La Guilde franche d’Ébène

[En résumé]

La politique et les hommes, comme la valeur des carats, ne tiennent qu’à la confiance qu’on leur porte. Ainsi, chacun doit être vif à prendre la force de défendre son nom et sa réputation. Quiconque ne regarde pas devant lui son futur est condamné à piétiner le présent. Les petits gains et les premières pierres posées de sacrifices feront fleurir les gains de demain.
Gustaf Aerann, Grand maître de la Guilde franche d’Ébène

Grandeur Nature l'Enclave

Les origines

**Avertissement : Après de multiples scandales et suite à un décret d’Aldrick Aerann, duc de Fel, la Guilde Franche d’Ébène fut démantelée en 322. Ses infrastructures, équipements et richesses en Fel furent saisies par la famille Aerann et reconvertis à des fins politiques. Les présentations ci-dessous n’étaient valides que jusqu’au printemps 322.**

 

La Guilde franche d’Ébène est le résultat de la fusion de la Banque d’Ébène des Ogrig, de la Guilde des Francs marchands des Aerann et de la Guilde d’Arianne des Cellryn. Voici l’histoire de chacun de ces regroupements.

La Banque d’Ébène

Avant que le Sang’Noir ne ravage les terres, la métropole de Felbourg -simplement nommée « Fel » à l’époque- constituait l’une des principales foires marchandes des landes. La famille Aerann, dont le patriarche était duc de la région, avait un don pour la coordination et la gestion des affaires commerciales. Au fil des décennies, la maison Aerann avait accumulé une fortune considérable et pouvait, si elle le souhaitait, faire compétition aux richissimes marchands de Salvar et de Vaer (désormais Gué-du-Roi). Cependant, quand le sombre mal en provenance de la Forêt d’Ébène frappa à sa porte, la famille ducale abandonna son palais de Fel et se réfugia dans les montagnes des Crocs afin d’échapper à la damnation. Au lendemain de cette infamie, le pouvoir politique de Fel fut récupéré par la famille Lobillard tandis que les immenses ressources financières des déserteurs échurent à la maison Ogrig.

Flairant la convoitise des Lobillard, le patriarche Ogrig de l’époque, Rolph dit le Hardi, acheta à bon prix une flottille de barques et de gabares et chargea celles-ci des marchandises et richesses laissées derrière par les Aerann. Moins d’une semaine plus tard, il profitait du couvert de la nuit pour remonter le cours du fleuve Augivre avec ses cargaisons. Sa destination fut la foire marchande de Vaer, à plusieurs lieues à l’Est de Fel. Malgré la fermeture des portes de la ville fluviale, la famille ducale Torrig accepta exceptionnellement la venue de Rolph entre ses murs. Rapidement, celui-ci liquida quantité de ses produits et, tout en augmentant considérablement sa fortune personnelle, devînt un héros parmi le peuple affamé par le Sang’Noir.

Lorsque la Longue Année fut terminée, le marchand Ogrig usa de toute son influence auprès de la nouvelle famille régnante de Vaer -les Lacignon- afin d’obtenir le contrôle et la gestion du port fluvial de la cité. À partir de ce moment, Rolph déploya tout au long de l’Augivre et de la Laurelanne un réseau de gués accueillant ses barques marchandes. Sa stratégie était aussi simple qu’efficace : mettre à la disposition des artisans et des travailleurs ses embarcations en échange d’un pourcentage de leurs profits. Par cette méthode, il s’insinua dans l’ensemble des affaires commerciales de l’Ouest ébénois et décupla son patrimoine. Grâce aux innombrables carats qu’il accumula, il inaugura peu avant sa mort la première banque du royaume, coeur de sa puissante guilde. Jusqu’en 318, la famille Ogrig sera parmi les trois plus richissimes maisons du royaume.

La Guilde des Francs marchands

Gustaf Aerann

C’est en 314 que le noble Gustaf Aerann réinstaura la tradition de ses ancêtres et créa la première loge de la Guilde des francs marchands à Felbourg. L’initiative était audacieuse. Dans la métropole industrielle de l’ouest, des rumeurs pointaient à l’horizon concernant une confrontation armée entre la maison comtale Aerann et les palatins Lobillard. Néanmoins, malgré cette menace réelle, Gustaf Aerann s’associa les services de hauts marchands réputés du pays. Avant même le déclenchement de la guerre civile felbourgeoise, un partenariat solide était scellé entre les marchés de Felbourg des Aerann et les capitaux de Pyrae des Nazem. Avec le temps, de nouveaux associés rejoignirent la guilde, y apportant leurs propres réseaux marchands et leurs opportunités d’affaires ; entre autres, les navires Volpino de Salvamer, les carriers Dessaules de Cassolmer, les architectes Savagnier de Laure et les produits forestiers et cidres Obengrun de Corrèse.

