux secteurs bien distincts. Alors que sur les bords de la Vaste-Mer, là où se tient la ville de Cassel et les îles d’Elfeand, l’activité principale réside dans les pêcheries, à l’intérieur du continent le territoire est divisé en une multitude de petits lopins de terre faiblement exploités par d’anciennes familles. Ces dernières, peu supervisées par les comtes et barons, finissent parfois par s’organiser en communautés se spécialisant dans des professions précises.

L’exemple parfait de ces « clans » de travail est le hameau de Cellryn, situé à proximité de la citadelle de Casteval. Depuis aussi loin que l’esprit humain peut se le rappeler, la famille de Cellryn -dont le village hérita du nom- exploite les mines de cuivre du Val-Follet. Alors que les Torrense subissaient la punition du Céleste pour leurs fourberies, les mineurs Cellryn s’enfonçaient dans les entrailles du mont Korrian pour en extraire le précieux minerai. Peu à peu, des travailleurs de tout Cassolmer se joignirent à eux afin de grossir les rangs de la communauté minière. Aujourd’hui, Cellryn jouit d’une excellente réputation auprès des forgerons du royaume.

Quant à Cassel, principale cité des terres, peu d’éloges peuvent en être faits. Son port modeste, son marché désert et son architecture rustique n’attirent guère le regard des voyageurs. Cependant, une certaine beauté naturelle se dégage des falaises que la ville occupe et qui la juchent bien au-dessus de la Vaste-Mer. Pour le marin averti, une expédition le long de ces remparts de roc permet de découvrir une multitude d’alcôves et de grottes autrefois occupées par les redoutables Contrebandiers des Écores. Aujourd’hui, grâce aux armées royales, ces réseaux de cavernes sont libérés des malfaiteurs qui y pullulaient.

Toutefois, les cinq dernières décennies meurtrirent profondément les paysages cassolmerois. Historiquement, la région fut considérée comme l’ombre de Salvamer. Plus défavorisée, rurale et démilitarisée, elle faisait figure d’enfant pauvre dans l’est du royaume. Devant le mépris récurrent de la haute-noblesse ébénoise à leur endroit, les Cassolmerois se soulevèrent donc en l’an 316 et affirmèrent haut et fort leurs désir d’émancipation. Que ce soit par le biais du martyr Jonas Tyssère, de la princesse rebelle Isabelle Delorme ou des controversées Hirondelles, le peuple de ce palatinat devint le fer-de-lance des intérêts des gueux luttant contre les élites oppressantes. Malheureusement, l’espoir et la fierté ne peuvent que rarement rivaliser avec l’argent et les armées entraînées. De la Guerre des deux Couronnes à la Guerre de l’Avènement, les armées populaires furent systématiquement écrasées, que ce soit par les légions étrangères ou les troupes des aristocrates de Cassolmer.

Les conséquences des guerres incessantes, des défaites sanglantes et des batailles fratricides se manifestèrent au milieu du quatrième siècle de l’ère royale. Aux quatre coins de l’ancien palatinat, des cohortes de brigands, de coupe-gorges et de pirates envahirent les campagnes, les villes et les mers. Devant la mort de leurs pairs, ceux et celles qui aspiraient à améliorer leur sort quelques années plus tôt abandonnaient leurs fragiles espoirs en un monde meilleur et se repliaient sur leurs propres intérêts personnels. Graduellement, il devint risqué pour les caravanes de s’aventurer sur les routes sans escorte armée. À Cassel, sillonner les rues une fois la nuit tombée devint une invitation à l’extorsion. Forts et fiers, les Cassolmerois adoptèrent les moyens -légaux ou non- à leur disposition pour survivre.

Le portrait général de Cassolmer peut sembler fort pessimiste au premier regard. Or, si ce palatinat ne représente qu’un faible intérêt pour plusieurs, son peuple, résultat des unions entre les Mérillons et les Enfants d’Arianne, mérite d’être côtoyé. L’économie médiocre du palatinat n’est pas que la conséquence de l’âpreté du climat, mais aussi d’un choix légitime des Cassolmerois. Effectivement, malgré le fait que les pêcheries de Cassel soient essentielles à la survie alimentaire du royaume d’Ébène et que les productions diverses du territoire auraient un fort potentiel commercial, Cassolmer n’a jamais souhaité saisir cette perche de croissance. Comme le dit le dicton, « certaines gemmes ont plus de valeurs brutes que travaillées ». Cette attitude généralisée est d’ailleurs à l’origine de maints préjugés à l’endroit de la seigneurie. Ce que plusieurs étrangers prennent chez les Cassolmerois pour de la paresse et un manque d’ambition pourrait plutôt être défini comme un esprit tourné principalement vers les affaires du quotidien. Pourquoi chercher le bonheur dans une lointaine fortune alors qu’il est à quelques coups de rame lors d’un jour de pêche au large?

Néanmoins, les habitants de Cassolmer sont reconnus pour leur férocité au combat. S’ils ne demandent rien à personne, ils s’attendent à ce qu’on les laisse en paix. Malheur à celui qui insultera ou attaquera l’un d’eux. En privé, il exigera surement réparation, fort probablement par l’entremise d’une violente bastonnade. Si l’offense est publique, le peuple n’hésitera guère à défendre son honneur et ses terres. Certes, les mineurs et les forgerons ne sont pas les escrimeurs les plus habiles, mais leur fureur et leur détermination compensent amplement cette lacune.

Sur le plan vestimentaire, tuniques et capes aux couleurs terreuses et ternes sont de rigueur. C’est par le biais de leurs armoiries que les familles -et même les individus- se distinguent. Fuyant les artifices inutiles, les Cassolmerois se font une fierté d’arborer leurs habits de travail et d’afficher leur appartenance à leur famille ou communauté.

Corrèse

Corrèse : Traditions  et superstitions

Capitale : Porte-Chêne, le bastion sylvestre
Devise historique : « Nous tenons »
Inspirations : Tradition, superstition, discipline

Berceau des légendes du royaume d’Ébène, Corrèse trouve ses racines dans les plus anciennes familles du pays. Avant même l’arrivée du Roi-Prophète au début de l’ère royale, les habitants de Porte-Chêne, dernière ville sécurisée avant la ténébreuse forêt d’Ébène, cultivaient les champs à la lisière des bois et bûchaient prudemment les arbres à leur disposition. C’est d’ailleurs à Corrèse où, pour la première fois, furent recensés les victimes du Sang’Noir et où, par conséquent, les ravages de la maladie furent les plus importants. C’est aussi dans la forêt d’Ébène, dans le terrifiant château du Lichthaus, que naquit la Garde Céleste, congrégation fanatique qui fit déferler une vague inquisitrice sur le pays plus récemment. Aujourd’hui, les cicatrices de ces mystérieux événements tardent à s’effacer des esprits des superstitieux Corrésiens.

Le territoire de Corrèse trouve ses limites dans les Criffes à l’est, dans les monts Namori au sud et, bien sûr, dans la forêt d’Ébène à l’ouest. Au Nord, la culture corrésienne se fait beaucoup plus fluctuante en raison de la proximité du duché de Fel et de Laure. Historiquement, le cœur du palatinat était le bourg de Porte-Chêne et ses environs, ambitieux vestige d’une lointaine époque où l’humanité affrontait quotidiennement la forêt d’Ébène et ses obscurs secrets. Effectivement, dans les temps anciens, la capitale de Corrèse s’était considérablement fortifiée afin de soutenir les assauts d’un ennemi aujourd’hui disparu. Désormais, les hauts murs de pierres grises qui ceinturent Porte-Chêne produisent un angoissant contraste avec la vie lente et prudente qui y subsiste. Là-bas, chaque citadin entretient au moins une histoire à glacer le sang à propos de spectres ou d’entités rôdant dans les rues le soir venu.

