Essai sur la vapeur

Par Gaspard De Voringue
Magister à l’académie Fulcieu
Apprentis de Jehan Fulcieu

Préface
C’est lors de l’inauguration d’un des premiers moulins à vapeur que je fis la rencontre de Jehan Fulcieu. Le moulin en question avait été modifié pour fonctionner avec la machine de Jehan. Je n’avais que 15 ans à l’époque et j’étais de ceux qui perdaient leur gagne-pain au profit de la machine. Dans les semaines qui précédaient l’inauguration, j’ai haï Jehan de toutes les fibres de mon corps.

Vint le jour fatidique, petite cérémonie de gens importants, discours ronflants sur l’efficacité, l’économie et le progrès. Tout le gratin du hameau y était, avec en plus quelques dignitaires de Felbourg.

Je ne sais pas si ce sont mes lèvres pincées ou mes poings crispés, mais, même si mon père m’avait enseigné la bienséance, Jehan me remarqua et compris immédiatement ma situation. Il fit son discours sur les merveilles qu’apporterait la vapeur dans nos vies, que j’étais trop furieux pour en apprécier toute la profondeur. Par la suite, il s’approcha discrètement de moi pendant que les maîtres se félicitaient mutuellement : « Tu sais petit, tu te serais brisé les mains et le dos dans ce moulin. Toute ta vie, tu n’aurais été qu’un outil que l’on utilise jusqu’au point de bris sous le poids du labeur.

Aujourd’hui je te libère de ce fardeau. Tu as maintenant le choix de ta destinée: iras-tu te briser pour un autre maître ou bien viendras-tu avec moi? »

Feu, énergie du Céleste
Que ce soit le soleil ou le foyer dans nos chaumières, l’énergie du Céleste est manifeste dans la chaleur ardente du feu. Bien que le Céleste nous ait enseigné l’art de faire le feu, bien des secrets restent à découvrir sur ce don qu’il nous a fait.

Eau, vecteur de puissance
Depuis longtemps nous connaissons la puissance de l’eau. Les moulins les plus rudimentaires utilisent son courant pour mouvoir les meules. Les marins peuvent nous en raconter long sur la force phénoménale avec laquelle l’océan peut briser un navire tel une vulgaire branche. Il est aussi prouvé qu’un récipient empli d’eau chaude restera chaud plus longtemps que s’il est rempli d’air tout aussi chaud. L’eau présente donc l’aptitude d’emmagasiner l’énergie qu’on lui donne.

Air, force motrice
Que ce soit les ailes de l’oiseau, les graines du pissenlit ou les voiles du bateau, le vent est depuis toujours synonyme de voyage et de motion. L’air n’offre que très peu de résistance comparativement à l’eau et, de nos jours, nous maitrisons assez bien les façons d’en tirer profit.

Vapeur, moteur de l’ascension
Bien que l’eau et l’air semblent être deux éléments opposés, il semblerait que de leur imposer la volonté du Céleste les réconcilie. Qui plus est, cet alliage éthéré ne fait pas qu’entrainer les engrenages des machines qu’elle alimente, mais aussi notre condition en tant qu’êtres humains.

La vapeur nous libère du fardeau du labeur quotidien afin de nous permettre de se pencher sur les enseignements du Céleste. L’homme dont le corps est accablé par l’effort n’a pas la tête à analyser les Saintes Écritures. La fatigue le rend aussi plus vulnérable aux diverses tentations et vices de ce monde. C’est pourquoi nos sociétés restent accablées par le vilain depuis si longtemps.

La vapeur est donc un autre don du Céleste afin de nous rapprocher de l’idéal qu’il nous réserve.