L’Ordre de l’Illumination


[En résumé]

Longtemps nous pourrions débattre de telle parole du Prophète, de telle action du Roi ou de tel passage du Recueil. Mais à quoi bon dites-moi? L’héritage suprême que nous a légué le Céleste est le royaume d’Ébène et sa cité d’Yr, les palatinats et leurs loyaux habitants. Notre inspiration doit prendre racine dans ces faits tangibles, non dans des spéculations vides et futiles.
Auguste Trancheroi, Huitième Primat de l’Ordre de l’Illumination

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Les origines

Illumination

Symbole de l’Ordre de l’Illumination

Au début de l’ère royale, le Roi ordonna l’érection de la cité d’Yr, future capitale du royaume d’Ébène. Tout au long des travaux, de fervents adorateurs du Céleste convergèrent vers l’île du même nom afin d’y bénéficier des grâces du Prophète qui, se refusant à renvoyer ces honnêtes gens en leurs terres, entreprit de mettre leurs énergies à profit. Il coordonna les fidèles en fonction de leurs aptitudes et parvînt à transformer la masse informe de volontaires en une compagnie d’artisans et de manœuvres efficace surnommée « La Compagnie d’Yr ». Le chantier de ce bastion ébénois trônant au cœur de la Baie d’Ambroise exigea plus d’une décennie. Ce n’est que quelques années avant le décès du monarque qu’il prit fin, laissant à la cité d’Yr la prestance qu’on lui connaît aujourd’hui.

Lorsque la frénésie architecturale s’acheva, les travailleurs de la capitale, ayant adopté l’île d’Yr comme nouvelle demeure, perdirent pour la plupart leur emploi et leur revenu. Une assemblée exceptionnelle fut alors tenue entre les membres des cinq corps de métiers les plus respectés de la Compagnie –maçons, charpentiers, verriers, architectes et sculpteurs-. À l’issue de celle-ci, un représentant fut nommé -un architecte du nom Victor Lamproie- et un mandat lui fut accordé : l’homme, originaire d’Altelac, un hameau de la frontière occidentale d’Avhor, devait entamer de longs pourparlers avec le Roi afin d’altérer la vocation de la Compagnie d’Yr.

À force de négociations, le suzerain et messire Lamproie s’entendirent pour conserver la structure confiée par le Prophète et pour en user au profit de la foi célésienne. Les charpentiers, maçons et autres rustres, pour la plupart éduqués dans les enseignements du Céleste de par leurs pieuses affectations passées, prirent donc la toge et instituèrent, deux ans avant la rédaction du Recueil des Témoins, des missions dans chacun des palatinats du royaume. De ce moment à la parution du livre saint, la Compagnie d’Yr –rebaptisée « Ordre de l’Illumination »- eut le monopole de la propagation de la foi sur le territoire. Grâce aux talents artisanaux de ses adeptes, la première congrégation religieuse multiplia les constructions d’autels et de temples en nos terres. Cet avantage indéniable lui permit d’ancrer fermement dans chaque bourg d’importance des missions qui renforcèrent les quartiers centraux de l’île d’Yr et, du même fait, son influence sur l’esprit des fidèles.

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Les préceptes

Oliviero Carada di Rimini, Prélat de l’Ordre de l’Illumination

L’antériorité de l’Ordre de l’Illumination sur la rédaction du Recueil des Témoins influença fabuleusement les rapports qu’entretient la congrégation avec le Céleste. La longue tradition des Primats de l’Ordre stipule en effet que les témoignages des disciples du Prophète et les résolutions des autres organisations religieuses ne détiennent qu’une faible légitimité en comparaison avec les permissions royales que reçut l’Ordre à ses origines. Bien sûr, pour les frères et sœurs ordonnés, le Recueil des Témoins demeure une perle de sagesse sujette à approfondir la spiritualité des fervents, mais jamais il ne sera en mesure de remplacer la parole du Prophète ou la vérité du Céleste elle-même.

Cette vérité, seule l’incarne l’Ordre de l’Illumination et sa structure. La hiérarchie et les protocoles de la congrégation sont, selon ses membres, la volonté divine matérialisée en ce monde. Par la voix des dignitaires élus, le Céleste accorderait ses bénédictions et ses exigences à son peuple, ce qui placerait dès lors la volonté des représentants de l’Ordre au-dessus de toute autre considération ecclésiastique.

