Pyrae

[En résumé]

Ô Messinah! Jamais le sang n’abandonnera tes mains! Dans les flammes ruisselantes tu as forgé l’Agonie et la Mort. Quand ton bras martelait, songeais-tu aux lignées que tu écrasais? Quand ton fer rougissait, voyais-tu les chaumières qui s’embrasaient? Ô Messinah! Tu cherchais la gloire et tu fus glorifiée. Tu aspirais à l’immortalité et ton nom fut chanté. Mais quel mortel peut porter le fardeau d’un dieu? Pyrae, tu es l’enfant du Sang, la gemme écarlate ; aie pitié de nous. Émerveille ceux qui t’admirent, châtie ceux qui te convoitent.

“Ode à l’Acier”, poème de Pyrae.

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Les terres

pyrae

Carte de Pyrae

Le palatinat de Pyrae, dont le centre névralgique se situe dans la cité du même nom, est la seule province du royaume d’Ébène localisée hors du continent principal. Se découpant sur la Vaste-Mer au large des côtes orientales, le territoire de Pyrae -le plus petit de tout le pays- est réparti sur une série d’îles formant un archipel à la faune et à la flore des plus colorées.

Ce qui caractérise ce paradis exotique est son île centrale -surnommée « Kessa »- au coeur de laquelle le mont Iniraya, dont le sommet s’élève à plusieurs milliers de mètres au-dessus du niveau de la mer, trône majestueusement. La cité de Pyrae est construite autour de la montagne qui, de façon récurrente depuis des siècles, laisse échapper des volutes de fumée de son sommet embrumé. Néanmoins, le danger volcanique qu’encourt le joyau de la Vaste-Mer constitue aussi paradoxalement sa bénédiction. Effectivement, bien avant la venue du Roi-Prophète, les artisans de l’atoll avaient découvert le secret des alcôves de l’Iniraya, des cavités naturelles parsemant les flancs du volcan. Dans la plupart de ces renfoncements s’écoulait du feu liquide qui permit aux forgerons de concevoir des armes d’une solidité et d’une qualité hors du commun. L’expertise acquise par ces métallurgistes pallia la faible population de l’île et, avec le temps, Pyrae devînt la plaque tournante du commerce d’armes en acier dans le royaume d’Ébène. C’est d’ailleurs davantage pour des raisons commerciales que politiques ou religieuses que l’archipel rejoint le royaume d’Ébène à la 105e année de notre ère, les dirigeants des îles y percevant une occasion d’affaires inouïe.

À l’exception de l’île de Kessa et de la ville de Pyrae, l’archipel n’est que faiblement peuplé. Des communautés faisant le pont entre la mer et la jungle exploitent modestement les ressources environnantes, mais c’est toujours vers la capitale que les regards se tournent. Seules les beautés naturelles -lagons verdoyants, chutes d’eau tonitruantes et orchidées délicates- sauront émerveiller le voyageur visitant les îles secondaires du palatinat.

 

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Le peuple

Les relations de Pyrae avec les autres palatinats sont quelque peu ambigües. Si tous reconnaissent l’apport de l’archipel à l’économie du royaume, sa tendance à profiter des conflits en laisse plusieurs perplexes. Effectivement, en temps de guerre entre les seigneurs ébénois, Pyrae conserve systématiquement une neutralité idéologique lui permettant de commercer avec l’un ou l’autre des belligérants.  De plus, les origines ardarosiennes lointaines des habitants de Pyrae sont souvent des prétextes suffisants pour leur chercher querelle. Qu’il s’agisse de la tenue vestimentaire des Pyristes -misant sur les soieries et les couleurs vives-, de leurs croyances religieuses -plus mystiques que la moyenne-, de leur désir irrationnel d’être appelés « Pyréens » plutôt que « Pyristes » ou de leur acceptation de la polygamie au sein du mariage, plusieurs éléments rappellent aux voyageurs aguerris les traditions des marchands en provenance de la lointaine contrée d’Ardaros. Cependant, ces rapprochements avec les marins étrangers ne sont guère appréciés des Pyristes qui préfèrent mettre l’accent sur leurs propres traditions.

