La Marine des Mérillons

[En résumé]

Les Ardarosiens honorent un dieu cruel et mystérieux, les enfants du Vinderrhin naissent de la neige et Firmor fourmille d’âmes en peine. Or, que représentent ces quelques différences par rapport aux merveilles que recèlent leurs ports? Le Céleste ne voudrait-il pas que nous goûtions les nectars de l’Orient? Que nous éprouvions les soies de l’extrême Sud? Délaissons nos préjugés et embrassons les charmes de Célès!
Shala Omhenaï, quarante-troisième Grande amirale de l’Assemblée des Mérillons

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Les origines

La traversée des deux mers ceignant le royaume d’Ébène fut de tout temps un défi pour les navigateurs. Le succès d’une telle entreprise découle autant de l’expérience des marins, de la robustesse des navires et de la faveur des courants océaniques. De tous les capitaines ébénois, ce sont les descendants des Mérillons –Avhorois et Salvamerois- qui ont su le mieux dompter les dangers du large. Avant le Sang’Noir, nombre des marchands négociant avec l’étranger revêtaient la cape de pirates et de flibustier pillant autant les cales des boutres ardarosiens que les entrepôts côtiers des baronnets de Salvamer. Par leur intermédiaire, des produits exotiques faisaient leur entrée sur le marché ébénois et se frayaient un chemin jusqu’aux plus nobles cours des landes ; la piraterie était la condition nécessaire au luxe des aristocrates.

Toutefois, quand le Roi entreprit de structurer le royaume autour des seigneurs-palatins et de la cité d’Yr, il devint périlleux pour les bandits des mers de poursuivre leurs activités illicites. Afin de sceller le sort de ces criminels, Vittario Acciaro, seigneur-palatin de Salvamer de l’an 18 à 36, embaucha officiellement à la vingt-et-unième année de notre ère l’un des capitaines pillards sévissant sur la Vaste-Mer afin de combattre ses semblables. Le flibustier Horacio le Flamboyant, tel qu’il aimait se faire appeler, s’empara des ducats des Acciaro et convoqua à Pyrae –archipel neutre- une assemblée des capitaines de l’Est. À force de tractations et de pots-de-vin, il persuada ses homologues de s’unir en une seule coalition apte à monopoliser légalement le commerce extérieur du royaume d’Ébène. Bien sûr, une poignée de criminels résistèrent à la formation de cette nouvelle alliance, mais ils furent promptement écrasés par les forces coordonnées de la nouvelle puissance commerciale. Horacio le Flamboyant fondait ainsi en l’an 22 l’Assemblée des Mérillons.

La croissance fulgurante de la guilde marchande contribua au maintien de l’ordre fragile qui la soutenait. Effectivement, habitués à la liberté du marin et à la frénésie des pillages, plusieurs capitaines de l’Assemblée poursuivirent clandestinement leurs opérations illégales afin de maximiser leurs profits. Cependant, les attraits de la criminalité s’estompèrent rapidement lorsqu’ils constatèrent qu’ils pouvaient –à bien moindres risques- réaliser des profits faramineux en revendant à hauts prix les produits rares acquis dans les marchés ardarosiens. Les dangers inhérents au pillage ne pouvaient que s’évanouir devant les promesses d’un monopole commercial. Nul ne pouvait traverser les mers comme le faisaient les Mérillons de l’Assemblée et nul n’était en mesure de leur faire compétition en ce domaine. L’intégration de Pyrae au royaume d’Ébène en l’an 105 ne fit que consolider le pouvoir de la guilde à l’Est, l’archipel lui servant désormais de fenêtre sur les richesses d’Ardaros.

Delfina Casielli, vice-amirale salvameroise

En 319, suite à la montrée fulgurante en puissance de la Guilde franche d’Ébène, l’Assemblée des Mérillons perdit peu à peu de son influence au sein des marchés ébénois. La plupart de ses ports d’attache orientaux subissant la menace d’une invasion maritime par les forces princières et les eaux de la Vaste-Mer grouillant de pirates et de contrebandiers, la flotte marchande ne pouvait plus rentabiliser ses activités. Pour cette raison, elle se tourna vers la Marine de Carrassin d’Avhor. Regroupement commercial de type maritime et côtier officiellement fondé par Alvaro de Trenquiavelli et Bartholomeo Souard en 314, la Marine de Carrassin semblait être un partenaire d’affaires tout indiqué pour les Mérillons.

L’entreprise maritime, installée dans le palatinat d’Avhor, visait d’abord et avant tout le développement et la protection des réseaux maritimes de la Vaste-Mer et de la mer blanche et l’acheminement sécuritaire, efficace et légal des ressources sur le continent. De plus, de par son fondateur, l’ancien comte de Trenquiavelli, également surnommé le Carrassin d’Or, la compagnie était déjà en alliance directe avec l’Assemblée des Mérillons avec qui elle partageait des objectifs communs.

