Les rebelles des Crocs

[En résumé]

Il y a quelques siècles de cela, le peuple de Vindh régnait sur les fleuves de l’Ouest, trônait au sommet des montagnes du Nord, dominait les mers de glace. Alors vinrent les traitres de l’Est, ces faibles qui, par la ruse et la traitrise, s’emparèrent de nos héritages. Puissent-ils tous mourir comme des chiens. Leur œuvre n’est qu’un poison que nous devons rejeter sans hésitation.
Gorrhim Enseilor, chef du clan Enseilor

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L’histoire

**Avertissement : Lors de l’invasion du royaume d’Ébène par les armées du Vinderrhin en 322, les rebelles des Crocs prirent les armes contre les forces célésiennes. Après moult combats, ceux-ci furent expulsés des Crocs de Fel et leurs chefs furent mis à mort. Désormais, il ne reste que quelques cellules de rebelles isolées et n’ayant pratiquement aucun pouvoir dans le pays. Les présentations ci-dessous étaient en vigueur avant ces événements.**

 

Bien avant la Longue Année et le mal qui la déclencha, l’ouest de l’actuel royaume d’Ébène était sous le contrôle de descendants de l’antique peuple de Vindh. Hommes et femmes en provenance des lointaines contrées nordiques au-delà de la mer Blanche, ces conquérants surent édifier certaines des cités les plus prospères du continent. À l’apparition du Sang’Noir, deux familles menaient d’une poigne de fer les territoires occidentaux : les Torrig et les Aerann. Alors que les premiers périrent tous lors d’une rébellion entreprise par leurs vassaux, les seconds désertèrent leur cité dans l’espoir d’échapper à leur triste sort, ce qui leur fit perdre leurs terres aux mains de la famille Lobillard. L’Histoire se souvint d’eux comme des lâches ayant échoué à mater le cours des événements qui marquèrent le début de notre ère.

Pourtant, derrière ce récit connu se dissimulent certaines réalités que nous ne pouvons occulter. Le renversement des descendants de Vindh ne fut pas que le résultat d’une contestation politique ; ce fut aussi la consécration des anciens exilés de la citadelle de Casteval. Eux-mêmes issus de la nation des Mérillons à l’Est, ils s’emparèrent des titres qui, pendant des siècles, leur avaient échappé. Après tout, entre les Torrig et les Lacignons, les Aerann et les Lobillard, il y avait tout un monde de différences culturelles, patrimoniales et morales. Lorsque la Longue Année s’acheva, un peuple en avait remplacé un autre aux rênes du pouvoir de Felbourg et de Gué-du-Roi. La majorité des habitants de ces palatinats acceptèrent leur sort sans broncher, mais les Aerann, rabaissés au simple rang de vassaux des Lobillard, ne digérèrent jamais l’insulte qu’on leur infligeait. Ils se replièrent sur leurs propres domaines septentrionaux et ruminèrent leur sort en silence.

Lors des premières années de l’ère royale, des villages délaissés par Felbourg et Gué-du-Roi -ces cités se préoccupant avant tout de leur population urbaine- se vidèrent de leurs habitants. Parallèlement à ces désertions mystérieuses, les montagnards des Crocs au Nord gagnèrent en puissance et en agressivité, laissant croire aux seigneurs-palatins qu’une corrélation unissait ces deux phénomènes. Ces brigands commencèrent vers la cinquième décennie de notre ère à nier officiellement la légitimité du Roi et des princes subséquents, proclamant l’indépendance et l’autonomie inaliénable du peuple du Vindh. Graduellement, les autorités royales perdirent le contrôle des monts septentrionaux et interrompirent leurs patrouilles officielles en ces territoires. Depuis, nulle âme sensée n’ose plus s’aventurer dans les Crocs sans une véritable armée entraînée.

Lors de l’accession de la famille Aerann au trône de Felbourg en 315, les assauts des brigands des Crocs sur l’île d’Yr et les campagnes ceignant les montagnes diminuèrent en fréquence. Tous crurent alors que la victoire des descendants de Vindh allait apaiser les violents barbares. Ce ne fut malheureusement pas le cas. Certes, pendant quelques années, les raids cessèrent. Par contre, ceux-ci reprirent de plus bel au cours de la guerre des deux Couronnes. Visiblement, les politiques des Aerann n’étaient pas du goût des rebelles des Crocs.