Ces traditions ont d’ailleurs de quoi en dérouter plus d’un. D’un côté, le climat suave de Pyrae a fait naître chez ses habitants une passion pour les plaisirs et les subtilités de la vie. Les fruits sucrés, les tissus exotiques et les encens enivrants se sont frayé un chemin dans les cours de la noblesse insulaire. Lorsqu’un Pyriste aspire à impressionner un invité, il sait mettre à sa disposition une panoplie de trésors pour les sens. Même s’ils sont peu nombreux, les banquets et sommets de ce palatinat sont néanmoins les plus courus. Le havre de paix et paradis des voluptés qu’est l’archipel de Pyrae pourrait donc nous donner l’illusion qu’un peuple de marchands pacifistes et paisibles y réside.

Or, d’un autre côté, derrière les charmes et les distractions de la capitale se cachent des individus ne tolérant pas l’insulte ou la contradiction. Hors de Kessa, on constate que le peuple des îles secondaires voue un culte presque frénétique aux arts guerriers. On remarquera d’ailleurs rapidement des tatouages apparents chez nombre de ceux-ci. Après chaque bataille, tournoi ou chasse couronné de succès, c’est un nouveau symbole qui est gravé dans la peau du guerrier. Ainsi, même si le palatinat n’est officiellement que rarement en guerre ouverte, sa population fait des exploits martiaux un objet d’admiration. Chaque année, cette réalité cause des querelles parfois meurtrières entre les Pyristes et des visiteurs étrangers un peu trop audacieux. Questionner l’honneur d’un habitant des îles ou douter de ses aptitudes est donc hautement déconseillé.

Enfin, avec la fermeture du Val-de-Ciel lors de la guerre des deux Couronnes et les affrontements armés ravageant les campagnes du continent, les Célésiens modifièrent leurs habitudes de pèlerinage. Plusieurs d’entre eux, surtout des Aurésiens, se tournèrent vers un nouveau lieu mystique de Pyrae : la Pierre de la Mère. Soudée sur une plage de la Vaste-Mer à l’ouest, cette roche est l’ultime relique d’un rituel effectué par la sage du Zanaïr Drissia Nazem en 316. Au fur et à mesure que les fidèles s’agenouillèrent devant cette pierre et y apposèrent leur front en signe d’humilité, la rumeur de visions envoyées par le Céleste se répandit. Depuis, nombre de Célésiens adeptes des révélations marchent et voguent vers ce nouveau lieu de recueillement.

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La famille

Depuis aussi longtemps que les Pyristes peuvent se souvenir, la famille Amezaï dirige l’archipel. Selon les légendes, la première Amezaï à avoir posé le pied sur Kessa était Messinah Amezaï. Forgeronne d’Ardaros ayant été rejetée des ateliers de son pays d’origine en raison du patriarcat en vigueur, la jeune femme s’était embarquée comme simple matelot sur un navire marchand. Lorsque l’embarcation ardarosienne accosta sur l’île pour se ravitailler, Messinah fit la découverte des alcôves incandescentes de l’Iniraya et y vit le potentiel métallurgique qui s’y cachait. Elle persuada son capitaine de lui laisser trois jours pour forger une lame telle qu’il n’en avait jamais vue ailleurs dans le monde. Lorsque ce délai fut écoulé, Messinah présenta à son maître un sabre d’acier au fil aussi tranchant que celui d’un rasoir. L’équipage du navire, contrairement aux prévisions initiales, établit alors une colonie sur l’île et, sous les ordres de la forgeronne, exploita le don de la montagne. On raconte que, lors des années qui suivirent, Messinah épousa le généreux capitaine du navire et fonda la branche pyriste de sa famille. Ainsi débute l’histoire de Pyrae.

