Témoignage des Ombres

Par Aurèle d’Avhor

I- Mon enfance

Bercé par les bras d’une mère aimante, façonné par la main impérieuse d’un père inflexible, je fus un enfant prédestiné à la vie banale d’un homme du peuple. L’épreuve du Sang’Noir, celle qui avait assombri nombre de mes premières années, avait vivement été rejetée par mon esprit d’enfant et pour n’être assimilée qu’à un interminable cauchemar. Cauchemar qui, contre toute attente, avait pris fin. Je n’étais d’ailleurs pas le seul à rechercher l’oubli : tout Avhor, et plus particulièrement Vêpre, aspirait à oublier l’infamie des Vhorili, les crimes des damnés et les sacrifices des survivants. Chaque nuit, l’Étoile du Soir s’illuminait sous les feux des lampes et de leurs reflets ondoyants sur les eaux du lac Dive. Chaque nuit, les rythmes effrénés des tambours et musettes emplissaient les coeurs des milliers d’Avhorois dansant et festoyant à en perdre la Raison.

Avant l’âge adulte, je fus plongé dans ce marasme délirant. Dès le Soleil couché, il me fallait suivre les pas de ma mère, elle-même lumignonne de son métier, chargée de propager la lumière, une lanterne à la fois, dans les rues menant à la Place des Fêtes. Je me trouvais alors loin de la poigne de mon père, affecté à la garde du manoir Filii et incapable de me préserver des menaces sournoises rôdant dans la Vêpre nocturne. Néanmoins, fort attaché aux rites païens ancestraux, il avait imprégné dans mon âme une ferveur religieuse aussi inébranlable que n’importe quelle citadelle de marbre. Les noms de Vesilia et de Horilia, filles des roses et des tulipes, jumelles engendrées par la rosée, ponctuaient mes prières et m’inspiraient la discipline du lever matinal. Les effigies de Verilio et de Hosilio, fils de la vigne et de l’orge, jumeaux issus des rivières, me rappelaient incessamment la valeur du labeur dans une vie d’équilibre. Et la peur… la peur instiguée par Jolorion le Bâtard, fils de l’ivresse et tourmenteur des ignorants, suffisait à m’éloigner des périls du vin et des herbes. Toutes ces idoles dont je cherchais les faveurs ou la pitié… tous ces mensonges insidieux qui m’ont rapproché du gouffre et ont fait de moi une proie pour les ombres prédatrices.

Les douces directives de ma mère, l’illusion des faux dieux et la menace de mon père suffirent ainsi à faire de moi un enfant modéré et dédaigneux des tentations. Pourtant, ces remparts et béquilles ne me renforçaient guère véritablement et, lorsqu’on vînt à m’en priver, je chutai.

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II- Mes années tourmentées

En dépit des années, le souvenir de la première nuit de mon déclin demeure vivace en mon esprit. Aussi audacieux qu’une souris, vaniteux qu’un paon et insouciant qu’un chevreau, je sentais mon enfance laisser place aux balbutiements de l’âge adulte. Fidèle à mes habitudes, j’escortais toujours ma mère dans ses menues besognes. Or, je sentais naître en mes entrailles une honte viscérale à ramper dans l’ombre de celle qui me percevait comme son éternel bambin. Ainsi, par une chaude nuit de printemps, je profitai d’un temporaire désintérêt de mon accompagnatrice à mon endroit pour entreprendre l’exploration de la Vêpre illuminée. Ce manque de jugement n’allait être que le premier d’une longue liste.

La solitude détient un fabuleux pouvoir que je n’avais jusqu’alors jamais soupçonné. Seul parmi la foule, je redécouvrais les rues que j’avais tant de fois arpentées sous la supervision de ma génitrice. Le fumet des porcelets sur broche, les harmonies des ménestrels volages, les rires grisants des demoiselles feignant l’embarras… une fontaine de sensations renouvelées envahissait ma jeune personne et chatouiller mon audace. De nouvelles facettes de mes dieux se dévoilèrent à moi à cet instant. Verilio et Hosilio me révélèrent les bienfaits du vin et du houblon, je retrouvai le parfum de Vesilia et d’Horilia, l’effluve de la rose et de la tulipe, dans le corset des filles de Lune et, avant la fin de la nuit, Jolorion le Bâtard se métamorphosait en Jolorion l’avenant. Je ne retrouvai ma paillasse qu’à l’aube tandis que les réprimandes aussi furieuses que vaines de ma mère me submergeaient.