Le statut de Porte-Chêne changea toutefois drastiquement lors de la Guerre de l’Avènement. Confrontée aux impératifs d’un royaume en plein changement, Corrèse se scinda en deux factions: traditionnalistes à Porte-Chêne et réformistes dans la cité marchande de Mordaigne, au nord. Au plus fort de ce conflit, la célèbre porte plusieurs fois centenaire de Porte-Chêne fut déplacée de force à Mordaigne. Le déménagement de ce symbole acheva de transférer vers cette plate-forme commerciale les pouvoirs politiques et économiques de la région, ne laissant à l’ancienne capitale qu’un statut de vestige d’un temps révolu. Cette scission continue de diviser Corrèse, générant de dangereuses frictions en son peuple.

Malgré ces tensions tenaces, la menace que représente la forêt d’Ébène fait consensus chez les Corrésiens. À ce jour, aucun de ceux qui ont entrepris une traversée des bois n’est revenu pour témoigner de son expérience. Si l’on connait le peuple vivant au-delà de celle-ci –les Siludiens-, c’est exclusivement grâce aux quelques convois maritimes qui se risquent à traverser la mer Blanche. Traditionnellement, les seuls Corrésiens suffisamment braves -ou désespérés- pour s’aventurer dans les bois étaient les forestiers d’Entre-Gage, un camp de bûcherons situé à quelques lieues à l’ouest de Porte-Chêne. Après sa dévastation au début de la Guerre de l’Avènement, Entre-Gage fut de nouveau colonisé et est aujourd’hui l’ultime frontière du royaume à l’ouest. Au-delà de cette communauté fermée, les sauvages Insoumis -des exilés sanguinaires aux ambitions mystérieuses- règnent en maîtres absolus.

Les Corrésiens sont pour la plupart des individus bourrus, fermés sur eux-mêmes et hautement traditionalistes. Non seulement estiment-ils que les « étrangers » (tous ceux qui sont nés à l’extérieur du palatinat) comprennent mal ce qui rôde dans la forêt d’Ébène, mais ils se perçoivent comme le seul rempart du royaume face à ces menaces. Évidemment, il ne fut jamais démontré que les vastes étendues sauvages à l’ouest de Porte-Chêne accueillaient des créatures mythiques ou maléfiques. Cependant, les récits compilés depuis le début du siècle par rapport aux rites mystiques du Lichthaus et aux entités étranges rencontrées dans les profondeurs des forêts suscitèrent des doutes chez le reste des Ébénois.

Pourtant, les Corrésiens persistent à partager leurs histoires avec parfois une sincérité désarmante. Ces contes, qu’on les perçoive comme véridiques ou non, ont un fort écho dans l’ensemble du royaume. Même s’ils sont réservés aux adultes dans la plupart des palatinats en raison de leur contenu parfois extrêmement troublant, ils sont d’abord et avant tout destinés aux enfants corrésiens. Ainsi, avant de souffler la chandelle, les petits se font raconter des histoires de garçonnet déchiqueté par des rapaces ou de fillette enlevée par d’horribles créatures nocturnes. Le sommeil qui suit ces séances de contes est parsemé des pires cauchemars, mais cela a le mérite d’apprendre à l’enfant à se méfier des forces obscures de ce monde.

Sur le plan vestimentaire, Corrèse fait dans l’austérité. Le sérieux de ses habitants déteint nécessairement sur leurs tenues et rares sont les individus osant sortir de la masse par des habits extravagants et colorés. Ainsi, à l’exception des quelques fourrures acquises lors de parties de chasse, peu d’éléments distinguent la noblesse corrésienne de la roture.

Fel

Fel : Le progrès et le duché

Capitale : La Forteresse du Fils, l’Imprenable
Devise historique : « Oublier nous ne devons »
Inspirations : Progrès, patriotisme, hiérarchie

S’enracinant sur les bords de la mer Blanche et traversant le royaume en son cœur d’ouest en est, l’imposant duché de Fel est le premier allié de la Couronne d’Yr. La famille Aerann, toute-puissante au sein du duché, a su en l’an 343 de l’ère royale s’assurer une place de choix dans le nouveau royaume des monarques d’Yr en mariant l’une des siennes -Isadora Aerann- au Guérisseur couronné. Fel, jusqu’alors considéré comme le mouton noir des palatinats ébénois, se transforma en un inébranlable pilier d’Ébène. Cette alliance permit au duché, au terme de la Guerre de l’Avènement, de maintenir son emprise sur les territoires conquis par les armes lors des années précédentes et de devenir une incontournable puissance politique d’Ébène.

Historiquement, Fel -ou Felbourg, comme on l’appelait auparavant- se résumait à sa principale métropole, Felbourg la cité. Modestement peuplée avant le début de l’ère royale, la ville marchande était, comme la plupart des bourgs du royaume, le point de convergence de la riche vie rurale qui l’environnait. Or, lorsque le Sang’Noir atteint les faubourgs de la communauté, la population se massa à l’intérieur des fortifications dans l’espoir d’y trouver un quelconque réconfort. Ce mouvement migratoire aurait pu s’avérer catastrophique s’il n’avait pas été accompagné de l’apparition du Roi-Prophète qui libéra le bourg des enragés. À la suite de ces événements, bon nombre d’anciens paysans et de serfs décidèrent de s’établir définitivement sur place pour y oeuvrer à titre d’artisans, de commerçants ou, dans les cas moins reluisants, de larrons. Avec le temps, la métropole vit non seulement sa population augmenter sous l’afflux des immigrants en quête de prospérité, mais se divisa en nombreux quartiers correspondant à autant de castes sociales. Démunis, criminels, nobles et bourgeois se côtoyaient donc dans ce dédale de ruelles et d’égouts qu’est Felbourg.

En 322, profitant des innombrables crises affaiblissant le royaume, le seigneur-palatin Aldrick Aerann proclama unilatéralement la sécession de Fel du pouvoir princier d’Yr. Lors des mois suivants, des investissements colossaux furent réalisés afin de consolider les défenses du territoire : amélioration de l’équipement des légions ducales, construction du complexe métallurgique des Forges en Vaunes, érection de l’imposant Mur de Fel, invitation de mercenaires siludiens, etc. À ces projets militaires se greffa une véritable révolution sociale et culturelle : centralisation de l’éducation populaire autour des idéaux de l’académie de Fulcieu et du patriotisme felbourgeois, élimination systématique des ennemis intérieurs et, surtout, dépeuplement de Felbourg la cité au profit du repeuplement des campagnes et hameaux du territoire. L’objectif des Aerann était clair : centraliser le pouvoir du duché entre leurs mains en restaurant les traditions féodales mises à mal par la bourgeoisie de Felbourg la cité. Lors du dernier siècle, Fel a drastiquement changé de visage.

