La Vierge et l’Écu

Poème en l’honneur de sieur Wenceslas des Plaines

Le coeur du royaume est une steppe de liberté,
Loin de l’âme troublée des cités malmenées,
C’est l’Orrhindas qui forge la bravoure du chevalier,
Où le chevaucheur acquière son esprit aiguisé.

Oyez oyez la plainte du chevaucheur!
Son bras vif dérobe la vie des sans honneur,
Mais son cri de guerre n’est que longue clameur,
Et son âme déverse un torrent infini de pleurs.

D’errance étaient ses jours et ses nuits,
Chevauchant sans passé derrière lui,
Toujours en quête d’une gloire inouïe,
Le jeune cavalier ne pouvait s’imaginer d’amour transi.

Or, en surprise se fond parfois ce destin sournois,
À la cour d’un seigneur du chêne il s’échoua,
À sa vue il s’emplit de passion et d’effroi,
Devant cette flamme ardente du nom de Miluska,

Dans ses yeux miroitant les canopées d’Ébène,
Le Chevaucheur errant refléta ses peines,
Dans ses cheveux cascadant le jais des reines,
Le jeune fougueux se noya dans une passion malsaine.

Courtois fut cet amour éphémère,
Et entre les deux corps reposait l’épée du père,
Toujours plus la Vierge et l’Amoureux se firent amers,
Et le bouton d’amour laissa naître la fleur colère.

Seul devant le seigneur paternel et sa cour,
En l’absence de son aimée et sans détour,
Il proclama sans honte son éternel amour,
Puis comme seul supplique demanda sa main en retour.

“Nul gueux n’honnira le joyau du chêne!” scanda une voix,
“Par ma lame pliera ce sans-terre!” poursuivit le malfrat,
Sur l’ennemi inattendu le regard du Chevaucheur se posa,
Et de la vue d’un chevalier au visage dissimulé il s’étonna.

Les yeux livides par dizaines se posèrent sur le seigneur-père,
Qui après une éternité de pensées premières,
Trancha le silence par une unique parole austère :
“Combattez, c’est par l’épée que vous gagnerez la vierge si fière.

“Et puisse le vaincu conserver cette relique mon écu!”, ajouta le chevalier inconnu,
“Au Témoin Galvin il a appartenu, en symbole d’opprobre il sera perçu!
Derrière la croix d’or et les trois roses menues,
Le faible se lamentera de l’azur du pavois tenu.”

Saisissant son heaume et sa lame, le Chevaucheur errant s’élança,
Acceptant avec bravoure ce duel sans embarras,
Sans surprise le provoquant se dressa,
Afin de répliquer fermement par son bras.

Rompant le silence les glaives s’entrechoquèrent,
Estocs et taillades les prétendants s’échangèrent,
L’un masqué, l’autre dévoilé, ils labourèrent leurs chairs,
De sorte que de maigres instants suffirent à rougir le fer.

Dans la cuisse du Chevaucheur vint enfin se planter l’acier,
En un hurlement l’amoureux s’écroula désespéré,
Le regard bas d’une vie soudainement altérée,
Il gisait aux pieds du chevalier au visage d’un heaume voilé.

“Le Céleste a départi le Fort du Faible, déclama le régent,
“L’Inconnu mariera la Fille, le Défait portera l’écu mortifiant”,
Ainsi s’éteignit le Chevaucheur errant,
Et de son corps meurtrit naquit l’Amant des Quatre Vents.

Sans un regard sans une larme,
L’Amant déchu s’empara de l’écu d’arme,
Quitta sans mot le palais et ses charmes,
Sans même contempler de nouveau Miluska sa flamme.

Tel est le récit de l’Amant des Quatre Vents,
Qui depuis chevauche d’Orient en Occident,
Se drape du souvenir d’un amour d’antan,
Et porte le saint écu de honte resplendissant.