En l’an 315, la Guilde des Francs marchands entra en conflit ouvert avec la Marine de Carrassin, ancêtre de la Marine des Mérillons. Excroissance de la révolte armée qui battait son plein à Felbourg, cet affrontement initia une longue guerre d’attrition entre les deux organisations. Celle-ci n’allait jamais véritablement se terminer, même si, comme nous le savons aujourd’hui, la Guilde des Francs marchands semble avoir drastiquement pris le dessus sur ses adversaires commerciaux.

En 316, l’hégémonie de la guilde dans l’ouest du royaume était incontestable. Contrôlant l’île aux boustrophédons sur la mer blanche, elle devînt un intermédiaire inévitable dans le commerce avec le Vinderrhin. Cette position enviable fut confirmée par l’établissement d’une ambassade marchande dans la forteresse nordique de Bherren-Herderdrovyn. Disposant d’une porte ouverte sur la contrée d’outre-mer, la guilde pouvait utiliser son puissant réseau de loges établies aux quatre coins de l’Ébène pour liquider ses produits auprès des plus offrants.

La guilde d’Arianne

Dans les temps immémoriaux, alors que des seigneurs de guerre se proclamant ducs s’entre-déchiraient pour quelques lopins de terre, régnait sur le Val-Follet et ses environs l’opulente famille des Torrense. Le siège de leur pouvoir était situé à Casteval, un populeux bourg articulé autour d’une haute citadelle immaculée. Par l’exploitation des filons de cuivre du Val-Follet, des champs fertiles du nord de l’Orrhindas et des eaux de l’Augivre, les Torrense s’assuraient une mainmise sur le marché des matières premières du continent. Pourtant, l’ambition insatiable des seigneurs de Casteval, celle-là même qui leur avait permis d’édifier leur empire marchand, finit par les mener à leur perte. Lors d’un banquet où étaient conviés leurs voisins de Salvar, ils rompirent le pacte du vin et se vouèrent aux pires barbaries. Le lendemain de la tragédie, le Céleste jeta son dévolu sur les Torrense et, par la peste rouge, éradiqua les nobles félons.

La disparition de Casteval laissa un vide commercial qui ne se combla qu’après la Longue Année. Au fil des siècles, les clans de Cassolmer s’approprièrent le Val-Follet, les cavaliers de Sarrenhor poussèrent leurs excursions davantage vers le Nord et les pêcheurs de Laure étendirent leurs activités jusqu’à la source de l’Augivre. Pour la plupart, les humbles serfs et travailleurs qui s’emparèrent des territoires Torrense partageaient une filiation commune avec les anciens Enfants d’Arianne. Forts de ce point commun, une poignée des exploitants de la région décidèrent en l’an 54 de notre ère d’unir leurs noms sous une même bannière : la Guilde d’Arianne. Bien sûr, initialement, aucun d’entre eux ne disposait des ressources suffisantes pour faire contrepoids à l’influence économique des hauts marchands du royaume. Cependant, au fur et à mesure que de nouveaux négociants ralliaient les rangs de la maigre guilde et que les bourgeois raffinés des palatinats côtiers délaissaient le marché des ressources brutes, le quasi-monopole de celle-ci sur les matières premières s’accentua.

Au début du troisième siècle, les simples marchands de la Guilde avaient sous leur emprise des mines, des domaines et même des routes royales traversant la contrée. Les misérables trafiquants de rocailles et de brindilles s’élevaient désormais aussi haut que les richissimes capitaines de la Vaste-Mer.

L’union

En 318, Rodrick Ogrig et Gustaf Aerann se rencontrèrent à l’occasion de la troisième foire de Fel tenue à Felbourg. Lors d’une rencontre au sommet, les deux hommes convinrent que l’heure était venue de restituer à leurs propriétaires les anciens avoirs des Aerann détenus par la Banque d’Ébène depuis trois siècles. Cependant, cette reddition de comptes devait se faire auprès de la Guilde des Francs marchands, organisation qualifiée d’héritière de la gloire économique d’antan de Fel. En ce jour historique, Ogrig et Aerann signèrent la « Franche alliance », contrat dans lequel la Banque d’Ébène et la Guilde des Francs marchands fusionnaient en une seule et même entité commerciale, la Guilde franche d’Ébène. En toute magnanimité, Aldrick Aerann, palatin de Felbourg, décréta le même jour que la métropole de l’ouest devait désormais être sous la guidance de cette nouvelle entité marchande et que Gustaf Aerann, son fils, en serait le comte.

