Les Marchands libres des Écores

[En résumé]

Ce que nous prônons, c’est la liberté individuelle. La liberté absolue, totale, engageante. La liberté de commercer comme la liberté de croire. Cette liberté qui nous oblige à faire des choix et à les assumer. Tout seigneur ou prince qui tente de briser cette loi élémentaire est un tyran. Et les tyrans n’ont qu’une seule destinée : mourir aux mains de ceux qu’ils ont osé contraindre.  
La Veuve rouge, capitaine des Marchands libres des Écores

Grandeur Nature l'Enclave

L’histoire

En l’an 22 de l’ère royale, l’Assemblée des Mérillons fut fondée par Horacio le Flamboyant, influent marchand et marin de Salvamer. Se targuant de respecter la volonté de ses camarades capitaines de navires, Horacio déclara ouvertement la guerre aux marchands renégats orientaux qui refusaient l’autorité de la nouvelle guilde. Parmi ces rebelles commerçants, certains luttèrent farouchement afin de défendre leurs droits acquis au fil des années tandis que d’autres décidèrent de voguer vers le Sud pour échapper à la règlementation des palatinats d’Avhor et de Salvamer. Au début de la quatrième décennie de notre époque, c’étaient une dizaine de caravelles qui jetaient ainsi l’ancre au large des côtes de Cassolmer afin de fuir les combats.

Le Perce-Neige, capitaine des Écores

La flotte de l’Assemblée des Mérillons tenta pendant plusieurs années d’écraser ces quelques rebelles à leur cause. Toutefois, les innombrables récifs mortels qui ponctuent la Vaste-Mer à proximité de Cassolmer offrirent à ces derniers une chance de survie et, surtout, une échappatoire au triste sort de leurs confrères du Nord. Au pied des falaises du palatinat défavorisé, les capitaines des boutres marchands s’emparèrent des écores naturelles formées par les vagues déferlantes de la Vaste-Mer et y établirent leurs quartiers généraux. Ne pouvant rivaliser avec l’influence commerciale des Mérillons, les capitaines rebelles décidèrent de faire fortune grâce aux affaires illicites et immorales. Après tout, jamais la demande en produits rares et illégaux n’allait cesser de croître et quelqu’un, en dehors des compagnies marchandes officielles, allait devoir satisfaire les besoins de la populace et des seigneurs.

Pendant près de deux siècles, ceux qui allaient devenir les Marchands libres des Écores gagnèrent lentement en importance et en moyens. La dizaine de navires devint une vingtaine, puis une cinquantaine. Chaque semaine de chaque saison, au moins une caravelle amarrait dans l’un des havres clandestins des falaises de Cassolmer pour y débarquer de précieuses cargaisons en provenance d’Ardaros, du Vinderrhin ou du Silud. Chaque mois, de nouveaux récits de batailles maritimes entre des combattants des Écores et des voyageurs des Mérillons étaient chantés dans les tavernes ébénoises. Inévitablement, l’influence de ces marins s’ancra profondément dans la culture du Sud-Est du royaume. Par de généreux dons en ducats aux paysans et pêcheurs, les receleurs s’assuraient que personne ne remette en question leurs activités ou ne dévoile les accès secrets menant à leurs quartiers généraux. En raison de cette puissance indéniable, ceux qui se disaient Marchands libres furent qualifiés par beaucoup de « contrebandiers » et de « pirates ».

Plus récemment, les Écores acquirent leurs lettres de noblesse en prenant le contrôle de la célèbre île de Corail à l’ouest du royaume. Point de ravitaillement obligé entre l’Ébène et la Ligue d’Ardaros, l’île de Corail offrit aux Marchands libres la possibilité de s’imposer par la force aux négociants ébénois. Afin de ménager la susceptibilité de ces marins, la noblesse et la bourgeoisie du royaume éliminèrent peu à peu l’expression « Contrebandiers des Écores » pour la remplacer par « Marchands libres des Écores ». Cependant, en 322, la nemesis des Écores, une organisation connue sous le nom de l’Ordre, conquit l’île de Corail et captura des capitaines contrebandiers. Suite à cette défaite, la situation des Écores est assez précaire sur la Vaste-Mer.