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L’idéologie

Depuis l’avènement des Aerann à la tête de Felbourg, les rebelles des Crocs se sont considérablement repliés sur eux-mêmes. Auparavant, ceux-ci semblaient coordonner nombre de petits cercles criminels s’adonnant à des larcins dans la métropole. Selon les rumeurs, ces voleurs et malfrats envoyaient une part de leurs gains dans les montagnes des Crocs afin de nourrir la résistance. Par contre, quand Felbourg changea de mains, les rebelles coupèrent leurs liens avec la cité. Ils se contenteraient désormais de fortifier leurs retranchements ancestraux et de refuser toute soumission aux forces ébénoises.

L’ultime objectif des rebelles des Crocs serait l’indépendance de leur territoire originel, soit l’énorme bande de terre située entre l’Augivre, la Laurelanne et la mer Blanche. À plusieurs reprises dans le passé, des voyageurs imprudents auraient fait la rencontre de ces résistants et auraient eu la vie sauve en échange de la promesse de propagation du message politique des bandits. Selon ceux-ci, le système électif de notre principauté serait un affront à la primauté raciale du peuple du Vindh sur le continent. Non seulement le premier Roi était un étranger n’ayant aucun droit légitime sur le trône de la nation, mais la présence à l’ouest des descendants de Casteval, l’antique forteresse aux nobles maudits, serait une insulte inqualifiable. Renverser le prince et punir les Mérillons seraient ainsi leurs priorités.

Afin de maintenir la pression sur les « fourbes » de Felbourg et Gué-du-Roi ainsi que sur le prince lui-même, les brigands des Crocs lancent fréquemment des raids brutaux sur certaines propriétés peu défendues. Avec l’aide de probables espions infiltrés dans les armées locales, ils réussissent à frapper là où les forces officielles sont les plus faibles. Tel fut le cas de l’attaque du célestaire d’Yr de 314 lors de laquelle le premier lieu saint fut razzié et incendié sans pitié, heurtant la sensibilité de tous les pieux Célésiens du royaume. Frapper fort et frapper intelligemment ; ainsi semblent réfléchir les rebelles des Crocs.

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La guerre des deux Couronnes

De 315 à 317, les rebelles des Crocs se sont montrés relativement paisibles. Rapidement, on associa cette accalmie à l’arrivée au pouvoir de la famille Aerann à Felbourg et au renforcement des défenses des campagnes d’Yr. Par contre, en plein cœur de la guerre des deux Couronnes, les raids reprirent de plus bel. Tout d’abord sur les communautés de Verteau et de Havrebaie sur l’île princière, ensuite dans le comté de Rivelm à Laure. En 319, ces attaques atteignirent un point culminant lorsque la ville minière de Selbourg, en Felbourg, fut prise d’assaut. Possession la plus chère du comte Ulrich Aerann, successeur au trône du palatinat occidental, Selbourg était un symbole fort pour la famille régnante. Les razzias à son endroit visaient vraisemblablement à livrer un message aux nouveaux maître felbourgeois : leur collaboration avec les armées princières ne pouvaient être tolérée par les résistants du Vindh.

En 320, un rapport archivé au palais princier filtra auprès du grand public. Rédigé d’une main inconnue, celui-ci regorgeait d’informations stratégiques à propos des clans des Crocs : leurs localisations, leurs noms, leur nombre approximatif, leurs positions face à la Couronne d’Yr, etc. On découvrit alors l’existence de six clans établis de longue date dans les montagnes felbourgeoises :

  • Le Clan d’Ornigrich
  • Le Clan d’Enseilor
  • Le Clan d’Aryaan
  • Le Clan de Rusther
  • Le Clan de Bengt
  • Le Clan de Gordhelhar

Bien que peu populeux, ces rassemblements de guerriers maîtriseraient à la perfection leur environnement. Les sentiers, ravins, grottes et autres anfractuosités des Crocs seraient pour eux autant de fortifications naturelles leur donnant l’avantage sur d’éventuels agresseurs. C’est probablement pour cette raison que la Couronne d’Yr n’a guère daigné sacrifier ses soldats dans une invasion des Crocs pendant la guerre civile.

En 321, les rebelles n’ont jamais été aussi isolés. Privés de tout support ébénois et même Aerann –en supposant qu’ils en aient déjà reçu de leur part-, ils se sont repliés sur eux-mêmes afin d’honorer leurs traditions. Toutefois, comme s’ils étaient dirigés par une force nouvelle et un esprit rassembleur, ils mènent des assauts audacieux et victorieux sur leurs ennemis. Avec la fin de la guerre civile, les autorités du royaume pourraient bien tourner leur attention vers ces criminels afin de les éradiquer définitivement.