Lors de la Guerre de l’Avènement, L’ascension d’Isadora Aerann au rang d’épouse du Guérisseur couronné et de mère de l’actuelle Reine Adrianna a accordé à Fel des privilèges politiques indéniables. Du statut honorifique de « Protectorat de la Couronne » à la possibilité pour les ducs felbourgeois de gérer comme ils l’entendent leurs vassaux, Fel est littéralement le bras droit du trône d’Yr. Cependant, l’ampleur de ce territoire n’est pas sans défis. En Casteval et Vallon, principale dépendance à l’est du fleuve Laurelanne, la paix sociale est perpétuellement menacée par la coexistence de populations aux origines diverses. Pendant ce temps, dans le sud felbourgeois, les compagnies de larrons sillonnent les routes, souvent avec l’aval des autorités en place. Enfin, l’ancienne métropole de Felbourg la cité, étouffée par le dépeuplement imposé par les Aerann, peine à retrouver sa prospérité d’antan. En somme, si le duché de Fel est aujourd’hui vaste et influent, il n’échappe pas aux malheurs des empires de ce monde.

Malgré le financement des entreprises agricoles, les sols au nord du fleuve Augivre ne sont que maigrement exploités. Les quelques fermiers et éleveurs qui prétendent vivre des produits de la terre ne parviennent que rarement à amasser suffisamment de ressources pour survivre à l’hiver et, le plus souvent, ils doivent offrir leurs services de journaliers dans les villes lors de la saison froide ou encore travailler dans les mines de sel de Selbourg. Ce sont plutôt les exploitations minière -dans les montagnes des Crocs- ou forestière -dans les forêts de Vertelande- qui occupent le rude quotidien des travailleurs. Au sud de l’Augivre et dans les dépendances lauroises toutefois, les cultures maraichères sont beaucoup plus fréquentes. Dans les comtés de Jéranbourg et des Salimes, par exemple, des plantations vinicoles font la réputation des propriétaires terriens.

Cependant, c’est par le progrès et la technologie que se démarque Fel. Effectivement, en 270 de l’ère royale, un ouvrier des moulins à scie, Jehan Fulcieu, développa une nouvelle technique utilisant la force de la vapeur afin de mouvoir les turbines des moulins. Non seulement cette découverte permit-elle d’améliorer fabuleusement la production des ateliers, mais elle fit de Felbourg la capitale industrielle du royaume. Peu de temps après la trouvaille de Fulcieu, une académie -l’Académie Fulcieu- fut mise en place afin d’approfondir le potentiel de la vapeur. Même si elle est essentiellement intéressée par des recherches techniques et pratiques (au détriment des recherches philosophiques et fondamentales), cette académie fait la renommée de Felbourg la cité.

Le Felbourgeois moyen pourrait être décrit comme un assemblage de valeurs paradoxales. Fier à l’excès de la puissance de son duché et de son rôle unique au sein du royaume, il est aussi un patriote ébénois indéfectible. Conscient de la force d’un pouvoir féodal et centralisé entre les mains de l’unique famille ducale Aerann, il observe avec fascination les progrès techniques et scientifiques réalisés entre les murs de l’Académie Fulcieu. À cheval entre le passé et le futur, les Felbourgeois conçoivent l’existence comme une lutte permanente dont ne ressortent vainqueurs que les plus résilients. Par les armes, la connaissance ou la diplomatie, ils cherchent à réaffirmer constamment leur supériorité sur le commun des Ébénois et la Nature elle-même.

Sur le plan vestimentaire, les Felbourgeois aiment afficher leur force, que ce soit par des armures, des tenues ajustées, des robes riches mais de bon goût et des fourrures intimidantes.

Laure

Laure : Des patriciens aux vauriens

Capitale : La cité franche de Gué-du-Roi, la Résistante
Devise historique : « Par nous, pour nous »
Inspirations : Aristocratie, mercenariat, chevalerie

Morcelé, affaibli et dévoré par les ambitions conflictuelles de ses habitants, l’ancien palatinat de Laure n’est plus que l’ombre de ce qu’il fut jadis. Avant le quatrième siècle, Laure était considéré comme le cœur du royaume, le terreau d’où émergeaient une majorité de princes et de princesses d’Ébène. Gué-du-Roi, sa capitale, jouissait d’un positionnement stratégique sur le fleuve de la Laurelanne lui accordant un droit de regard sur l’entièreté des échanges entre le nord et le sud du pays. Son peuple, méprisant les scandales, se faisait une fierté d’être la source de la stabilité ébénoise.

Et vînt le quatrième siècle. En quelques décennies à peine, l’héritage des Laurois fut profané : invasions et saccages sarrens, corruption spirituelle de plusieurs de ses nobles, purge sanglante et inquisitrice à Gué-du-Roi, assassinat de la famille régnante Lacignon et déchéance de ses derniers comtes-protecteurs. Une à une, les tragédies s’abattirent sur le palatinat qui se retrouva privé de sa puissance d’antan. Lorsque les armées felbourgeoises frappèrent aux portes de Vallon, au centre de la région, les protecteurs laurois ne purent les repousser et assistèrent impuissants à l’annexion d’une bande importante de leur territoire. Les patriciens refusant à l’époque le règne du Guérisseur couronné se replièrent à l’intérieur de Gué-du-Roi et en firent leur dernier retranchement pendant que le brasier se répandait sur le reste des terres.

En 378, le territoire correspondant à ce qu’était Laure dans ses glorieuses années est divisé en quatre principaux secteurs. Au nord de Gué-du-Roi jusqu’à la baie d’Ambroise et le Bleu-Comté sévit une ligue de barons aux intérêts disparates. Anciens mercenaires, ceux-ci se sont emparés des fiefs abandonnés par les vieilles familles disparues et en ont fait leur terrain de jeu. Au sud de Gué-du-Roi, de la Laurelanne jusqu’à Casteval, le duché de Fel maintient son emprise. Le comté de Casteval et Vallon échappe toujours aux Laurois. Au sud de cette vaste dépendance, les irréductibles partisans de la monarchie d’Yr sont confortablement installés. Du château en Hefel au Fort d’Ambroise, ils gardent à l’œil les patriciens de Gué-du-Roi.

Finalement subsiste la cité franche de Gué-du-Roi, située au confluent de la Laurelanne, fleuve traversant la contrée du nord au sud, et de l’Augivre, affluent s’écoulant du Val-Follet à l’est vers la mer Blanche à l’ouest. Disposant d’une permission royale unique dans le royaume à la suite de la Guerre de l’Avènement, Gué-du-Roi est la seule ville échappant à l’hégémonie de la Couronne. Sans nier le pouvoir des souverains d’Yr, elle est entièrement indépendante des décrets de la capitale. Grâce à des compagnies mercenaires et aux gardes personnelles des familles patriciennes installées sur place, la cité assure la sécurité du Symposium d’Ébène hébergé entre ses murs. Félons pour les plus fervents monarchistes, contrepoids nécessaires pour l’aristocratie du royaume, les habitants de Gué-du-Roi influencent fortement les politiques d’Ébène.

Historiquement, le palatinat de Laure fut colonisé par le peuple de Vindh. Gué-du-Roi, dans les temps anciens, portait le nom de Vaer et ne constituait qu’une foire marchande prospère. Toutefois, lorsque Casteval -forteresse du Val-Follet à l’Est- sombra dans la déchéance, un flot ininterrompu d’exilés cogna aux portes de Vaer. Malgré leurs cultures distinctes, hôtes et invités parvinrent à cohabiter harmonieusement afin de hisser Vaer au rang des cités d’envergure du continent. Deux peuples semblent ainsi habiter Laure. Les descendants de Vindh, renfrognés et sévères, occupent habituellement des rôles d’artisans, de soldats et de cultivateurs. La finesse et la délicatesse ne sont pour eux que des mots vides empêchant les hommes travaillants de vaquer à leurs véritables tâches. À l’inverse, les héritiers de la culture de Casteval oeuvrent en tant que pêcheurs, boutiquiers et scribes. Plus près des traditions d’Avhor et de Salvamer, cette communauté ajoute une touche de diplomatie aux affaires de la région. Bien sûr, les conflits entre ces deux tempéraments radicalement opposés sont fréquents à Gué-du-Roi, même si ceux-ci ne menacent guère de jeter le territoire dans l’anarchie.