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L’idéologie

La liste des produits exotiques interdits par le trône d’Ébène à l’intérieur des frontières du royaume est plutôt courte et se résume à trois grands ensembles : les drogues, les poisons et les textes hérétiques. Pourtant, comme tout ce qui est voilé d’un mystère, ces simples objets sont recherchés par nombre d’Ébénois suffisamment nantis pour se les payer. Effectivement, la fabrication de ces biens illicites étant habituellement passible de mort, il est infiniment moins risqué de les importer des contrées étrangères par l’entremise de spécialistes. C’est de cette façon que les Marchands libres des Écores font entrer en nos terres, au grand dam des importateurs honnêtes et respectueux des lois comme la Marine des Mérillons, la Fleur-de-jade d’Ardaros, dont la fumée dégagée par l’embrasement de ses pétales séchés amène les adeptes dans un état d’exaltation euphorique, la Serre du Vautour, un poison létal extrait d’insectes du Silud, et les recueils théologiques de l’Arth, l’étrange spiritualité athée du Vinderrhin.

Le Paon, défunt capitaine des Écores

La conquête officielle de l’île de Corail en 317 altéra profondément les méthodes et objectifs des Marchands libres. Auparavant, ceux-ci se partageaient entre deux vocations relativement antagonistes : le commerce illicite d’une part, et la piraterie de l’autre. Rassemblés en un même conseil, ces capitaines des Écores tentaient difficilement de coexister. Toutefois, dans le processus de capture de l’île de Corail, les partisans de la piraterie violente –des dénommés Teoman’Ki et le Paon- disparurent ou perdirent la vie. Ce vide laissa toute la place aux adeptes de l’avenue commerciale menés par la Veuve rouge et le Perce-Neige. Ce changement de pouvoir permit de canaliser les énergies belliqueuses de certains capitaines afin de servir la cause du commerce déréglementé et de la liberté d’action. Avec la perte de l’île en 322, les Écores furent de nouveau confinés à leurs grottes cassolmeroises.

Si cette organisation a su survivre jusqu’à aujourd’hui, c’est essentiellement parce qu’elle semble maîtriser l’art des relations publiques. Par de généreux dons à la populace et de fines relations avec la petite bourgeoisie, elle s’assure le silence de ceux qui, dans le cas contraire, pourraient révéler des informations sensibles à propos de ses activités. Plus encore, son discours libertaire plait fabuleusement aux capitaines indépendants de la Vaste-Mer. Ainsi, en 321, moult puissants du royaume soutiennent ouvertement les Marchands libres malgré leur irrespect incessant de plusieurs lois ébénoises.

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La guerre des deux Couronnes

La mutation des Marchands libres des Écores a débuté en 315, bien avant le déclenchement de la guerre civile. Après avoir importé dans le royaume d’Ébène le fléau de la fleur-de-jade, l’organisation fut la cible de féroces représailles de la part de seigneurs ébénois. Une rapide escalade de la violence débuta et se solda par la déclaration d’une guerre totale entre les Écores et l’Ébène. Profitant des soulèvements des Désirants ébranlant le pays, les contrebandiers purent asséner de réels coups aux autorités.

En 316, après avoir perdu lors des affrontements quelques uns de ses capitaines militaires –tels le Paon et Teoman’Ki-, les Marchands libres jetèrent leur dévolu sur l’île de Corail accueillant la douane princière contrôlant le commerce ébéno-ardarosien. Suite à des efforts de recrutement gargantuesque, la flotte de l’organisation réussit à mettre à sac les défenses de l’île et à y installer définitivement ses combattants. Moins d’un mois plus tard, la guerre des deux Couronnes éclatait et réduisait à néant tout espoir de lever une armée suffisante pour reconquérir la douane orientale.

