L’Académie Rozella

[En résumé]

Le Sang’Noir n’a pas que décimé des milliers des nôtres ; il a aussi cruellement effacé la mémoire de ceux qui nous ont précédés. Le royaume d’Ébène fut érigé sur des fondations inconnues dissimulant une instabilité troublante. Tant que le récit de nos origines nous échappera, nous ne saurons trouver un semblant de paix en nos existences.
Enrico Forni, Maître académicien de l’Académie Rozella

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Les origines

Rozella

Armoiries de Rozella

L’Académie Rozella naquit du rêve de Detterio Rozella, brillant Salvamerois qui vécut des années 128 à 184 de l’ère royale et qui occupa le poste de haut conseiller pour la famille Acciaro. Avant l’arrivée de Rozella, l’éducation et la recherche dans les palatinats côtiers orientaux dépendaient du bon vouloir de chaque famille noble. Dans la plupart des maisonnées détenant une richesse suffisante, un précepteur et un archiviste veillaient à la conservation et à la transmission des registres familiaux en partenariat avec les beffrois célésiens, assurant par ces faits la préservation des savoirs passés et présents. Or, il suffisait d’un seul aristocrate au tempérament bouillonnant ou d’un vulgaire incendie pour que les efforts de générations d’érudits soient réduits à néant.

Dès que Detterio Rozella accéda aux officines privées des Acciaro de Salvar en 162, il s’appropria le devoir de mémoire des sages du palatinat. Rozella avait lui-même travaillé en tant que scribe d’un baron de l’Ouest de Salvamer pendant plusieurs années et avait une haute estime des prouesses de nos ancêtres. Après tout, comment ne pas admirer ceux qui, par des techniques désormais disparues, creusèrent et consolidèrent les impressionnants tunnels sous-marins servant de fondations à la glorieuse cité de Salvar? Comment ne pas rester bouche bée devant la Voie des géants, cette large route pavée sinuant à travers les Monts Namori? Ces secrets oubliés, afin de refaire surface, nécessitaient une concertation des énergies académiques, une alliance entre les divers esprits savants du territoire.

En dépit des efforts de la congrégation du Haut Pilier qui tenta de discréditer le projet de Rozella afin de conserver sa mainmise sur les archives populaires de Salvamer, Detterio récolta les appuis d’une cinquantaine d’érudits du palatinat. Lors d’un sommet historique qui se tint en 165, ces dizaines de savants s’accordèrent pour transcrire les documents qu’ils détenaient afin d’en déposer une copie dans les archives de Salvar. Le projet, en raison de la somme colossale de temps de transcription qu’il exigeait, s’échelonna sur près d’une décennie. Néanmoins, en 174, les archives de Salvar regorgeaient de manuscrits relatant autant la généalogie des anciennes familles que des contes et poèmes du petit peuple.

L’académie Rozella vit véritablement le jour en 179 quand Detterio accepta -en échange d’une contribution financière- d’ouvrir les portes des archives à des maîtres et précepteurs de confiance. Graduellement, les voûtes furent agrémentées de dortoirs, de salles de classe, de réfectoires et d’autres commodités permettant une vie académique normale. Avec la permission princière, Detterio prit officiellement le titre de maître académicien et se voua jusqu’à sa mort à faire prospérer la nouvelle académie. Aujourd’hui, c’est Enrico Forni, un vigoureux marin ayant servi pendant moult années à bord de caravelles de l’Assemblée des Mérillons, qui assure la gestion de l’institution salvameroise.

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Spécialités et particularités

L’académie Rozella a pour principal objectif de faire la lumière sur les énigmes du passé. Comment fut construite Salvar? Pourquoi furent posées les dalles de la Voie des géants? D’où nous viennent les techniques navales des Mérillons? Le peuple du royaume d’Ébène est présentement le locataire d’anciens vestiges dont il ignore tout. Qu’adviendrait-il si un cataclysme engloutissait l’Est de notre contrée? Saurions-nous reconstruire ce qui aurait été perdu? Ce sont ces préoccupations fondamentales qui hantent les cauchemars des érudits de Rozella et qui les poussent à déployer une pléthore de moyens pour en arriver à leurs fins.