En 319, devant l’inexorable montée de la nouvelle puissance commerciale, Kendal Cellryn de la Guilde d’Arianne demanda à rencontrer la haute direction de la Guilde franche d’Ébène. Avec la guerre des deux Couronnes qui ravageait peu à peu le Val-Follet à Cassolmer et rendait les routes impraticables, messire Cellryn n’était plus en mesure d’assurer la pérennité de son organisation. À contre cœur selon plusieurs, il offrit donc à Rodrick et Gustaf un contrat d’exclusivité d’une durée de dix ans. En échange d’une protection garantie de ses caravanes par la Guilde franche d’Ébène, la Guilde d’Arianne acceptait d’approvisionner prioritairement et à prix exceptionnel les loges et marchés de sa partenaire.

À partir de ce jour, aucun regroupement commercial ne fut en mesure de contester la puissance de la Guilde franche d’Ébène. Même la Couronne d’Yr, pourtant indépendante politiquement, ne saurait se passer des précieux prêts et réseau de transport de l’organisation.

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Les secteurs d’activités

Tout en préservation la soif d’innovation propre à la Guilde des Francs marchands, la Guilde franche d’Ébène a su bénéficier du large réseau tentaculaire établi par la Banque d’Ébène au cours des siècles. En s’immisçant à l’intérieur des échanges marchands et en s’imposant comme un intermédiaire incontournable du transport de marchandises en Felbourg, Laure, Yr, Corrèse et Sarrenhor, l’organisation réussit à s’enrichir par de simples services rendus. Bien sûr, des compagnies mineures répondant au siège central assurent la fabrication et la vente de produits diversifiés, le plus souvent d’utilité quotidienne. Par contre, ce ne sont là que des organes auxiliaires aux véritables activités de l’institution. Effectivement, celle-ci préfère de loin signer des ententes ponctuelles avec des producteurs des quatre coins du pays –et même au-delà- afin de s’approvisionner. Ce sont les loges édifiées dans les neufs palatinats qui assurent un négoce efficace à l’échelle de chaque région. L’entente conclue avec la Guilde d’Arianne permet en ce sens aux négociateurs d’entrer directement en contact avec les artisans locaux afin de tirer le meilleur de leurs productions.

Traditionnellement, la priorité de la Banque d’Ébène était d’offrir des infrastructures de transport fluvial ou d’entreposage aux commerçants, de réclamer une partie des profits de ces derniers et de réinvestir ces gains dans de nouvelles installations. La conception de ses gabares, embarcations modestes au fond plat et au mât unique, fut graduellement perfectionnée au cours des décennies afin de maximiser la quantité de marchandises sujettes à être transportées à leur bord. Par cette politique, la Banque se démarqua de ses concurrents par son efficacité, sa rapidité et sa connaissance du réseau hydrologique de la contrée. S’ajoutant à ce champ de compétences historique, le contrôle des routes terrestres nouvellement acquis des mains de la Guilde d’Arianne permet désormais une mainmise quasi-totale sur les moyens de transport du pays.

De plus, ce qui fit la particularité de la Banque d’Ébène en tant qu’organisation marchande fut, comme son nom l’indique, son statut d’institution bancaire. Installée à Gué-du-Roi dans le Bastion d’Acier, un fortin à multiples étages au cœur de la cité, la Grande Banque d’Ébène entassait les fortunes de dizaines de seigneurs et mécènes du royaume. Lorsque ces derniers leur accordaient le droit (en échange d’intérêts alléchants), la guilde utilisait les carats entreposés dans ses quartiers généraux pour financer son expansion dans les régions éloignées de Laure. Lors de la fusion de 318, il fut convenu entre les dirigeants de l’organisation de préserver le Bastion d’Acier et sa vocation bancaire.

Finalement, la Guilde franche d’Ébène détient le monopole du commerce avec le Vinderrhin. Grâce à sa flotte de navires, elle peut voguer à son gré sur les vastes étendues de la mer blanche sans craindre les assauts des pirates. Plus encore, le voyage vers la contrée nordique nécessitant des semaines de traversée, la possession de l’île aux boustrophédons –nom attribué à de gigantesques poissons- lui offre un point de ravitaillement inestimable.

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Les membres

La Guilde obéit à une complexe hiérarchie fondée sur des ententes, alliances et partenariats. À la tête de l’organisation siège le Grand maître de l’organisation, Gustaf Aerann. Coordonnateur général des activités, celui-ci joue un rôle plus politique que commercial en tant que comte de Felbourg la métropole. Ses principales préoccupations sont d’assurer la prospérité de la cité afin que ses ports demeurent propices aux affaires de la compagnie.