Tel le chien ayant goûté le sang de l’homme et refusant dès lors le commandement de son maître, j’entrepris d’ignorer les invectives de ceux qui ne voulaient que mon bien et je me jetai corps et âme, nuit après nuit, dans le tourbillon des excès et des ombres. Les bastonnades de mon père ne purent que nourrir mon esprit révolté et m’inciter à quitter la demeure de mon enfance révolue. Le vol permit l’ivresse et la luxure justifia la tromperie. Puis, vint le moment fatidique où, pour un pari perdu à l’Enclave, j’ôtai la vie à un bougre sans nom. Quelques mois avaient suffi pour faire de moi un être plus abject encore que les damnés du Sang’Noir.

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III-  Le toucher du Roi

Inévitablement, vint le moment où je jetai l’opprobre sur ma famille. Suffisamment lucide pour refuser d’infliger à mes père et mère cette honte, je quittai les bourgs de Vêpre et voyageai vers l’ouest dans l’espoir d’atteindre Felbourg, terre d’accueil des apatrides. Cependant, telle n’était pas la place qui m’était échue et, bien avant de fouler le sol de la métropole, dans les tréfonds du Bois-du-Trône, je rencontrai mon destin.

Depuis trois ans déjà, un édit royal faisait du Bois-du-Trône un sanctuaire réservé aux Filii et à leurs aristocrates invités. Ce statut particulier octroyé à la forêt jouxtant la Baie d’Ambroise existait bien avant la venue du Roi-Prophète, mais ce dernier y avait rattaché des sanctions irrévocables. Bien sûr, fidèle à ma nature délinquante, je dédaignai le spectre de ces menaces et entrepris de traverser le Bois-du-Trône. Je découvris alors que la peur, en elle-même, ne se mute en terreur qu’en présence ou en l’absence d’une autre qualité. Jointe à l’amour d’une femme, à une bourse débordante de richesses ou à l’espoir d’un jour meilleur, la peur nous anéantit. Elle s’immisce dans chacun des pores de notre peau et nous brise lorsqu’elle se fige, tout comme l’eau faite glace fragmente les rocs millénaires. Par contre, privée de compagnie, la peur aiguise l’esprit et lui retire toute inhibition. À l’ombre des feuillus du Bois-du-Trône, à l’affût des forestiers, sans passé ni futur, j’étais alors le plus puissant des hommes.

Pourtant, il Lui suffit d’un seul toucher pour réduire mes prétentions à néant. Par une simple main posée sur mon épaule, je passai de larron en cavale à gamin sanglotant. Sous le Soleil timide du printemps, le Roi-Prophète me trouva et me fit don de la vérité. J’aperçus, par sa grâce, les conséquences ultimes de mes choix. Mon âme s’éleva vers le Céleste et se gorgea de la connaissance du passé, présent et futur.

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IV- Vision de l’Innommable

Dans un tourbillon obscur s’élance une silhouette résolue. Seules manifestations de la présence d’une conscience parmi les ombres, d’innombrables yeux larmoyants me contemplent. Est-ce ma présence qui éveille en eux la découverte de leur solitude antérieure? Ou reflètent-ils un isolement depuis longtemps ruminé? Alors que je fixe avec pitié l’absurde et attristant papillonnage des ténèbres, je perçois une résolution naissante. Ce qui se dévoile devant moi ne peut être nommé et, de ce fait, cet être innommable aspire à se définir. Mais comment la noirceur peut-elle donner naissance à l’Être? Comment ce qui ne peut être vu peut-il venir à l’existence pour autrui?