Ainsi, en 319, Shala Omhenaï, la Grande amirale de l’Assemblée des Mérillons, rencontra ses homologues de Carrassin. À l’issue de cette réunion, l’ensemble des intervenants durent se rendre à l’évidence que leur survie passait par une fusion de leurs activités. En plus de la guerre civile en cours et des menaces de la Vaste-Mer, de nombreux individus hauts-placés de la Marine de Carrassin avaient commencé à prendre leur distance par rapport à la compagnie afin de se concentrer à leurs propres affaires : Bartholomeo Lobillard et Rafaelo, Auguste et Aurelius Souard avaient littéralement disparu suite au déclenchement de la guerre des deux Couronnes, la famille Asthefi s’était tournée vers ses domaines à Pyrae et certains marchands avaient quitté les rangs pour rejoindre la Guilde franche d’Ébène. Privés de ces réputés spécialistes, la Marine de Carrassin avait su maintenir ses stocks, mais n’avait pu conquérir de nouveaux marchés.

C’est donc à la fin de l’an 319, alors que les assauts pirates se multipliaient sur les routes commerciales liant l’Ébène à Ardaros, que l’union entre les deux marines fut scellée. Ainsi naissait la Marine des Mérillons.

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Les secteurs d’activités

Les principaux entrepôts de la Marine des Mérillons se situent sur les berges de la Vaste-Mer, plus précisément à Avhor, dans le comté de Trenquiavelli. Toutefois, au cours des deux derniers siècles, les caravelles marchandes de la guilde ont étendu leur réseau d’influence dans tous les ports côtiers du royaume. Autant à Felbourg, Yr, Pyrae, Salvar et Cassel, leurs immenses navires jettent l’ancre et attirent le regard de la bourgeoisie et de la noblesse.

Isidore Renault, commodore

Heureusement pour la Marine, la Guilde franche d’Ébène n’a pas encore daigné interdire l’accès à ses installations à son principal compétiteur. Tant que celle-ci n’empiétera pas sur les affaires de la Guilde, elle sera vraisemblablement épargnée.

La puissance commerciale de la Marine repose essentiellement sur l’unicité des produits exotiques qu’elle offre. À l’exception des rares voyageurs étrangers suffisamment audacieux pour traverser les mers en vue d’un négoce dans les marchés ébénois, les Mérillons sont les seuls marchands important régulièrement des contrées lointaines des denrées de luxe. Les tissus du Firmor, les encens et herbes du Silud et les manuscrits d’Ardaros trouvent ainsi, par l’entremise de la guilde maritime, le chemin des boutiques du royaume. En échange, la Marine revend dans les commerces étrangers les produits uniques ébénois : essences d’arbres rares de la forêt d’Ébène, vins d’Avhor, armements d’acier de Pyrae et chevaux d’élevage de Sarrenhor n’en sont que quelques exemples. La seule nation étrangère échappant désormais à son négoce est le Vinderrhin, chasse gardée de la Guilde franche d’Ébène.

Grâce à l’association avec la Marine de Carrassin, l’organisation a aussi développé un volet « prêts et investissements » par l’intermédiaire de l’Instance bancaire des Écumes. Afin de ne pas faire compétition à la Grande Banque d’Ébène de Gué-du-Roi, l’institution se concentre sur le financement de voyages à l’étranger. Tous les explorateurs et aventuriers du royaume savent qu’ils trouveront une oreille attentive à leurs projets au sein de la Marine des Mérillons.

En l’an 322 de l’ère royale, l’essentiel des activités commerciales de la guilde s’articule dans le palatinat d’Avhor, plus précisément dans le comté de Trenquivalli. Au milieu des effluves de vins et d’encens, les renommées caravelles de la Marine sont construites par les armateurs et architectes de l’Orient. Ce sont ces experts, héritiers des anciennes traditions navales mérillons, qui fournissent à la compagnie les outils de sa prospérité actuelle. Sans ces caravelles, aucun commerce avec les nations lointaines ne serait possible.

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Les membres

Tout marchand détenant une caravelle apte à traverser les mers ceignant le royaume peut rejoindre la Marine des Mérillons. Dès qu’il comble cette condition et réussit à rapporter d’un port étranger des cargaisons exotiques, il peut demander à un Vice-amiral régional le droit de s’affubler du titre de Propriétaire-armateur. Lorsqu’un capitaine estime posséder une force navale suffisante pour altérer l’équilibre commercial d’une région, il peut soumettre au Grand amiral de la Marine une demande de nomination au titre de Vice-Amiral. Ces derniers sont présentement au nombre de six et assurent le maintien du réseau d’influence de la guilde :

– Vice-amiral de Salvar : Delfina Casielli

– Vice-amiral de Cassel : André Chevignard

– Vice-amiral d’Yr : Ernest Tribourd

– Vice-amiral de Felbourg : Jean Tribourd

– Vice-amiral de Pyrae : Shala Omhenaï

– Vice-amiral d’Avhor : Aliana Serrolia

Un poste de Commodore de la flotte est présentement occupé par Isidore Renault dans l’organisation. Le Commodore des Mérillons veille au maintien de l’intégrité des navires de l’armada afin d’assurer la sécurité des marchandises transigées d’une nation à l’autre. Plus encore, il veille aux intérêts militaires de la compagnie dans le cadre de la lutte contre les criminels et pirates.

