L’Ordre

[En résumé]

Inefficaces, incapables et corrompus. Voilà ce que vous êtes. Vous n’êtes pas mieux que ceux que vous tentez de combattre. Vous les qualifiez de criminels car ils tuent, volent et mentent. Mais vous, nobles seigneurs, quand vous tuez, volez et mentez, en quoi êtes-vous différents de ces parasites? Si vous ne pouvez ordonner ce royaume, nous le ferons. Et nous ne ferons pas de différences entre vous et eux.
Missive anonyme laissée par l’Ordre

Grandeur Nature l'Enclave

L’histoire

L’Ordre fit parler de lui pour la première fois en 316 de l’ère royale. En plein conflit avec les Contrebandiers des Écores, le Paon, capitaine pirate, se présenta au palais d’Yr afin de faire une proposition à la Couronne d’Yr : la reconnaissance de l’indépendance des Écores en échange d’une paix durable. Au cours de ces négociations hautes en couleurs, Bartholomeo Lobillard, renommé stratège militaire ayant croisé le fer avec les criminels par le passé, offrit au Paon de régler les litiges personnels les opposant par l’entremise d’une course de navires. Hautement vaniteux, le capitaine des Écores accueillit la proposition avec joie. Quelques semaines plus tard, deux bateaux levaient l’ancre au large de Pyrae afin de gagner Cassel. À la tête de chacun de ceux-ci, Valère Souard et le Paon lui-même concourraient pour l’honneur de détenir l’embarcation la plus rapide d’Ébène. Or, les compétiteurs n’arrivèrent jamais à destination. Tout ce que l’on retrouva sur le long des falaises de Cassel, ce furent des débris de navires autour desquels flottaient des cartes de tarots. Ce n’est que le mois suivant que les corps mutilés des deux capitaines furent découverts sur la place du marché des ports de la cité d’Yr. Sur le sol devant les dépouilles, un message signé dans le sang avait été laissé : « Nous sommes l’Ordre. Nous sommes légions. Justice nous apporterons. » Au milieu de ce message macabre reposaient deux cartes de Tarot correspondant à la Roue de Fortune et au Hiérophante.

Le nom de « L’Ordre » faisait son apparition. Par la suite, il ne cessa d’être murmuré dans les auberges et les chaumières. Nourrissant les rumeurs et ragots, de nouveaux attentats furent exécutés avec un cérémoniel remarquable. Des soldats vêtus tout de blanc et masqués interceptèrent des compagnies entières de sergents soupçonnés de collaborer avec les organisations criminelles, des cartes de tarot furent retrouvées dans les appartements et manoirs d’Ébénois portés disparus, des missives laconiques clamant la corruption du royaume furent livrées à de hauts seigneurs, etc. Visiblement, de puissants individus semblaient avoir clandestinement uni leurs forces pour lutter contre la criminalité.

Jusqu’en 319, les attentats revendiqués de l’Ordre se concentraient sur le continent principal du royaume d’Ébène. Toutefois, vers la fin de cette année, les navigateurs ébénois de la Vaste-Mer notèrent une recrudescence marquée de la piraterie sur les eaux orientales. Au départ, tous les regards se tournèrent vers les Marchands libres des Écores, détenteurs de l’île de Corail à l’est. Ceux-ci nièrent par contre vivement toute implication avec ces actes de violence navale. Ce n’est que lorsque des naufragés ayant subi l’une de ces attaques furent retrouvés en haute-mer que la vérité fit surface. Les marins –des fournisseurs des Écores logeant sur l’île de Corail- avaient été pris pour cibles par deux galions aux voiles blanches. À bord de ces vaisseaux de guerre, des guerriers masqués côtoyaient des fous de guerre tatoués ardarosiens. À leur tête, un homme massif au visage dissimulé par un heaume complet se présentant comme le « Sans-nom » avait mené l’assaut sans pitié. Les survivants des Écores échappèrent au courroux de leurs assaillants de justesse.

La description de ces événements et de leurs détails rappela aux plus sagaces le modus operandi de l’Ordre. Cette hypothèse fut confirmée au début de la 320e année lorsqu’une lettre à l’intention du prince Élémas IV fut secrètement clouée sur la porte du palais princier. Sur celle-ci, on pouvait lire un bref message : « Le royaume a abandonné l’Est. De l’Est viendra l’Ordre. Le chaos et ses partisans périront. La purification sera totale ». Ces quelques mots confirmèrent que l’Ordre était à l’origine de la hausse des entreprises de piraterie sur la Vaste-Mer, voire même qu’il y avait établi, en un lieu inconnu, ses quartiers généraux. En 321, l’Ordre était devenu un acteur incontournable de la géopolitique de l’est du pays. Ses attentats aussi audacieux que théâtraux se faisaient avec le temps toujours plus sanglants.

Toutefois, toute entreprise clandestine a ses limites. En 322, l’organisation contrôlait la Vaste-Mer, de Pyrae à l’île de Corail. L’heure du débarquement était arrivée. À l’été, l’armada pirate déploya ses voiles et fondit sur les dernières positions des envahisseurs du Vinderrhin au nord d’Avhor. Avec une brutalité terrible, l’Ordre écrasa les restes des armées étrangères et s’empara des lieux. Peu après, le seigneur-palatin avhorois, Georgio Filii, reconnaissait la légitimité du regroupement et saluait sa volonté de rétablir la justice dans le royaume d’Ébène. Le jeune seigneur est par contre seul dans son camp encore. Nul ne sait comment réagira le reste de la noblesse ébénoise face à ces individus.

Grandeur Nature l'Enclave

L’idéologie

Les objectifs de l’Ordre sont aussi insaisissables que ses membres. À prime abord, les partisans de l’Ordre ne semblent guère intéressés par les questions pécuniaires ou les possessions terriennes. Ceux-ci chériraient plutôt une vision spécifique du royaume. Vision qu’ils tenteraient par tous les moyens de réaliser. Selon les minces traces laissées par ces criminels lors de leurs actions, l’Ordre aspirerait à éliminer complètement toute trace de désordre dans l’Ébène. Les malfrats s’adonnant à la contrebande, à l’extorsion, au vol et aux autres actes répréhensibles doivent être débusqués et châtiés aux yeux de tous. Leurs collaborateurs, aussi coupables qu’eux, doivent être traînés sur la place publique et démasqués. En somme, tout fomenteur de cabale criminel est un ennemi du royaume et doit être traité comme tel. Nul n’échappe à ce jugement sommaire, du roturier au prince lui-même.

Les méthodes employées pour en arriver à ses fins caractérisent l’Ordre. Par des costumes flamboyants ou uniformes, des mises en scènes hautement symboliques ou des attentats violents, la cabale souhaite ardemment marquer les esprits. Celle-ci ne semble pas simplement sanctionner ceux qu’elle considère comme des criminels, mais elle veut en supplément démontrer à la populace ébénoise la nécessité de demeurer dans le droit chemin. De plus, après chacun de ses coups d’éclat, l’Ordre laisse derrière lui une ou plusieurs cartes de tarot. Le sens profond de cette signature échappe toujours aux observateurs, mais force est de constater qu’elle porte ses fruits en suscitant la fascination chez les badauds. Cela dit, avec le récent débarquement à Avhor et le dévoilement des principaux meneurs de l’organisation, tout porte à croire que ces tactiques changeront.