Nassimah Amezaï est, en 321 de l’ère royale, la seigneur-palatin de Pyrae. Épouse de Zaher Faeh et mère de deux enfants, elle semble fortement s’identifier à sa légendaire ancêtre Messinah. Fréquemment, on peut la retrouver dans les alcôves de l’Iniraya à supporter les efforts des forgerons qui y oeuvrent, ou encore sur les docks à ajouter sa voix à celle des négociants d’armes pyristes. En 316, la fille aînée de Nassimah, Massinah, épousa le fils aîné du comte d’Avicenne Zeryab Nazem. Les deux époux, alors âgés de dix ans, scellèrent ainsi la puissante alliance entre les deux familles. À partir de ce moment, l’hydre Amezaï et la salamandre Nazem régnèrent sur les îles sans opposition

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La guerre des deux Couronnes

Les armées pyristes ne participèrent que judicieusement aux combats du continent lors de la guerre des deux Couronnes. Au printemps 316, le comte protecteur de Pyrae, Zeryab Nazem, persuada la palatine Nassimah Amezai de lever le ban de Pyrae afin de rejoindre les chevaucheurs du Sarrenhor dans leur conflit contre Corrèse. Loin d’être expansionnistes, les objectifs des Pyristes étaient plus symboliques : réparer les nombreux affronts effectués dans le passé par la palatine corrésienne Carianna Paurroi. La dame, fabuleusement méprisante envers les habitants des îles, n’avait eu de cesse lors des années antérieures de miner leur réputation sur la scène ébénoise. Fiers à l’excès, ces offenses étaient des raisons suffisantes de passer à l’attaque. Ainsi, après des semaines de préparation, la flotte pyriste apparut au large de Port-Casimir, à Corrèse. Quelques jours de pilonnage intensif à l’aide de canons suffirent à saccager les fortifications de la cité. La conquête terrestre ne fut par la suite qu’une formalité. Toutefois, lorsqu’en 318 la flotte felbourgeoise des Aerann rejoignit les armées corrésiennes, le ban pyriste n’eut d’autres options que de battre en retraite et d’abandonner Port-Casimir.

Lors des années qui suivirent, Pyrae se replia drastiquement sur elle-même. Sous l’ordre de Zeryab Nazem, elle se tourna vers le commerce oriental avec la Ligue d’Ardaros par le biais de l’île de Corail. Par la suite, elle instaura une nouvelle monnaie -le Pyra- frappée à partir d’acier pyriste. Cette pièce se propagea lentement dans les campagnes de Pyrae et fut utilisée surtout par les marchands de modeste origine. Effectivement, si le secret de la fabrication de l’acier pyriste était bien gardé, le fait que n’importe quel forgeron des îles pouvait concevoir des contrefaçons de ces pièces refroidit les plus riches. Pendant un temps, le Pyra se propagea jusque sur le continent, surtout au Sarrenhor où les chevaucheurs l’utilisèrent lors de l’invasion de Corrèse. Toutefois, lorsque la guerre civile tendit vers sa fin, ils l’abandonnèrent pour revenir aux traditionnels follets, ducats et carats. Néanmoins, le Pyra demeure présent en 321 dans le palatinat insulaire. Plusieurs forgerons réputés ont obtenu la permission de le frapper, ce qui entraîne une certaine diversité dans les symboles qu’ils arborent.

Finalement, une poignée de spécialistes réputés furent placés à des postes de ministres à la tête du palatinat. Effectivement, bien avant la guerre, le comte protecteur Nazem avait lancé une vaste offensive diplomatique dans le royaume d’Ébène pour recruter les plus grands experts dans leurs domaines. Ainsi vinrent habiter à Pyrae Sofia d’Orion et Ellyn de Mirabelle –qui épousa Zeryab Nazem en 317-. En 321, plusieurs hauts-magistrats veillaient encore à la prospérité de Pyrae :

