L’Académie du Zanaïr

[En résumé]

Les océans, les montagnes, les déserts…toute Nature n’est que le pâle reflet d’une réalité dissimulée au regard de l’ignorant, qu’une ombre laissant deviner la lumineuse vérité. Comment en sommes-nous venus à oublier l’essence de notre monde? Pourquoi avons-nous écouté et cru les falsificateurs qui louangeaient l’illusion? Détournez vos yeux des apparences factices, contemplez les énergies qui composent cette existence!
Volinia Varos, maître académicienne de l’Académie du Zanaïr

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Les origines

Zanair

Armoiries du Zanaïr

Pour toute idéologie dominante, un contre-courant se fait entendre. Aux érudits souvent partenaires des grandes familles nobles et des richissimes bourgeois, quelques mystiques opposent une voix dissonante et agaçante. Depuis bien avant le Sang’Noir, l’antique tradition du Zanaïr subsiste dans les régions de Corrèse, de Pyrae, du Sarrenhor et du Val-de-Ciel. C’est en l’an 90 que le prince en place, Orcidias II, officialisa le statut d’académie de l’ordre du Zanaïr. Le suzerain, passionné par les contes et légendes corrésiennes, avait pour conseillers personnels des mystiques plongés dans les arts divinatoires qui, pour d’obscurs services rendus, réussirent à obtenir de leur maître la reconnaissance de leur institution.

Les origines du terme « Zanaïr » sont fort contestées. Pour quelques sages du Sarrenhor, il s’agirait d’une ancestrale expression des premiers Enfants d’Arianne renvoyant aux mystères naissant de l’union du vent et des cieux. Pour des érudits de Pyrae, ce serait le nom d’un mage ardarosien ayant impressionné nos ancêtres ébénois par ses prouesses magiques. Enfin, pour plusieurs autres spécialistes des dialectes étrangers, le Zanaïr serait un concept métaphysique hérité des voyageurs du Firmor, peuple occupant les terres perdues au sud des monts Namori. Ultimement, toutes ces interprétations se recoupent sur la nature mystérieuse de notre monde et sur la recherche des incantations oubliées.

Bien qu’ils se réunissent habituellement en cercles secrets d’initiés dans la plupart des palatinats du Sud et de l’Est du royaume, la plupart des membres officiels de l’académie du Zanaïr résident dans le comté de Haute Tour, à Corrèse. Effectivement, hors des murs de la cité, à proximité de la forêt d’Ébène, les éminences grises de l’ordre habitent depuis des siècles un avant-poste fortifié où peu de visiteurs osent s’aventurer. Les rumeurs suggèrent qu’entre ces murs, l’actuelle maîtresse académicienne de l’organisation, Volinia Varos, mènerait des recherches sur les énergies fondamentales de Célès et inciterait ses subordonnés à consommer herbes et encens pour libérer leurs esprits des vérités qui y sont enfouies. Cela dit, puisque les adeptes du Zanaïr ne causent aucun trouble social remarquable par leurs activités discrètes mais suspectes, les seigneurs préfèrent détourner leur attention de ces derniers et les laisser vaquer à leurs occupations.

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Spécialités et particularités

Ce que les érudits du Zanaïr appellent « Sagesse » est hautement controversé dans les communautés savantes ébénoises. Effectivement, la Sagesse n’est ni une science au sens théorique ni une technique au sens pratique. Il s’agit plutôt d’une intuition inexplicable du substrat de l’existence. Celui qui accédera à la Sagesse saura en déduire des formules, des incantations et des gesticulations qui, selon leurs pratiquants, auront un effet sur la matière et l’esprit. En termes plus simples, les adeptes du Zanaïr se prétendent magiciens et sorciers. Bien sûr, jamais ils ne l’avoueront en ces mots -la magie étant une impureté enrayée par le Céleste lors de l’Illumination-, mais leurs ambitions se résument grossièrement à redécouvrir la sorcellerie perdue des premières races. Dès lors, tous les indices suggérant la survivance de vestiges mystiques quelque part dans le royaume sont immédiatement récupérés par les représentants du Zanaïr qui les rapatrient en leurs quartiers centraux près de Porte-Chêne.

Depuis le Sang’Noir et la Longue Année, aucune preuve ne laisse penser que le Zanaïr aurait réussi à réanimer les arts obscurs du Foisonnement. Toutefois, certains de leurs spécialistes rôdent dans les corridors des maisons nobles les plus influentes. Parmi ceux-ci, leurs alchimistes détiennent et protègent jalousement les énigmes de la fabrication de potions. Bien sûr, des amateurs tenteront toujours d’imiter les effets de ces mixtures ou d’utiliser sans connaissance préalable ces dernières, mais cela n’aura jamais le résultat escompté ; si le philtre factice ne cause pas la mort de celui qui le consomme, il restera simplement sans effet. Seuls les alchimistes formés par le Zanaïr parviennent à altérer par les précieux liquides le comportement des individus, les forçant parfois à proférer les pires mensonges, parfois à sombrer dans une léthargie de longue durée. C’est là l’une des raisons pourquoi les hauts nobles de l’Ébène se refusent toujours à sanctionner ces mystiques pour leurs recherches blasphématoires.

