La république fantôme du Firmor

[En résumé]

Pourquoi les étrangers sont-ils toujours aussi acharnés à vouloir percer nos secrets? L’inconnu est-il à ce point attrayant qu’ils en perdent tout sens primaire de survie? Ne savent-ils pas que la Mort rôde en ces terres et que le voile de mystère qui la drape n’est qu’un appât pour les abrutis? Personne ne doit fouler le sol du Firmor ; tel est l’unique commandement hérité des victimes du fléau.
Herasthès, marchand de Laganas

Grandeur Nature l'Enclave

Le peuple

Que peut-on écrire à propos de la république fantôme du Firmor hormis qu’elle semble abriter tous les cauchemars de Célès? S’étendant au-delà des monts Namori au sud, le Firmor n’est l’objet d’aucune exploration, d’aucune ambassade et d’aucun commerce. L’aventurier téméraire souhaitant franchir les frontières de cette défunte république devront tout d’abord braver les gargantuesques Gorgias, série de ravins et de falaises séparant le Val-de-Ciel de son voisin austral. Cet obstacle naturel ne fut jamais définitivement dompté par les Ébénois, la construction de ponts en ces lieux étant jusqu’à tout récemment inconcevable. Dès lors, nul convoi marchand traditionnel ne saurait traverser les Gorgias sans heurt.

Néanmoins, l’explorateur obstiné acceptant de voyager légèrement atteindra éventuellement l’extrême limite du territoire firmori. D’épaisses forêts d’arbres anciens ou morts l’accueilleront alors, remplaçant les vaux verdoyants ou enneigés du Val-de-Ciel. Enfoncées dans les flancs escarpés des montagnes, trop haut pour que le commun des mortels ne puisse s’en emparer, des pyrites surveillent les intrus. Nous ignorons toujours pourquoi les Firmori incrustèrent dans les façades de roc des centaines de ces pierres dorées, mais leur apparition est synonyme de l’arrivée sur les terres de la république. Habituellement, la suite du voyage se déclinera de deux façons. Pour la majorité des Ébénois, une longue errance dans les forêts silencieuses et terrifiantes débutera. Même pour l’aventurier expérimenté, le nord se fera sud, l’est deviendra ouest et les points de repères sembleront de mouvoir. Après des jours et des nuits de peur sourde, ils rebrousseront chemin et regagneront la quiétude de leurs chaumières dans l’Ébène. Cependant, pour quelques rares élus, une rencontre se produira. Des sentinelles firmori les intercepteront et les inviteront avec fermeté à interrompre leur marche. Imberbes, chauves et d’une blancheur cadavérique, ces gardes-frontières ressasseront les mêmes propos cryptiques à tous les étrangers : « Quittez sur le champ. Ne savez-vous pas que la Mort rôde en ces terres? ».

Effectivement, bien avant le Sang’Noir, la république du Firmor aurait été happée par un fléau innommable et mystérieux. Celui-ci aurait profondément altéré ce peuple qui, depuis, vivrait dans l’ombre des malheureux qui y succombèrent. Nous ignorons tout de l’identité des seigneurs gouvernant ces contrées, mais les rumeurs des voyageurs soutiennent que la populace répondrait aux ordres d’influents mystiques se qualifiant de « nécromanciens ». Ces nécromanciens sauraient tendre l’oreille aux esprits des défunts et des ancêtres, ce qui leur accorderait une sagesse inouïe. Plus encore, des récits saugrenus suggèrent que ces individus seraient immortels  et dotés d’une obscure capacité à dompter la mort. Nul dieu ne prévaudrait donc chez les Firmori ; seules les âmes des trépassés seraient dignes de respect. Évidemment, l’isolement du Firmor ne nous aide aucunement à faire la part du vrai et du faux dans ces histoires farfelues. Tout ce que nous pouvons conseiller aux Ébénois, c’est d’éviter soigneusement les pérégrinations chez cet hérétique voisin.

Grandeur Nature l'Enclave

Les relations

Tel que précisé ci-dessus, les relations entre l’Ébène et le Firmor sont pratiquement inexistantes. Aucun Firmori ne fut aperçu dans le royaume depuis des décennies et tout Ébénois foulant le sol de la république australe se voit obligé de rebrousser chemin. Une seule agglomération fait exception à cette règle.

Effectivement, sur les berges de la Mer des Âmes, au sud de la Vaste-Mer, le port marchand de Laganas accueille toujours les étrangers courageux. En ce lieu de commerce, les négociants osant s’aventurer sur les eaux firmori peuvent échanger leurs cargaisons contre des produits propres à la république fantôme : bois d’aiguillon, opales, laines légères, etc. Cependant, personne n’est autorisé à dépasser les limites du hameau. Depuis plusieurs années, un dénommé Hérasthès veille à la coordination des affaires commerciales de Laganas, accueille les visiteurs et somme les passants trop insistants de quitter lorsque leurs affaires sont conclues. Les quelques centaines d’habitants de la ville portuaire, quant à eux, se montrent avares de renseignements, voire hostiles envers ceux qui s’acharnent à les questionner.

Néanmoins, en 321, le comte de l’Ascension, au Val-de-Ciel, rapporta au seigneur de Haut-Dôme que des cohortes mystérieuses avaient été aperçues en bordure de son territoire, au sud. Après investigations, celles-ci s’avérèrent provenir du Firmor. Pour une raison obscure, les Firmori avaient entrepris de reconstruire le pont des Gorgias, abandonné en 314 par les Ébénois suite à moult attentats destructeurs. En quelques mois, les étrangers réussirent à créer un lien terrestre entre leur propre nation et les montagnes valéciennes. Par contre, lorsque les premiers marchands ébénois, attirés par l’appât du gain, tentèrent de franchir ce pont afin de mener leurs affaires chez le voisin du sud, ils furent froidement renvoyés d’où ils venaient. Pendant plus d’une année, les Ébénois tentèrent de communiquer avec les armées firmoris, mais celles-ci restèrent muettes et immobiles. Alors que tous s’attendaient à une invasion surprise, un événement mystérieux survint : sans crier gare, les légions étrangères se volatilisèrent à l’été 322. Depuis, les sujets du royaume tentent de comprendre ces comportements erratiques.