  • Le Haut-Magistrat d’Outre-Mer, Ishem Asthefi, responsable de la diplomatie et du commerce avec l’extérieur du palatinat.
  • Le Haut-Magistrat de l’Acier, Samir Nazem, en charge de l’économie intérieure, de l’unification des différentes ressources, rares ou non, et de l’optimisation de leurs exploitations.
  • Le Haut-Magistrat de l’Élévation, Karim Nazem, responsable de la science, de l’éducation et du savoir.
  • Le Haut-Magistrat de la Tradition Martiale, Zeryab Nazem, en charge du côté militaire de Pyrae de même que de s’assurer que l’héritage combatif ne soit jamais oublié.
  • La Haute-Magistrate du Territoire, Sofia d’Orion, chargée du développement des infrastructures et des différents aménagements du palatinat.
  • La Haute-Magistrate du Moral, Ellyn de Mirabel, responsable des mœurs et coutumes pyristes et de la religion.

En 321, après la capture de la princesse Isabelle à Cassolmer, Pyrae tenait toujours. Ne souhaitant pas poursuivre une guerre perdue d’avance, le comte protecteur de Pyrae, Zeryab Nazem, avec la permission de la palatine pyriste, Nassimah Amezaï, envoya une offre de trêve au prince Élémas IV. Retranchés avec leurs armées dans les îles orientales, les seigneurs pyristes constituaient l’ultime bastion de résistance s’opposant à la Couronne d’Yr. Toutefois, refusant catégoriquement les conditions du comte Nazem qu’il estimait être acculé au pied du mur, le prince Élémas IV promit de mater les derniers rebelles insulaires. Quelques semaines plus tard, les armées princières prirent d’assaut la capitale de Pyrae. Avec le support de l’Escroix -l’armada salvameroise-, les légions d’Yr bombardèrent pendant plusieurs jours les fortifications maritimes de la cité. Toutefois, la riposte pyriste ne fut que modeste. Ce n’est qu’une semaine plus tard que les assaillants découvrirent que la majeure partie de la garde de la ville avait quitté les lieux pour gagner le comté d’Avicenne à l’est. Après quelques combats symboliques, les troupes du Bataillon sacré, de Salvamer et de la Compagnie de Fer débarquèrent et prirent la capitale orientale. Elles ne trouvèrent aucune trace des Amezaï, des Nazem et des autres protecteurs des îles.

Les armées pyristes furent finalement débusquées dans le comté d’Avicenne en juillet. Utilisant une série de fortifications magistralement construites –les Redoutes d’Avicenne-, elles parvinrent sous les ordres de Zeryab Nazem à cerner les forces princières à leur arrivée dans les plaines du comté. Sous le commandement de Nathaniel Lancerte, ces dernières réussirent à battre en retraite. S’en suivit alors une série d’escarmouches entre les deux forces. Les commandants Nazem et Lancerte se vouant un respect mutuel manifeste, aucun ne souhaitait initier une bataille décisive et hautement meurtrière. Les Redoutes d’Avicenne offrant aux défenseurs des îles un avantage stratégique réel, l’invasion stagna. Devant l’enlisement du conflit, le prince Élémas IV offrit finalement une paix blanche aux Pyristes. Une amnistie totale leur fut accordée et une plus grande autonomie leur fut garantie. Cette autonomie se concrétisa en un plus grand respect du Pyra, en une diminution des liens navals entre le continent et les îles et en une acceptation des relations commerciales particulières entre Pyrae et Ardaros.

En 321, Pyrae a regagné son titre de bastion de la Vaste-Mer. Grâce aux efforts acharnés de la famille Nazem, l’archipel est de nouveau en plein contrôle de sa destinée. Les navires qui mouillent dans ses eaux sont systématiquement interceptés et inspectés, son peuple est bien armé et prêt à répondre à toute offense, les marchands ardarosiens accostent fréquemment dans sa capitale et la Redoute d’Avicenne constitue un rempart quasi absolu contre les envahisseurs mal préparés. Certes, Pyrae est refermée sur elle-même, mais nul ne peut prétendre pouvoir la dompter.