À Gué-du-Roi, Rodrick Ogrig détient le titre de Grand banquier en charge des investissements de capitaux, des prêts et des emprunts. Bien qu’il soit théoriquement soumis aux décisions du Grand maître, sa réputation le précède et sa parole a un écho important au sein de la Guilde.

Ailleurs dans le royaume, des représentants du Grand maître gèrent des loges installées dans chacun des neuf palatinats. Détenant le titre d’Électeurs, ces individus disposent d’un pouvoir décisionnel régional. Ceux-ci peuvent négocier des ententes avec des fournisseurs, acquérir des lots de marchandises ou encore veiller à la protection des routes fluviales ou terrestres.

La gestion interne de la Guilde franche d’Ébène est, du point de vue de plusieurs marchands externes, d’une cruauté implacable. Seule la rentabilité importe et, pour ses membres, la faiblesse et la médiocrité doivent être pourchassées et éradiquées. Pour cette raison, l’organisation s’est dotée d’une imposante flotte de navires marchands et de guerre capable de faire respecter ses prérogatives auprès de ses clients et partenaires.

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La guerre des deux Couronnes

Les dernières années furent pour la Guilde franche d’Ébène extrêmement profitables. Trois organisations isolées les unes des autres, se vouant une guerre commerciale plus ou moins avouée, en vinrent, par négociation ou par nécessité, à fusionner sous une seule et même bannière supervisant en 321 pratiquement l’ensemble des échanges du royaume.

Karim Nazem et Grégoire de Grise

L’impulsion initiale qui mena à la création de ce géant commercial fut l’établissement par la Guilde des Francs marchands de loges régionales  dans chacun des neuf palatinats en 316 et 317. Profitant au maximum du sentiment d’insécurité des marchands ébénois face à la guerre civile naissante, la compagnie rassembla autour d’elle des négociants réputés afin de coordonner l’économie ébénoise au niveau régional. Ainsi vit-on se joindre au projet d’anciens opposants des Francs marchands : Filipe Delorme en Avhor, Norbert Korsten en Laure, Vlado Trifoni en Corrèse et Lothaire Sannor au Sarrenhor. Se joignant aux membres fidèles de l’institution –Aerann de Felbourg, Volpino de Salvamer, Nazem et de Grise de Pyrae et Dessaules de Cassolmer-, ils mirent sur pied une série de bastions commerciaux. Effectivement, depuis bien avant le début de la guerre des deux Couronnes, Gustaf Aerann et Grégoire de Grise avaient négocié avec le prince Élémas IV et la princesse Isabelle Delorme des ententes de non-agression et de non-intervention dans le conflit. Grâce à celles-ci, la guilde voyait ses activités protégées des affres de la guerre. Disposant des ressources, spécialistes et garanties nécessaires, ce ne fut ensuite qu’une question de temps avant que les loges ne soient réunies par une toile de routes pavées facilitant et accélérant le transport de marchandises. Enfin, en 318, Gustaf Aerann, tête dirigeante de la guilde, réussit le pari qu’il avait fait en 315 : rassembler l’ensemble de ces voies secondaires sous une seule et même route, la route de Fel, allant de Felbourg à Salvar (et Pyrae).

La mainmise sur les routes du royaume se confirma en 318 lors de la fusion avec la Banque d’Ébène et en 319 lors de l’alliance permanente avec la Guilde d’Arianne. Par ces deux ententes, la nouvelle Guilde franche d’Ébène s’assurait en supplément d’une place de choix dans la supervision de la route Céleste (allant d’Yr à Haut-Dôme) et dans les voies fluviales navigables. À ce jour, aucune autre organisation n’a su contester le monopole intérieur de la compagnie et seuls les plus audacieux osent s’en prendre à ses convois ou à ses installations. Peu à peu, celle-ci se fraya même un chemin jusque dans le port de la cité d’Yr où elle possède bon nombre d’entrepôts essentiels à la survie de la capitale.

En 320, la Guilde, dont la flotte contrôlait les échanges commerciaux avec le Vinderrhin, prit la difficile décision d’interdire aux Ébénois de se rendre dans la contrée nordique sans son autorisation. Avec la guerre sainte de Jean Lamontagne et de la Compagnie du Heaume, les relations avec le Vinderrhin étaient des plus tendues et les puissants marchands ébénois souhaitaient éviter une dégénérescence des relations diplomatiques et commerciales. Depuis, seule une poignée d’émissaires et de commerçants choisis sur le volet peuvent procéder au périlleux voyage vers le Vinderrhin. Bien sûr, leurs propres sympathisants s’y rendent toujours pour liquider leurs marchandises, qu’il s’agisse du bois corrésien, des vivres felbourgeois ou des soieries pyristes.