Un point commun caractérise toutefois l’entièreté des tempéraments laurois : la nostalgie. De la déception résignée à l’espoir farouche de redorer le blason de leur palatinat, les Laurois observent avec nostalgie leur passé révolu. Privés de la fierté patriotique qui les définissait autrefois, ils se replient pour la plupart sur de plus petits ensembles susceptibles de restaurer leur héritage perdu. Compagnies de mercenaires, familles nobles sans terres, compagnies marchandes et parfois même congrégations religieuses rassemblent les Laurois et leur offrent de nouvelle raison de vivre (ou de survivre).

Cette réalité ne manque pas d’influencer les habits des Laurois. Patriciens aux maisons influentes, mercenaires aux cohortes engagées ou anciens chevaliers aux terres perdues, ceux-ci compensent leur palatinat déchu par des habits humbles aux couleurs de leurs organisations.

Pyrae

Pyrae : L’exilée

Capitale : —
Devise historique : « De feu et d’acier »
Inspirations : Volupté, perfection, combattivité

Pyrae l’ardente. Pyrae la mystérieuse. Pyrae l’insulaire. Occupant autrefois l’île de Kessa et les îlots environnants sur la Vaste-Mer à l’est, les Pyréens chérissaient leur culture unique et exotique. Farouches mais voluptueux, martiaux mais diplomates, polygames mais Célésiens, ils usaient de leur statut d’insulaires pour préserver des mœurs qui auraient scandalisé n’importe quel continental.

Or, au coeur de Kessa, au centre même de l’agglomération de Pyrae-la-Cité, dormait le monstre qui allait sonner le glas de la nation pyréenne ; l’Iniraya, terrible volcan assoupi depuis des temps immémoriaux, fit à la fois la gloire et la déchéance du palatinat. Effectivement, dans ses alcôves volcaniques, les forgerons pyréens forgeaient des armes et armures d’un acier légendaire, le tout pendant que des technologues en extrayaient des vapeurs mettant en mouvement des machines audacieuses. Toutefois, inévitablement le feu brûle ceux qui se plaisent à le manipuler. Ainsi, en 323, à la suite d’événements que plusieurs qualifieront de mystiques, l’Iniraya émergea de son sommeil et déversa ses torrents de lave sur l’île de Kessa. Quelques jours plus tard, l’héritage pyréen était enseveli sous un océan de flammes et de cendres.

De cette tragédie émergea néanmoins plusieurs miracles. Conscients de l’inéluctable catastrophe à venir, des Pyréens se mobilisèrent afin de sauver leur peuple. D’un commun effort, les principales familles des îles se rassemblèrent. Sous la guidance de l’alchimiste Ashana Rai, une concoction fut jetée dans le cratère principal de l’Iniraya pour ralentir les vagues de feu. Avec les connaissances anciennes de Hakim Al’Akdhir et de Milena Cassano, des rituels antiques furent menés pour apaiser les forces de la Nature. Enfin, grâce aux conseils de Sulayman Rai, une immense flotte d’évacuation fut construite et rassemblée. Lorsque le volcan déchaîna sa colère, des milliers de Pyréens fuyaient vers le continent, sains et saufs. Du moins, le croyaient-ils.

L’accueil que reçurent les exilés dans les huit palatinats ne fut pas à la hauteur de leurs espoirs. La Guerre de l’Avènement s’envenimant, les Ébénois observèrent avec suspicion ces Pyréens aux intentions et allégeances floues. Nul haut seigneur n’avait la capacité ou la volonté d’héberger l’entièreté de ces hordes de malheureux à l’avenir incertain. Les Pyréens en exil furent alors forcés de faire le deuil de leur patrie et de se disperser aux quatre vents. Telle une diaspora désunie, ils s’accommodèrent comme ils le pouvaient de leur situation. De nombreux trouvèrent refuge à Vallon, en Laure, où plusieurs des leurs s’étaient enracinés lors des mois précédents. Dans les années qui suivirent, plusieurs y furent sauvagement massacrés sous les décrets cruels de l’une des leurs, Aishwarya Rai. D’autres s’établirent à Avhor, Salvamer, Val-de-Ciel et même à Fel où ils furent promptement confinés à des fiefs ou quartiers urbains où les autorités pouvaient les garder à l’œil.

L’exemple des Amezaï, dernière famille régnante de Pyrae, caractérise d’ailleurs le sort de la plupart de ces exilés. Supposés trouver refuge dans la cité d’Yr avec l’autorisation du dernier prince d’Ébène, ils furent confrontés à la présence hostile des royalistes ayant conquis la ville. Après des négociations serrées, le Monarque accepta leur présence dans la capitale et leur offrit le logis dans un quartier -renommé plus tard « la Nouvelle Kessa »- à proximité du port. Pour des années à venir, ceux-ci seront stigmatisés par les citadins d’Yr, considérés comme des visiteurs suspects, voire indésirables, par les natifs.

Un malheur ne venant jamais seul, l’apparition de l’armada de la Ligue d’Ardaros à l’est de la Vaste-Mer la même année sapa les derniers espoirs des Pyréens de regagner leurs îles. Clamant que la tempête de feu ayant chassé les Célésiens de Kessa était le fait de leur dieu-tyran Ardar, les Ardarosiens débarquèrent massivement sur les plages de Pyrae et les annexèrent. Sous le nom de la « Lance d’Ardar », ils y fondèrent une nouvelle colonie sous les ordres d’un traitre à la nation ébénoise, l’hérétique Rangatira Enrich Britt. Néanmoins, ils laissèrent sous le contrôle de Pyréens quelques petites îles environnantes de même qu’une section miraculeusement épargnée par les flammes de la jungle de Nui au nord de Kessa. De modestes communautés célésiennes y résident toujours, entretenant une relation d’amour/haine avec les Ardarosiens.

Depuis l’exode de 323, les Pyréens tentent tant bien que mal de préserver leurs cultures à l’intérieur de leurs communautés respectives. Sans autorité centrale pour coordonner leurs efforts, ils se soumettent habituellement aux impératifs du fief ou de la cité qui les accueille. Cet effort quasi-impossible de conservation de leurs mœurs a cependant des failles. Déjà, les traditions polygames qui leur étaient chères durent être abandonnées afin de satisfaire aux exigences de la Foi célésienne renouvelée et des codes maritaux des Ébénois du continent. Désormais, toute union polygame est jugée comme une offense à la parole des monarques et du Céleste.

De plus, les origines ardarosiennes lointaines des habitants de Pyrae sont souvent des prétextes suffisants pour leur chercher querelle. Qu’il s’agisse de leur tenue vestimentaire -misant sur les soieries et les couleurs vives, de leurs croyances religieuses -plus mystiques que la moyenne- ou de leur ouverture sur certaines pratiques sociales -alcool, drogues et autres, plusieurs éléments rappellent aux observateurs aguerris les traditions des marchands en provenance de la lointaine contrée d’Ardaros. Cependant, ces rapprochements avec les marins étrangers ne sont guère appréciés des Pyréens qui préfèrent mettre l’accent sur leurs propres traditions.