Mais l’Innommable croit en sa propre existence et, de par cette croyance, il entretient des illusions chevauchant la frontière séparant l’Être du Non-Être. Car tel est le propre de l’illusion : exister dans les yeux de celui qui l’admire, mais sans développer d’existence propre. Alors j’aperçois ces innombrables yeux se détourner de moi pour fixer les ombres environnantes dans l’espoir d’y déceler les traces de ses propres appréhensions. Et voilà que sous ces regards insistants se profilent dans les ténèbres infinies les traits de formes variées, parfois animées d’une conscience propre, souvent immobiles et sans mouvement initial. Peuples des forêts, des montagnes, des mers et des profondeurs arpentent le mince voile noir qui les a vus naître. Je vois l’Innommable imaginer Célès, notre monde.

Dans les yeux de l’Innommable miroitent les existences de la multitude et, comme le père s’accomplissant par l’entremise de sa progéniture, le sombre créateur confirme sa propre réalité. Ainsi accorde-t-il foi à ses fabulations et entreprend-il de les accroître indéfiniment. Surgissent à cet instant des entités singulièrement opposées n’aspirant qu’à leur destruction mutuelle et emportant dans le sillon de leur confrontation bon nombre d’ombres originelles. Mais qu’importe pour l’Innommable, dont la frénésie créatrice se nourrit de sa jalousie sans borne? L’Innommable engendre et conçoit, mais jamais il ne chérit.

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V- Vision du Lumineux

J’aperçois soudain, dans le chaos irrégulier de l’illusion initiale, les consciences des vivants porter leur regard vers les ombres. Eux-mêmes dotés d’imagination, ils développent des illusions qui leur sont propres et enflamment dans les ténèbres un nombre incalculable de lueurs d’espérance. En s’unissant les unes aux autres, ces lueurs se font scintillement, puis illumination et enfin éblouissement. Des rêves des créatures de l’Innommable naît ainsi le Lumineux, porteur initial de la lumière et du sublime. Sous son rayonnement bienveillant se découpent les ombres vaporeuses qui, pour la première fois, se découvrent une place et un rôle en ce monde. Face à cette beauté inimaginable, les multiples yeux de l’Innommable larmoient toujours, mais désormais d’étonnement et de joie. Je ne peux déceler encore les traits véritables de la silhouette du créateur initial, mais je devine qu’enfin il est satisfait.

Commence à ce moment une valse magistrale entre l’Innommable et le Lumieux. Le premier, engendrant sans fin des ombres opaques, offre au second la matière brute de ses oeuvres. Ainsi peut-il user de sa lumière pour découper les dons du créateur et les embellir, les harmoniser et les anoblir. J’admire le dévoilement des terres de glaces du Nord, des pics escarpés du Sud, des eaux turquoise de l’Est et des sables blancs de l’Ouest. Nécessaire est l’ambition de l’Innommable, magnifique est l’oeuvre du Lumineux.

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VI- Vision du Céleste et de l’Enchaîné

Lorsque l’émerveillement initial s’estompe, je décèle dans la valse de l’ombre et de la lumière des faux pas, des saccades corrompant la pureté de la création. L’Innommable toujours ramène à lui les ambitions de ses engeances et jamais celles-ci n’éloignent leur regard de son être. Les peuples des origines, malgré la lumière bienfaitrice du Lumineux, déploient les énergies ancestrales dissimulées dans les ténèbres et déclenchent en Célès les plus atroces cataclysmes. Et ces pouvoirs…jamais mon jeune oeil n’en a-t-il contemplé de plus grandioses. Sous la simple force de la volonté, les océans se soulèvent, les montagnes s’enflamment, les vents se courroucent…chaque fois en emportant une parcelle de l’oeuvre du Lumineux. L’Innommable se réjouit de cette démonstration d’existence tandis que le Lumineux se renfrogne.