Ferval, Sage du Zanaïr et ancien conseiller du prince Élémas IV

Les plus mystérieux experts de l’académie sont cependant les astrologues, les devins des éléments. En temps normal, ceux-ci divertissent les cours du royaume en interprétant les présages de la vie quotidienne afin de souffler à l’oreille des badauds quelques visions de leur avenir. Ces prétentions plus cocasses qu’exactes ne bernent que les dames en manque de scandale et les autres aristocrates aux loisirs trop nombreux. Pourtant, il est arrivé au fil des siècles que des astrologues prédisent des cataclysmes naturels imminents, permettant ainsi à leur seigneur de leur échapper, voire même d’en tirer profit. Comment ces inquiétants personnages réussissent-ils à deviner ces malheurs futurs? Aucun non-initié ne pourrait prétendre détenir la réponse à cette question.

Finalement, fait important à noter, tout membre du Zanaïr se doit, dès son intégration à l’académie, de revêtir le voile de la Sagesse. Dissimulant le visage des adeptes de l’ordre, ce voile représente symboliquement l’abandon de l’ego et de la personnalité individuelle devant les mystères ineffables de la vérité intrinsèque à ce monde. La couleur du voile détermine le rang occupé par le membre en question. Si les plus humbles sages arboreront un tissu noir, leurs supérieurs en revêtiront un bleu. Enfin, le grand sage de l’académie, figure d’autorité suprême de l’organisation, portera l’unique voile mauve. Omettre de se couvrir ainsi le visage revient, selon ces savants, à soumettre l’absolue Sagesse à ses prérogatives personnelles, ce qui peut entraîner l’opprobre général.

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La guerre des deux Couronnes

À l’image de leurs innombrables prédécesseurs des temps anciens, les sages du Zanaïr sont officiellement demeurés hors de la guerre civile. Selon Volinia Varos, maitresse de la Tour de l’ordre ancestral, les affaires politiques ou économiques ne sont des illusions du Voile aveuglant l’érudit dans sa quête de vérité. Bien sûr, les alchimistes et astrologues de l’académie poursuivirent leur œuvre auprès des seigneurs auxquels ils s’étaient antérieurement associés, mais ils n’entreprirent aucune initiative susceptible de rompre avec leur neutralité traditionnelle.

Drissia Nazem, défunte Sage du Zanaïr

Pendant les cinq années que dura la guerre des deux Couronnes, certains des sages du Zanaïr se démarquèrent dans leurs domaines respectifs. La plus célèbre de ces savants fut Drissia Nazem, décédée quelques semaines avant le déclenchement du conflit sur une plage pyriste lors d’un rituel mystérieux. À l’issue d’une cérémonie publique rompant avec la discrétion habituelle de l’académie, dame Nazem fut victime d’une explosion retentissante. Jamais son corps ne fut retrouvé, de même que les barils, relique et autres outils rituels manipulés. Seule persista sur la plage une large pierre orangée aménagée en cet emplacement en guise autel. À la surprise de tous, nul ne fut en mesure de soulever, de déplacer ou d’entailler la roche. Bien qu’elle semblait déposée sur le sable fin, elle s’avéra immuable et inaltérable. Au cours des années qui suivirent, la légende de cette pierre se propagea dans le royaume. Ce que les superstitieux surnommèrent la « Pierre de la Mère » en raison de l’amour ineffable de Drissia Nazem pour sa progéniture devînt une halte de pèlerinage. Depuis, on raconte que les mères se recueillant en ce lieu mystique verraient leurs souhaits exaucés lorsqu’elles en sont dignes.

Pendant ce temps, à Corrèse, l’une des branches initiatique du Zanaïr, le Lux Scilicet, travailla d’arrache-pied à redorer son blason. En 314, la réputation du lieu de savoir fondé par Konstantin Kardayac avait été gravement atteinte lorsque le fondateur et sa famille avaient été déclarés coupables par la palatine Paurroi d’avoir déterré de sombres secrets de la forêt d’Ébène et d’avoir succombé à l’influence des ténèbres de l’Enchaîné. Pendant des mois, le Lux Scilicet fut boudé par les savants du royaume. Par contre, en 317, à l’initiative d’Alix Franciel et de Sacha Kardayac, dernière Kardayac vivante non-répudiée par les autorités corrésiennes, des recherches appliquées sur l’herboristerie et la médecine furent entreprises dans les bibliothèques de l’organisation. En quelques années, les serres Franciel –caractérisées par leurs toiles et poutres mauves- se développèrent sur des fiefs de Corrèse, Val-de-Ciel, Avhor, Pyrae et Felbourg. De celles-ci émergèrent des cultures de plantes exotiques telle que celle de la glacine, une rarissime fleur rapportée du Vinderrhin en 315. C’est ce même végétal qui permit la fabrication du désormais célèbre baume chauffant Franciel, dont l’exclusivité est réservée à la Guilde franche d’Ébène. Une part importante des autres récoltes tirées dans ces serres servit à l’étude des arts médicinaux coordonnés par Sacha Kardayac. Après la fusion de son Centre de recherche de Porte-Chêne au Lux Scilicet, dame Kardayac, lorsqu’elle n’était pas en voyage d’étude au Vinderrhin, accueillit plusieurs cohortes d’étudiants qui aujourd’hui veillent à la santé de centaines d’Ébénois.

En 322, rien ne semble pouvoir affecter le Zanaïr. Sa Tour s’élève paisiblement au-dessus des forêts corrésiennes, imperturbable et immuable, recelant une puissance imperceptible aux yeux des mortels.