Effectivement, le climat suave de Pyrae a historiquement fait naître chez ses occupants une passion pour les plaisirs et les subtilités de la vie. Les fruits sucrés, les tissus exotiques et les encens enivrants se sont frayé un chemin dans les cours de sa populace. Lorsqu’un Pyréen aspire à impressionner un invité, il sait mettre à sa disposition une panoplie de trésors pour les sens. Même s’ils sont peu nombreux, les banquets et sommets de cette communauté sont souvent les plus courus. Pourtant, derrière les charmes et les distractions de ces regroupements se cachent des individus ne tolérant pas l’insulte ou la contradiction. Encore plus depuis la perte de leur île ancestrale, on constate que les Pyréens voue un culte presque frénétique aux arts guerriers. On remarquera rapidement des tatouages apparents chez nombre de ceux-ci. Après chaque bataille, tournoi ou chasse couronné de succès, c’est un nouveau symbole qui est gravé dans la peau du guerrier. Ce peuple fait des exploits martiaux un objet d’admiration. Chaque année, cette réalité cause des querelles parfois meurtrières entre les Pyréens et des visiteurs étrangers un peu trop audacieux. Questionner l’honneur d’un habitant des îles ou douter de ses aptitudes est donc hautement déconseillé.

Néanmoins, depuis l’explosion de l’Iniraya, un récit perdure dans l’ensemble des communautés pyréennes. Transmis par Hakim Al’Akdhir, porteur du sabre des Nazem, il encense les 8 gardiens de l’âme de Pyrae. Sacrifiée pour sauver leur peuple des flamme, le nom de la famille Nazem est toujours salué et honoré lors des diverses activités quotidiennes :

– Drissia la Mère
– Zeryab le Protecteur
– Assad le Seigneur
– Jadia la Dame
– Jallila la Scribe
– Antar le Savant
– Ghassan le Sage
– Alyss la Martyre

Par eux et pour eux, un jour Pyrae renaîtra de ses cendres.

Salvamer

Salvermer : Richesse et exploration

Capitale : Salvar, la perle d’émeraude
Devise historique : « Sur et par les flots »
Inspirations : Raffinement, érudition, majesté

Nichée au-dessus des eaux turquoise de la lagune d’Émeraude, la cité de Salvar ne fait qu’une avec la Vaste-Mer. Supposément pris aux mains des légendaires Néréides, le havre de paix qu’est la lagune d’Émeraude permet depuis des siècles aux Salvarois de laisser libre cours à leur tempérament marin. Par des prouesses architecturales étonnantes, les fondateurs de Salvar sont parvenus à élever une ville de pierres sur les eaux de l’enclave marine. C’est à l’aide de ponts et de tunnels, respectivement façonnés au-dessus et au-dessous des canaux de la cité, que les différents bâtiments furent reliés entre eux, permettant l’émergence de la plus prestigieuse ville de tout le royaume. Malheureusement, les secrets de cet art de l’architecture lacustre furent perdus au cours des siècles et, de nos jours, nombre de passages sous-marins sont abandonnés et inondés. Afin de profiter de la vie citadine, les moins nantis -contrairement aux citoyens en moyens qui monopolisent et rénovent à grands frais la « vieille Salvar »- ont développé un réseau de pontons, de quais et de pilotis en bois destinés à accueillir leurs activités. À défaut de comprendre et de reproduire les techniques inégalées des anciens, les habitants de la région en imitent donc maladroitement les succès. Un véritable faubourg flottant entoure ainsi l’éternelle Salvar.

Historiquement, l’essentiel de l’activité économique et politique de Salvamer se tenait dans sa capitale et, surtout, dans ses ports donnant sur la mer orientale. Une forte tradition maritime guidait les décisions des dirigeants et il n’était pas rare que les terres à l’ouest et au sud de Salvar soient attribuées avec désinvolture aux premiers venus. Ajoutant à la mauvaise réputation des propriétaires terriens du palatinat, une large frange du territoire séparant Salvamer et Cassolmer est couverte de marécages inhospitaliers. Obtenir une terre dans les Saulnières -tel est le nom de cette zone- était donc rarement synonyme d’élévation sociale.

Cependant, au cours du quatrième siècle, avec l’affaiblissement de la traditionnelle famille régnante Acciaro de Salvar, l’influence des régions limitrophes à la capitale s’accrut. Grâce aux œuvres des familles Casielli, di Ontano et Visconti, ainsi que des corsaires de la Baie des Crânes, l’opulence propre à Salvar se répandit dans les campagnes de l’ouest et dans les ports du sud. Toutefois, cette meilleure répartition des pouvoirs et des richesses eut pour conséquence d’exacerber les tensions internes au palatinat. Au début de la Guerre de l’Avènement, le territoire se scinda donc en deux entités bien distinctes aux intérêts divergents : duché des Crânes au sud des Saulnières et Salvamer au nord. Désireuses d’affirmer leur hégémonie sur la Vaste-Mer, ces régions sont sujettes encore aujourd’hui à des rivalités palpables.

Le peuple de Salvamer, habitué au luxe des trésors architecturaux et marins, entretient une certaine condescendance envers le reste du royaume d’Ébène. La richesse et la liberté offertes par les étendues infinies de la Vaste-Mer ont effectivement insufflé aux Salvarois une soif démesurée du raffinement et des produits rares. Toutefois, malgré leur vanité indéniable, les sujets de Salvar savent reconnaître les mérites du travail dûment exécuté et, par le fait même, font preuve d’une discipline que jalousent leurs cousins d’Avhor.

La plupart des Salvarois trouvent leur pitance dans des commerces peu lucratifs : extraction du sel dans les Saulnières, cultures maraîchères à l’ouest, réfection des vestiges de la vieille Salvar, etc. Cependant, chaque matin, les pêcheurs les plus prospères et ambitieux de la lagune et de la Baie des Crânes lèvent leurs voiles afin d’aller collecter au large des côtes les précieux trésors marins du pays. S’ils ne rechignent pas à la prise de quelques poissons ou crustacés, leur bonheur ultime réside dans la découverte de perles, blanches ou noires, et de coquillages colorés. La présence de ces produits luxueux près de Salvar explique en grande partie la prospérité du palatinat comparativement à d’autres régions au style de vie similaire. Autour de la culture des perles, des joailliers de talent ont fait leur apparition, permettant aux Salvamerois de s’affirmer comme chef de file en matière de production de bijoux et de carats dans le royaume.

Sur le plan vestimentaire, les chemises et chausses bouffantes aux couleurs marines, les pourpoints et les apparats de perles et de coquillages (pour les nobles et bourgeois) sont de mise. Navigateurs invétérés et amants de l’Histoire et du raffinement, les Salvamerois, sur mer comme sur terre, se plaisent à exhiber leurs richesses et leur opulence, que ce soit par des tissus fins ou des babioles disparates.

Sarrenhor

Sarrenhor : La liberté des steppes

Capitale : Lys d’or, le caravansérail
Devise historique : « Ciel et Sang »
Inspirations : Liberté, robustesse, férocité

Le Sarrenhor est le grenier du royaume d’Ébène. Immense territoire dont Lys d’Or est la première agglomération, cette région est essentiellement constituée de plaines verdoyantes à l’ouest et de steppes moins fertiles à l’est. Même si ses habitants ont adopté officiellement le féodalisme depuis des millénaires, la noblesse y a traditionnellement pris la forme de clans nomades sillonnant et entretenant le territoire à leur gré. Les anciens récits soutiennent que, à l’arrivée des Sarrens -à cette époque appelés « Enfants d’Arianne »- dans leurs landes actuelles, la forêt d’Ébène s’étendait à perte de vue. Les Macassars, gardiens des étendues sylvestres désormais disparues, combattirent ardemment les arrivants du sud et périrent lorsque ces derniers décidèrent d’incendier et de raser systématiquement leurs bois sacrés. L’entreprise exigea des siècles d’efforts et de sacrifices, mais, à l’aube de l’ère royale, l’Orrindhas, nom donné à l’ensemble des landes sacrées Sarrens, était libéré de la ténébreuse forêt et de ses dangereux habitants. De nos jours, seuls quelques bosquets témoignent encore de cette époque révolue.