Alors la valse s’interrompt brutalement. Le Lumineux empoigne l’Innommable puis l’enchaîne à l’aide de mille liens aussi scintillants que le Soleil. De ces entraves jaillit une cage de lumière dissipant chaque poussière d’ombre qui en émane. Dans les nuées d’yeux de l’Innommable, désormais Enchaîné, je distingue une incompréhension inouïe, un sentiment inexprimable de trahison. Pourtant, même moi, pauvre enfant, je comprends que le Lumineux verse des larmes lorsqu’il enferme le premier être. Désormais, chaque ombre que l’Enchaîné exhalera sera filtrée et purifiée par la geôle de lumière et, par ce fait, aucune nouvelle abomination n’apparaîtra sur Célès. Pour la pérennité de la création, le Lumineux accepte de bafouer la dignité du créateur.

L’être de lumière surgit ensuite des obscures profondeurs dans lesquelles il avait pris conscience et, avec la splendeur d’une mer d’étoiles naissantes, s’élève vers le firmament. À ses côtés, je contemple le chaos causé par les énergies mystiques et je comprends l’objectif du Lumineux devenu Céleste. Rayonnant et scintillant et illuminant, le Céleste déploie ses ailes d’aube et enveloppe l’entièreté de Célès. L’art mystique, sournois résidu de ténèbres, s’évapore pour ne plus reparaître. Les peuples fondamentaux, privés de ces forces, hurlent à l’unisson leur désespoir…désespoir qui m’apparaît être un moindre mal face à la satisfaction de leurs passions destructrices.

Et du Céleste se détachent doucement des millions de lueurs vacillantes allant se déposer aux quatre vents. Dans les terres de glaces du Nord, aux confins des pics escarpés du Sud, par-delà les eaux turquoise de l’Est et les sables blancs de l’Ouest, l’Humanité naît timidement. Mais déjà, le Céleste lui offre les vertus de la conquête : libre arbitre, ambition, amour-propre. Ce frémissement de l’Homme ne cesse de trembloter au milieu des créations antérieures, mais il persiste et se déploie doucement partout où peut se porter le regard. Le Céleste, satisfait, rétracte enfin ses ailes d’aurore et disparaît dans le halo solaire.

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VII- Vision des ombres éternelles

Le Céleste et l’Enchaîné ont comblé leur rôle, pourquoi vois-je encore dérouler devant mes yeux l’infini manuscrit de notre Histoire? Que dois-je y percevoir? Alors que je m’interroge sur cette Humanité qui croît, prospère et guerroie, je comprends avec effroi ce qui se dissimule derrière cette éblouissante tapisserie : l’ombre perdure et, bien qu’elle soit nécessaire à notre existence, elle nous menace par ses attraits. Jamais l’Enchaîné ne cessera d’engendrer les ténèbres, toujours persisteront en Célès des écueils mettant à l’épreuve le libre-arbitre offert par le Céleste. Nous sommes tels la lueur de la chandelle dans la nuit d’hiver. Nous ne sommes qu’à un souffle d’être réduits à néant. Si nous oublions notre état, nous serons emportés. Si nous effaçons le Céleste de nos mémoires, les horreurs s’empareront de nos âmes et coeurs.

Ainsi en ai-je la preuve alors que j’aperçois nos ancêtres se détourner du Très Haut. Tout en élevant des autels à d’ignobles faux dieux et esprits blasphémateurs, ils s’affairent à altérer Célès sans vergogne. Leur lueur faiblit et, à chaque arbre qu’ils déracinent, à chaque cité qu’ils érigent, à chaque champ qu’ils mettent en friche, ils s’exposent à une noirceur sans nom. Voilà donc qu’enfin, quelques années avant ma propre naissance, ils chutent et abandonnent les dons du Céleste, plongeant notre peuple dans une brume de mort. Seules la grâce et la mémoire du Haut Seigneur peuvent être brandies comme boucliers face à cette menace.

Les ténèbres étaient, les ténèbres sont et les ténèbres seront. C’est à l’Humanité de les côtoyer et de les dominer par la lumière du Céleste, sous peine d’elle-même s’éteindre dans un souffle subtil.