Shala Omhenaï, négociante pyriste réputée par tout le royaume, porte à la fois les titres de vice-amirale et de Grande amirale de la Marine. Elle fut élue par acclamation lors de la réunion mérillone de 302 à Salvar.

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La guerre des deux Couronnes

La Marine des Mérillons a grandement souffert du déclenchement de la guerre des deux Couronnes et de ses effets collatéraux. La plupart des figures de proue de la compagnie s’investirent massivement lors des mois précédant le conflit dans le parti de la princesse Isabelle. Lorsque le conflit commença à tourner en défaveur de la souveraine auto-proclamée, les riches installations marchandes furent les proies privilégiées des armées princières. Si les entrepôts et ports de l’Assemblée des Mérillons furent globalement épargnés, ceux de la Marine de Carrassin furent sciemment pris pour cibles. Par exemple, tandis que la guerre de succession avhoroise s’enlisait, des contingents princiers menés par Ulrich Aerann délaissèrent en 317 le front de Vêpre pour aller piller les banques du comté de Trenquivalli. Occupées à lutter contre les pirates de la Vaste-Mer, les forces armées de Carrassin ne purent résister à l’assaut et virent une portion respectable de leurs propriétés détroussées et incendiées.

Toutefois, au-delà de la guerre des deux Couronnes elle-même, ce furent la décriminalisation des Contrebandiers des Écores et la montée en puissance de la piraterie sur la Vaste-Mer qui minèrent le plus le pouvoir de l’institution. Dans le premier cas, la capture définitive de l’île de Corail, au large des côtes ébénoises à l’est, par les criminels des Écores asséna un vif coup aux affaires normales de la Marine. Les Contrebandiers, n’assurant aucun contrôle sur les marchandises transigeant sur leurs territoires, s’attirèrent la sympathie de nombreux capitaines de navires indépendants désireux de marchander librement sur les mers orientales. Conséquemment, la Marine des Mérillons, qui respectait assidument les règles, taxes et impôts décrétés par les palatinats et la Couronne d’Yr, ne pouvait faire une guerre de prix aux Écores et perdit plusieurs de ses prospères collaborateurs. Pire encore, sans support militaire du prince (ou même de la princesse), la Marine ne pouvait se lancer dans un conflit armé avec les Écores. Sans broncher, elle tenta de diminuer l’influence commerciale de ses ennemis au cours de la guerre civile et de limiter les dégâts sur ses propres affaires.

Dans le second cas, la résurgence soudaine de la piraterie sur la Vaste-Mer prit sérieusement au dépourvu les capitaines des Mérillons. Tous croyaient qu’avec la mort des chefs belliqueux des Écores –Teoman’Ki et le Paon- en 316, les assauts pirates allaient diminuer à l’est. Or, sans avertissement, ceux-ci reprirent de plus bel en 319. Mieux organisés, ils semblaient menés par un stratège hors-pair. Si la plupart s’adressaient directement aux navires des contrebandiers installés à Corail, d’autres, fort violents et sanglants, prenaient pour cible l’entièreté des bateaux voguant sur les eaux orientales. La Marine des Mérillons perdit moult cargaisons précieuses aux mains de ces malfrats, contractant du même coup des dettes importantes auprès de clients et fournisseurs de longue date.

En 322, la Marine des Mérillons tente toujours de se restructurer. De manière fort hasardeuse, elle multiplie les investissements dans des expéditions vers des contrées lointaines inconnues. Par exemple, elle place de hauts espoirs dans le voyage de Marco Volpino. Effectivement, en 317, trois caravelles quittèrent le port de Salvar avant que la guerre n’atteigne le palatinat. À leur tête, Marco Volpino, Alice Casabelle et Salazar Moana prirent la mer afin de découvrir de nouvelles contrées. L’expédition fut financée et supportée par Azzo Volpino, la Compagnie des Quatre Bourgeois et, bien sûr, l’Assemblée des Mérillons. Depuis, la Grande amirale Shala Omhenaï espère toujours voir ses investissements porter fruits. Toutefois, la régularisation de l’Ordre dans l’est du royaume d’Ébène ouvre de nouvelles portes au commerce étranger.