Étonnamment, les clans du Sarrenhor, malgré leur vagabondage incessant au cours de l’Histoire, respectent minutieusement certaines frontières naturelles délimitées par leurs ancêtres. Très rarement franchissent-ils les eaux de la Laurelanne ou des Criffes et pénètrent-ils dans les vaux des monts Namori. En revanche, au nord et à l’est, leurs déplacements sont moins circonscrits, ce qui entraîne des rixes avec les seigneurs frontaliers de Cassolmer, Laure et Corrèse. En 322, une scission survint toutefois au sein du peuple sarrens. À la suite à de profondes mésententes entre les partisans de l’ouverture sur les autres palatinats et du progrès -menés par les forces de Lys d’Or- et les adeptes des traditions de pillage et de libre chevauchée -guidés par les clans des Vors et des Édar, Sigismond le Vif, Grand chevaucheur du Sarrenhor, trouva la mort de la main de son opposant Ghoran lors d’une trahison à Gué-du-Roi. Afin d’éviter une guerre civile sanglante, le comte-protecteur du moment, Salomon d’Iscar, accepta de diviser les plaines en deux. À l’est naquirent donc les Plaines libres tandis qu’à l’ouest perdurait le territoire sarrens dirigé depuis Lys d’Or. C’était la première fois de mémoire d’Homme que le Sarrenhor était aussi dangereusement déchiré et, encore aujourd’hui, cette division perdure.

Peu avant le déclenchement de la Guerre de l’Avènement, une seconde série d’événements transforma profondément les plaines. Sous la guidance de Salomon d’Iscar, désormais connu sous le nom de Salomon l’Avisé au moment où il s’empara du titre de Grand chevaucheur, l’attention des steppes se tourna vers son voisin corrésien. Grâce à des mariages stratégiques avec des nobles de Corrèse et du Val-de-Ciel et à de sanglantes luttes armées, l’homme étendit les territoires de l’Orrindhas jusqu’à Mordaigne. Pour la première fois depuis des siècles, les Sarrens ne se définissaient plus par le clan auquel ils appartenaient, mais pas leur adhésion à l’ambitieux projets d’unification des peuples du sud. Le fossé entre les deux philosophies des steppes se creusa alors : à l’ouest, les partisans d’un Orrindhas fort, chevaleresque et féodalisé, et à l’est les adeptes d’un Sarrenhor décentralisé, pillard et fidèle à ses traditions claniques.

Sur le plan culturel, il est difficile de définir par une seule caractéristique les Sarrens. À l’ouest, l’influence du féodalisme corrésien et laurois s’est fait sentir au fil des années. Jusqu’à Lys d’Or, les récits des anciens chevaucheurs, souvent perçus comme des chevaliers errants, ponctuent les soirées autour du feu. Depuis une cinquantaine d’années, des hameaux permanents où se dressent des chaumières de bois et de paille font leur apparition en ces régions, signes de l’efficacité des politiques centralisatrices et réformatrices du défunt Salomond l’Avisé. Néanmoins, à l’est de Lys d’Or jusqu’à Cassolmer, les chevaucheurs restent profondément attachés à leurs idéaux ancestraux. Les pillards et brigands y pullulent et les champs n’y sont que très librement exploités. Ainsi, lorsque les zones d’errance y sont reconnues, ces clans parcourent les régions et jettent à tout vent les semailles de leurs futures récoltes. Ils laissent alors la nature faire son oeuvre et ne reviennent récolter leurs denrées qu’occasionnellement afin de les échanger sur les marchés environnants. Bien sûr, cette méthode de travail entraîne son lot de pertes et ne maximise aucunement l’exploitation du territoire, mais elle perdure depuis des siècles et s’ancre profondément dans la tradition des Sarrens de l’est.

Néanmoins, certaines habitudes rassemblent tous les Sarrens. La principale est l’élevage des chevaux et la production de destriers d’exception. Cette activité pourrait n’être qu’un simple rouage de l’économie des steppes, mais le peuple des plaines en a fait une véritable fierté. Vifs comme le vent et solides comme le roc, les chevaux du Sarrenhor transportent les dignitaires de tout le royaume. Le plus célèbre destrier sarrens est le Sorhinar sacré, cheval rapide comme le vent et d’une endurance quasi surnaturelle réservé à l’élite des chevaucheurs. L’élevage de cet animal est le symbole même du tempérament des Sarrens : endurcis par l’Orrindhas, ils cherchent constamment à s’élever au-dessus des « étrangers ». Pour cette raison, les voyageurs ont tendance à rapporter de cette région des récits mettant en vedette un peuple hostile et brusque refusant l’amitié de ceux qu’ils ne connaissent guère. Pourtant, celui qui prendra le temps de se rapprocher de ces brutes affables découvrira en eux une race d’hommes et de femmes profondément libres, chaleureux et soucieux de l’élévation du genre humain.

Sur le plan vestimentaire, les laines et les cuirs épais constituent les matériaux de base des confections sarrens. Pour ceux-ci, seuls la durabilité et le confort offerts par l’accoutrement importent. À quoi bon multiplier les parures et les tissus fins si ceux-ci attirent les brigands, s’usent sous le Soleil ou se désagrègent sous l’effet de la pluie? Cette perception rustique de la mode attire d’ailleurs souvent les réprimandes des habitants plus « distingués » du royaume.

Terre des Roses

La Terre des Roses : L’ultime frontière

Capitale : Ville-Sans-Ombres
Devise historique : « Ici s’arrêtent les ombres »
Inspirations : Méfiance, sectarisme, communautarisme

Depuis des siècles, le royaume d’Ébène partage des frontières avec une énigmatique contrée au sud des Monts Namori. La république fantôme du Firmor, comme décidèrent de la surnommer les explorateurs, représenta de tout temps un mystère absolu pour les voyageurs souhaitant s’y aventurer. Effectivement, tous les récits des aventuriers rapportent que le moindre périple entrepris en direction des sentiers montagneux dévastés de ces landes se soldait par des jours d’errance ponctués de paysages désolés et d’hallucinations oniriques. Malgré des tentatives répétées, nul courageux ne parvint à débusquer une ville firmori, tout comme aucun cartographe ne réussit à dresser une carte fiable de ces forêts mouvantes. Seuls les rares marchands et émissaires originaires du Firmor semblaient réussir à communiquer avec l’Ébène, l’inverse s’avérant inconcevable.

Or, en 322, un phénomène troublant survint. Soudainement, les Firmoris disparurent de la surface de ce monde. Autant les sentinelles stationnées près des ravins des Gorgias au Val-de-Ciel que les voyageurs firmoris invités dans les cours ébénoises se volatilisèrent. Intrigués, les érudits du royaume organisèrent en réponse à ce surprenant événement de nouvelles expéditions en terres du sud. Cette fois, celles-ci parvinrent à atteindre d’anciennes cités abandonnées et dévastées. Encore aujourd’hui, les secrets débusqués dans ces ruines demeurent jalousement gardés par une poignée d’individus. Toutefois, un fait s’imposa à tous : l’inexplorable territoire du Firmor était désormais ouvert aux voyageurs d’Ébène.