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VIII- Révélation de la vertu maîtresse

En chacun de nous subsistent une prédisposition à la lumière et une inclinaison aux ténèbres. L’attrait mystique des ombres ne peut être combattu que par un entretient assidu des vertus de l’âme humaine. Le Céleste a ensemencé notre être d’une multitude de germes de vertu, mais seule la vertu maîtresse de la piété est susceptible de faire croître et prospérer ces dons. Par la mémoire de nos origines, nous nourrissons le terreau accueillant les vertus en devenir. Par le partage de ces mémoires, nous retournons la terre qui, autrement, étoufferait nos dons. Par la prière, nous plantons les tuteurs qui supporteront la croissance de nos qualités. Finalement, par la foi, nous reconnaissons et cueillons les fruits qui ont su mûrir.

De la piété découlent toutes les autres vertus. Oublions cette vérité ou détournons-la de son objet naturel -le Céleste- et nous nous exposerons à de nouveaux tourments. Alors s’assècheront les semences du Céleste, flétriront ses fleurs et pourriront ses fruits. Alors nous ne serons plus que l’ombre d’une Humanité. C’est sur cette ultime vérité que mon esprit s’égara, quittant les sphères de la divine connaissance pour regagner la souffrance de mon corps en peine.

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IX- Mon serment au Roi

Aussi vivement qu’elle m’avait empoigné, la vision du Céleste et de sa vérité me relâcha, me laissant choir aux pieds du Roi-Prophète. Le Soleil, toujours haut posté dans le ciel, n’avait guère poursuivi sa course quotidienne. Je constatai alors qu’il ne m’avait suffi que de quelques secondes pour recevoir les révélations du Céleste. Toujours abasourdi par ce voyage spirituel, je gisais sur le sentier humide du boisé lorsque le Bataillon sacré du Roi-Prophète retrouva son maître. Plutôt que d’exiger ma mort comme le suggérait sa garde personnelle, il m’invita à me relever d’un geste de la main. À mon incrédulité visible, il répondit par un large sourire compatissant.

Sans même me redresser, je rampai jusqu’à mon Roi et embrassai ses cuissardes de daim. Sans ménagement, je lui exprimai dans un monologue entrecoupé de sanglots l’ampleur de mes regrets et l’implorai de m’accorder son pardon. Il m’adressa à ce moment ses premières paroles qui, malgré leur simplicité apparente, éclairait mon existence sous un angle nouveau : “Qu’ai-je à pardonner à celui qui, s’engouffrant à un jeune âge dans la noirceur du vice, décide enfin d’en émerger pour occuper le rôle qui lui est dû?” Je posai alors le genou droit sur le sol et, du mieux que je le pus à cette époque, je prêtai serment de fidélité et de protection au Prophète.

Mes bredouillages étaient toutefois vains car, déjà, mon seigneur et maître avait acquiescé à mes voeux. Plus encore, loin de me renvoyer en ma demeure, il m’accueillit en son entourage et fit de moi son ami sincère. Longtemps on lui reprocha l’amitié d’un criminel, mais jamais il ne me renia. “L’os brisé et ressoudé ne peut être rompu aisément, le malheureux qui a connu la souffrance sait la redouter, le soldat qui a enlevé la vie connaît la valeur de ce geste”, soutenait-il. Et telle était la vérité.

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X- Prière à la rédemption

Du jour de mon illumination au jour actuel, une prière à la rédemption ponctua ma relation avec le Roi-Prophète. Après chaque épreuve, chaque chute, j’incline la tête sous le regard du Céleste et psalmodie ces mots.

“Façonné par la lumière, je suis né dans l’ombre.
Je peux faillir car je côtoie le désespoir.
Je peux pleurer car je vois les périls du soir.
Je peux tomber car j’emprunte une route sombre.

Engendré par l’ombre, Tu n’es que lumière.
En toi réside l’absolution.
Par toi vient l’illumination.
Pour toi nous élèvent nos pairs.

Vois mon labeur pour t’honorer.
Éloigne de moi la coupe du tourment.
Épargne-moi le spectre du châtiment.
Écoute mes efforts pour t’implorer.

Par le Roi et par le Prophète,
Céleste accorde-moi la rédemption.”