Rhéa de Corail, ancienne académicienne de Rozella

Parmi ces méthodes visant à regarnir ses coffres, l’académie entretient des liens étroits avec nombre d’aristocrates du royaume. Ces derniers, souvent aux prises avec des querelles de successions, font appel aux archivistes pour retrouver -ou créer, diront les mauvaises langues- des revendications appuyant leurs prétentions politiques. Lorsque la paix du prince est bien ancrée au sein de nos frontières et que l’autorité du suzerain suprême n’est pas contestée, un simple traité ancestral ressorti d’une obscure bibliothèque peut avoir plus de force qu’une légion d’hommes en armes. Par ce travail pointilleux, les membres de l’académie Rozella s’assurent la collaboration des puissants de nos terres.

Comme nous pouvons nous en douter, l’efficacité des recherches de l’institution de Salvar repose essentiellement sur la quantité et la diversité de manuscrits qu’elle détient. Afin d’accroître la richesse de ses archives, l’académie a conclu un pacte avec le port de la capitale salvameroise. En échange d’un financement continu des infrastructures portuaires, les douaniers exigent de chaque navire visiteur -qu’il soit marchand ou non- le droit de copier au moins un recueil à leur bord. La copie de ce tome est par la suite remise aux autorités de Rozella qui l’ajouteront à leurs bibliothèques. Par ce partenariat unique, l’académie s’assure un flot continu de nouveaux documents dans ses voûtes.

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La guerre des deux Couronnes

L’académie Rozella est demeurée discrète lors de la guerre civile. N’ayant aucun parti pris dans le conflit en cours, ses érudits prirent leurs distances par rapport aux sphères politiques et s’adonnèrent à des recherches spécialisées et généalogiques de faible impact sur la crise. Lors des années précédentes, certaines rumeurs persistantes dans les milieux académiques suggéraient que certains membres de Rozella poursuivaient des fouilles archéologiques suspectes dans des régions sensibles du royaume, voire même sur des îles perdues de la Vaste-Mer. De mauvaises langues en vinrent même à suggérer que des découvertes majeures avaient été réalisées au sujet des races fondatrices et du peuple des Mérillons. Toutefois, jamais ces histoires ne reçurent confirmation et, au fil du temps, on en vînt à oublier ces mystérieux sites d’excavation inconnus.

Balzème Desfontes, gardien du Pacte du vin déchu

Cela dit, l’arrestation de Balzème Desfontes, gardien du pacte du vin au palais d’Yr, en 316 jeta une douche froide sur l’institution. Le procès du chef du Verbe –organisation criminelle vouée au Céleste- révéla au grand public la longue tradition d’endoctrinement fanatique persistant à Rozella. Sous les enseignements d’Alberto Zecci, un éminent professeur spécialisé en études religieuses, Desfontes avait été formé au sein de l’académie à adopter une vision étriquée de la Foi. Même si l’ancien gardien du pacte du vin est désormais en résidence surveillée à Pyrae et que le maître Zecci est décédé, les enquêtes entourant le Verbe semèrent en l’esprit des Ébénois l’idée selon laquelle Rozella était gangrenée par un courant de zélotes dangereux.

En 321, après une longue période de léthargie écoulée à reconstruire sa réputation auprès de la haute noblesse ébénoise, Rozella fut interpellée par la Couronne d’Yr pour une mission toute particulière. La guerre des deux Couronnes étant terminée, le prince Élémas IV se donna pour objectif de renouveler l’aristocratie du royaume. Plusieurs des barons et comtes de la nation ayant trouvé la mort ou s’étant vus destitués lors des cinq années d’affrontement, le souverain souhaitait raffermir son autorité sur le royaume. Il invita donc dans la capitale une cohorte de généalogistes de l’académie afin de le supporter dans le travail de recensement et de confirmation de la noblesse ébénoise. D’apparence banale, cette responsabilité accordait en réalité un pouvoir inouï à Rozella. Effectivement, tout individu ne confirmant pas son statut auprès de la Couronne d’Yr étant dépossédé de ses titres, les érudits étaient littéralement les artisans du renouveau ébénois.