Dès 323, une opération de grande envergure fut organisée par des seigneurs de Fel, Avhor et du Val-de-Ciel. Rassemblant leurs effectifs et ressources, ces dignitaires affrétèrent une poignée de navires et envoyèrent quelques centaines de colons dans les lugubres terres firmories. Tout d’abord, ceux-ci s’emparèrent du port abandonné étranger de Laganas et le rebaptisèrent « Port-Abondance ». À partir de ce point, ils débutèrent la colonisation des régions environnantes. Fervents partisans du Guérisseur couronné, de la nouvelle monarchie et d’un culte célésien fort et radical, ils fondèrent par la suite les agglomérations de Ville-Sans-Ombre, de Fort Sentinelle et du Havre-d’Adrianna. En raison des magnifiques fleurs bleutées qui tapissaient les sols présumément stériles des forêts en ces régions, cette première colonie fut appelée « Terre des Roses ».

Les Ébénois ne furent malheureusement pas les seuls à tirer profit de la disparition soudaine du Firmor. Quelques mois après la fondation de la Terre des Roses, les éclaireurs rapportèrent l’apparition de cohortes inconnues en provenance de lointains territoires au sud. Rapidement, tout contact pacifique et diplomatique avec ces individus se révéla impossible. Couvrant leur peau du sang de leurs ennemis, ces sauvages meurtriers ne semblaient avoir qu’une seule ambition : capturer d’innocents ébénois afin de les offrir en sacrifice à leur sombre divinité. Au fil des rumeurs et des récits horrifiants, des noms furent attribués à ces réalités. Les sauvages devinrent les « Éveillés », leurs terres lointaines surnommées « Clans des rêves » et leur dieu grotesque qualifié de « Dévoreur ». En dehors de ces mots graphiques, rien ne put être découvert à propos de ces barbares.

Pendant des années, des rixes mineures survinrent entre les deux peuples. Toutefois, le premier assaut en bonne et due forme se concrétisa en l’an 360 sur Havre-d’Adrianna. Lors d’une nuit sans lune, les Éveillés attaquèrent massivement la communauté maigrement fortifiée. Le témoignage des rares survivants ayant échappé à la vigilance de l’ennemi hante toujours les cauchemars des colons. Après avoir rassemblé les innocents dans le temple célésien local, les hérétiques arrachèrent et dévorèrent un à un les cœurs des habitants. Lorsque les sentinelles parvinrent à reprendre Havre-d’Adrianna, ils ne découvrirent aucun cadavre. Seul le sol imbibé du sang des victimes prouvait qu’un massacre y avait été perpétré.

Depuis cette tragédie, les colons ont interrompu l’expansion de la Terre des Roses afin de fortifier leurs positions. La fréquence accrue des attaques et la cruauté des Éveillés marquèrent profondément les esprits des Célésiens. Initialement audacieux et confiants en la capacité du Céleste à les protéger, ils ont appris à prendre en mains leur propre sécurité. Méfiants envers les étrangers, ils placent leur communauté et leur propre famille au cœur de leurs préoccupations. Ainsi, même si la Terre des Roses est constituée de trois villes, chacune de celle-ci vit en réclusion au quotidien. Toutes partagent néanmoins une profonde foi envers le Céleste, s’estimant investies d’une mission divine de propagation de la lumière célésienne aux confins de ce monde. Chaque aspect de leur existence est donc régi par cet impératif, ce qui fait de leurs colons des zélotes hors-normes.

Sur le plan vestimentaire, les menaces païennes déterminent directement les habitudes des habitants de la Terre des Roses. Leurs armures, apparats religieux et toges et robes modestes sont à l’image de cette dure réalité.

Val-de-Ciel

Val-de-ciel : Le havre céleste

Capitale : Haut-Dôme, la Main céleste
Devise historique : « Vînt la lumière »
Inspirations : Spiritualité, dévotion, prosélytisme

La capitale spirituelle du royaume d’Ébène est assurément le marquisat du Val-de-Ciel. Couvrant le nord des Monts Namori, le Val-de-Ciel fut fondé par des adeptes du Roi-Prophète qui aspiraient à reconstituer l’histoire de sa venue. Au fil des expéditions dans les montagnes, des regroupements de fidèles choisirent de s’établir dans les vaux les plus hospitaliers afin de se rapprocher du Céleste. La logique était simple : se rapprocher des cieux afin de se rapprocher du dieu. C’est vers le milieu du premier siècle de l’ère royale que plusieurs communautés décidèrent d’unir leurs efforts afin d’ériger une cité spirituelle sur le plateau habitable le plus élevé des monts, “la Main céleste”. D’abord modeste, la ville -baptisée Haut-Dôme- devint avec les décennies un lieu de pèlerinage prisé par les fervents du royaume d’Ébène.

Aujourd’hui, le Val-de-Ciel est la terre de rencontre des éminences célésiennes. Même si tous soupçonnent que le sol du palatinat est riche en métaux de toutes sortes, l’économie de la province repose depuis des décennies sur le « tourisme » religieux qui s’y opère. Effectuer un pèlerinage dans les montagnes constitue, pour la plupart des sujets du royaume, un projet pour lequel ils économisent toute leur vie durant. Dès lors, lorsqu’ils finissent par se déplacer vers Haut-Dôme ou les Ossuaires des Hautes-Terres, les pèlerins portent avec eux les biens qui iront enrichir les coffres du palatinat. C’est par la mer, grâce aux installations de Port-Céleste à l’est, ou par les vallées et plateaux montagneux, grâce aux routes transitant par Porte-Sainte, que ces fidèles réussissent à atteindre les ultimes étapes de leurs pérégrinations.

Initialement un palatinat comme les autres au sein du royaume d’Ébène, le Val-de-Ciel parvint à ressortir de la Guerre de l’Avènement lors du quatrième siècle comme l’unique marquisat du pays. Supportant la nouvelle dynastie royale de toute leur puissance, les Valéciens refusèrent d’abandonner leur autonomie lorsque le Guérisseur couronné fut élevé sur le trône d’Yr. Un compromis fut alors formulé : en échange de l’appui de la province du sud, le Roi acceptait de lui reconnaître le statut particulier de « Marche » d’Ébène. Les Valéciens pourraient dès lors préserver leur organisation politique interne sous la supervision d’un Haut-Sénéchal royal. En échange, les armées du Val-de-Ciel seraient entièrement responsable de la protection immédiate des frontières méridionales et du mur de Théodas, imposante structure défensive construite entre le marquisat et l’ancienne république du Firmor. Ainsi, en tout respect de la légitime royauté de la dynastie d’Yr, la famille Arhima de Haut-Dôme et l’Assemblée des Vals veille à la préservation des montagnes.

Essentiellement confiné dans les Monts Namori, le Val-de-Ciel détient toutefois quelques possessions terriennes dans la région des Criffes, à la frontière entre Corrèse et le Sarrenhor, là où le fleuve de la Laurelanne se ramifie en trois affluents aux lits incertains. Anciennement sous le contrôle de la congrégation célésienne militaire de la Compagnie hospitalière, il s’agit désormais d’un point de passage quasi-obligé pour entreprendre l’ascension des montagnes. Sous le regard vigilant et pieux des religieux qui y résident toujours, nulle hérésie ne peut pénétrer le havre spirituel du royaume.