Rencontre des capitaines des Écores

La 317e année marqua la cessation officielle du conflit entre les Écores et la population de l’île de Corail. Dans un accord historique dont les termes demeurent inconnus, Ouranos de Corail, gouverneur du territoire, accepta les offres de la Veuve rouge et de ses associés et demanda officiellement à ses protégés de collaborer avec les occupants. À partir de ce moment, les Marchands libres consolidèrent leur réseau commercial et invitèrent les négociants ardaoriens à reprendre leurs activités sur la Vaste-Mer. À l’opposé des prérogatives initiales de la douane de Corail sous l’autorité princière, les Écores abolirent toute règlementation, taxe ou limitation concernant les produits transigeant par le point de ravitaillement. Toute cargaison, qu’elle soit légale ou non en Ébène ou Ardaros, pouvait désormais se rendre à destination. Évidemment, cela facilita grandement le quotidien d’une pléthore de capitaines indépendants désireux de faire fortune par tous les moyens disponibles. Cela se traduisit en un vent de sympathie généralisé envers les Marchands libres, ce qui leur évita le courroux des forces de l’ordre malgré leurs activités illégales.

En 320 toutefois, la Marine des Mérillons nouvellement constituée tenta un assaut coordonné sur les routes commerciales de la Vaste-Mer. Les Mérillons honorant les lois princières et payant leurs taxes tel qu’attendu par le souverain, ils ne pouvaient faire compétition aux libertaires des Écores. En juin, la compagnie rassembla donc près d’une trentaine de galions et tenta de procéder à un blocus infranchissable afin d’isoler et étouffer leurs ennemis retranchés sur l’île de Corail. C’est à ce moment que se démarqua le bras armé des Écores. Menée par le Perce-Neige, l’Arsenal et le Feu, une contre-attaque audacieuse utilisant une dizaine de brûlots parvînt à disperser l’armada Mérillon. Par la suite, les capitaines libres firent ce qu’ils font de mieux sur mer : séparer les navires ennemis, neutraliser leurs équipages et les capturer. Cette bataille se retourna donc finalement contre la Marine qui se vit subtiliser plus d’une dizaine de galions et en perdit par les flammes une demi-douzaine.

En 321, les Marchands libres des Écores se divisaient en trois factions d’influence. Celles-ci ne se livraient pas de guerre ouverte entre elles et collaborent fréquemment, mais elles détenaient des intérêts bien distincts les unes des autres. Chaque capitaine s’affuble d’un nom de son propre choix :

  • Les receleurs: Suivant les traces de la Veuve rouge, les receleurs s’adonnent au commerce souterrain sur le continent. Maisons closes, vente de produits illicites, investissements privés et autres services à la moralité discutable sont leur apanage. Le Beffroi, la Buse et Safran sont aussi de ce groupe établi dans les quartiers généraux des Écores, sur la côte cassolmeroise.
  • Le bras armé: Sous la guidance modérée du Perce-Neige, le bras armé des Écores veille à sécuriser l’environnement dans lequel oeuvrent les collaborateurs de l’organisation. Ils s’assureront, par exemple, de sillonner les eaux de la Vaste-Mer et de la mer blanche, à faire payer ceux qui osent s’attaquer aux leurs et à protéger la liberté des leurs associés. Le Feu et le Sage, sous les ordres du Perce-Neige, sont les deux visages de cette armée. Si le Sage est posé et persuasif, le Feu est destructeur et presque incontrôlable. Ces capitaines sont installés sur l’île de Corail, mais aussi en d’autres lieux inconnus du grand public.
  • Les diplomates : La Chasseuse et le Corail sont en charge du maintien de l’île de Corail. En accord avec sa population, les Marchands libres des Écores assurent la prospérité de leur possession de la Vaste-Mer et veillent à ce que le commerce qui transige par l’île profite à ses habitants. Ce point de ravitaillement étant au cœur de toute la stratégie des Écores dans son contrôle des mers de l’est, il est essentiel de veiller à sa stabilité.

La réputation des Écores est certes moins entachée qu’elle ne l’était par le passé, mais leur statut ne fait pas encore l’unanimité. Certains salueront le flegme avec lequel ces marchands libres accomplissent leurs affaires et considéreront leurs activités comme un moindre mal au sein du royaume. D’autres, surtout dans l’est du pays et au sein de la Marine des Mérillons, refuseront tout commerce avec ces individus et s’acharneront à mettre en échec leurs ambitions.