Le peuple du commun de Val-de-Ciel semble vivre hors du temps. Loin des conflits des cours du royaume d’Ébène, il s’adonne à l’élevage au rythme des saisons, fuyant les hauteurs lors des grands froids et délaissant les pieds des montagnes en été afin d’éviter les contacts avec les « Nordiens ». Spiritualité et élévation de l’âme sont les maîtres mots des Valéciens, qui descendent des plus fervents pèlerins du début de notre ère. La haute société du palatinat, quant à elle, est intimement liée aux chapitres de la Foi qui ponctuent les vaux. Tous les nobles sont conscients que leur autorité est directement assise sur la ferveur religieuse des sujets du royaume et, pour cette raison, ils n’hésitent pas à entremêler foi et politique. Néanmoins, bien malin serait celui qui pourrait déterminer quel noble est véritablement pieux ou non.

Finalement, sur le plan vestimentaire, les Valéciens optent le plus souvent pour des toges amples ou des manteaux longs. Les couleurs du Céleste (bleu, argent et rouge) sont les plus prisées à Haut-Dôme tandis que, dans les vaux, le confort est de la première importance, la vie dans les montagnes ne pardonnant pas à celui qui s’encombre d’apparats futiles. Gardiens des monts sacrés, les Valéciens oscillent ainsi entre les vêtements amples adaptés aux célébrations religieuses et les uniformes militaires.

Yr

Les îles d’Yr : Le coeur de la monarchie

Capitale : La cité d’Yr
Devise historique : « Élus du Céleste »
Inspirations : Monarchie absolue, métropole, impérialisme

Située à l’extrémité sud des îles d’Yr, là où les eaux de la Laurelanne et de la Baie d’Ambroise se confondent, la capitale du royaume d’Ébène est l’ultime héritage du premier Roi-Prophète légué à son peuple après sa mort. Dès son avènement lors des premières années de l’ère royale, le suzerain fit le choix judicieux d’établir le coeur de son pouvoir sur une terre libre de toute allégeance envers un seigneur-palatin. Ce sont les modestes îles d’Yr au nord, faiblement occupées et laissées à elles-mêmes par les puissants de Laure, Fel et Avhor, qui attirèrent l’attention du Roi et qui furent les hôtes de ses plus ambitieux projets.

La faible population résidant sur l’île et l’absence d’infrastructures ne facilitèrent pas les travaux devant mener à l’aménagement d’une ville habitable, mais pendant les vingt années qu’allait durer le projet d’édification de la cité sainte, le Roi ne démordit jamais de son choix. D’ailleurs, rares furent les audacieux qui remirent celui-ci en question. Non seulement cette position géographique était-elle le meilleur compromis pour ne pas heurter les susceptibilités des seigneurs du royaume -nul ne détenait officiellement la propriété de l’île d’Yr- mais n’importe quel stratège savait qu’en contrôlant cette petite parcelle de terre, le régent s’assurait un droit de regard sur l’ensemble des activités commerciales de la Laurelanne, principal affluent du royaume. Plus encore, cela lui offrait un avantage sur la cité de Gué-du-Roi, dont la force économique et militaire dépassait largement celle des autres agglomérations à l’époque.

Grâce à la contribution de la Compagnie d’Yr constituée d’artisans volontaires en provenance des quatre coins du royaume, le premier célestaire destiné au Céleste s’éleva au-dessus des eaux sombres de la Baie d’Ambroise. Sous la volonté du Prophète, le monument fut érigé à l’est du bourg naissant, là où les premiers rayons solaires de l’aube pouvaient envelopper le beffroi sacré. Tout naturellement, les travailleurs de la Compagnie d’Yr construisirent leurs chaumières dans les alentours du chantier et, lorsque ceux-ci prirent la toge pour se faire ecclésiastiques, le quartier environnant le célestaire devînt officiellement le haut-lieu des affaires religieuses de la capitale.

L’effervescence qui s’empara de l’île d’Yr lors de ces grands projets déplaça temporairement l’axe commercial contrôlé par Gué-du-Roi vers la capitale. Effectivement, si les barques de Felbourg et des palatinats du Sud transigeaient toujours par la Laurelanne et la région lauroise, les navires en provenance d’Avhor, Salvamer, Cassolmer et même de l’île souveraine de Pyrae commencèrent à accoster directement aux docks de la cité d’Yr. Rapidement, les quais, entrepôts et infrastructures portuaires se multiplièrent grâce aux investissements de la Banque d’Ébène et, en moins de deux ans, tout le sud de la capitale fut voué au commerce. Bien sûr, au fil des siècles, Gué-du-Roi reprit son hégémonie sur le négoce national, mais Yr conserva nombre de maisons marchandes étrangères ou issues des grandes guildes ébénoises.

Le début du quatrième siècle de l’ère royale vit toutefois s’opérer de profondes transformations au sein de la capitale. En premier lieu, l’invasion du Vinderrhin en 322 ébranla jusque dans ses fondements la cité. Par le fer et le feu, les hordes du nord pénétrèrent les murs d’Yr et apportèrent la guerre jusqu’aux portes du palais princier. Si ces guerriers furent repoussés de justesse par les forces ébénoises, elles scarifièrent la ville en massacrant son peuple et incendiant ses quartiers. Ce n’était qu’une question de temps avant que la capitale affaiblie ne succombe sous les coups de nouveaux ennemis, issus de l’intérieur cette fois. Insatisfaits du règne de la princesse Théodoria de Corrèse, une coalition des seigneurs d’Ébène débarqua sur les îles princières et renversa lors de violents combats la suzeraine. Ce premier coup d’état militaire de l’Histoire devait paver la voie à la venue du Guérisseur couronné -fondateur de la lignée royale actuelle- en 323. L’avènement de la nouvelle dynastie royale à Yr, au terme des guerres des dernières décennies et la centralisation extrême des pouvoirs correspondante, stimula finalement fabuleusement le dynamisme de la capitale, autant économiquement que politiquement et spirituellement.

De nos jours, nulle cité du royaume ne peut rivaliser avec la splendeur et la prospérité d’Yr. La monarchie absolue, contrairement aux règnes princiers des trois premiers siècles de l’ère royale, attire à elle des revenus constants des quatre coins du pays. Dans les quartiers de la cité, des Ébénois de tous les horizons -et même des étrangers à l’Ébène- échangent quotidiennement des étoffes, vins, chevaux d’élevage et bijoux décadents sur les nombreuses places publiques. Gueux à la recherche d’emploi et hauts-nobles en missions diplomatiques se côtoient autour du Siège des Témoins, point de convergence des pèlerinages célésiens vers le nord. Jamais le port d’Yr ne dort, des caravelles et galions jetant l’ancre nuit et jour afin de tirer profit des trésors rassemblés dans les entrepôts de l’île.

Le cosmopolitisme de la cité d’Yr rend difficile une description précise du comportement général de ses habitants. Néanmoins, au fil des années, la centralisation des pouvoirs -et donc des opportunités- en ce lieu a attiré son lot de rapaces. Pour qui souhaite se démarquer dans la capitale, l’ambition et l’audace sont désormais des nécessités. Le citadin d’Yr, aux yeux des voyageurs, sera souvent perçu comme un individu opportuniste, flexible et même hypocrite. Pour gravir les échelons de la cour royale, tous les coups sont permis. Ceux qui se priveront des moyens à leur disposition risquent, à trop s’approcher du Soleil, d’être consumés par ce dernier.

Sur le plan vestimentaire, les citadins d’Yr placent les apparences au-dessus de toute autre considération. C’est en affichant des parures supérieures à son statut que l’on parvient à faire croire à autrui que l’on mérite de recevoir honneurs et titres. Lors des célébrations publiques, dorures, argenteries, gemmes et ornements précieux transforment les avenues de la capitale en rivières scintillantes d’un faste clinquant.