En raison de ses racines industrieuses, la formation nourrit toujours un souci marqué pour l’amélioration architecturale du patrimoine religieux du royaume. Même si les artisans spécialistes et laïques sont plus nombreux qu’ils ne l’étaient au début de notre ère, l’Ordre de l’Illumination alimente et coordonne encore une majorité des chantiers sacrés des terres. Plus encore, son expertise dans l’édification de célestaires fait de l’organisation une actrice inéluctable de ces ambitieux projets. Plutôt que de débattre indéfiniment du sens des récits du Recueil des Témoins, les ordonnés préfèrent honorer le Dieu en lui offrant des réalisations « concrètes et éternelles ».

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La structure

Religieux de l’Ordre de l’Illumination

L’Ordre de l’Illumination se rapproche davantage, sur le plan de son organisation interne, de la guilde commerciale que du cercle religieux. Après avoir prêté serment à la congrégation, le sympathisant de l’Ordre prend le titre de frère (ou de sœur) ordonné. Dès ce moment, l’accès aux Assemblées ordinales lui est accordé, ce qui lui offre l’occasion de partager ses conseils et lumières au diacre local supervisant les discussions. Bien sûr, ce type de rencontres –hautement balisées par des conventions centenaires- ne constitue guère une forme de « démocratie » et, à l’issue de celles-ci, seul le diacre présent aura autorité pour imposer une décision. Néanmoins, les diacres devront eux-mêmes se soumettre aux orientations prônées par leurs supérieurs, les Prélats, lors d’assemblées diaconales similaires à leurs homologues de moindres importances. Enfin, ces prélats participeront aux suprêmes assemblées prélatoriales où ils informeront le Primat, ultime dirigeant de l’Ordre, de l’état de la congrégation et où ils recevront ses recommandations. La candidature des futurs diacres, prélats et primat sera déterminée par leurs futurs subordonnés immédiats lors de ces assemblées avant d’être approuvée par les hautes instances de la faction. Par cette structure fermement hiérarchisée, la congrégation de l’Illumination estime qu’elle maintient la volonté du Céleste et permet, à l’intérieur d’un cadre défini, à tous ses membres de contribuer à la préservation de la foi.

Les quartiers maîtres de l’Ordre de l’Illumination furent aménagés, depuis le balbutiement de l’institution, dans le célestaire de la cité d’Yr. C’est à partir du premier lieu saint du royaume que le primat coordonnait les entreprises spirituelles de son organisation. Toutefois, en 318, le 13e Primat de l’Ordre fut élu en la personne de Gilbert Fallières. Clamant l’instabilité politique propre au célestaire d’Yr, il oeuvra afin de déménager les quartiers de la congrégation au beffroi de Valcourt, à Felbourg.

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La guerre des deux Couronnes

L’Ordre de l’Illumination a connu une restructuration majeure lors de la guerre des deux Couronnes. Rejoignant officiellement le camp de la noblesse et du prince Élémas IV de par ses allégeances traditionnelles envers le protecteur de la cité d’Yr, la congrégation oeuvra à financer les armées princières et à fournir des spécialistes –ingénieurs, architectes, ouvriers, etc.- dans chaque place-forte alliée. Grâce à une trêve signée in extremis entre la Compagnie du Heaume et l’Ordre de l’Illumination en 316 suite à un conflit menaçant de prendre des proportions incontrôlables, l’organisation put éviter le bain de sang pour ses fidèles. Depuis, elle se tient loin des champs de bataille.

Gilbert Fallières, primat de l’Ordre de l’Illumination

En 318, après une campagne acharnée, le Prélat de Valcourt Gilbert Fallières parvint finalement à obliger la tenue d’une assemblée prélatoriale ayant pour élément central un vote de confiance envers la meneuse de la congrégation. Effectivement, lors des deux années précédentes, moult rumeurs avaient fait surface dans les milieux ecclésiastiques au sujet de Félicie de Gange, 12e Primat de l’Ordre. Si certains l’accusaient d’incompétence et d’immobilisme, d’autres allaient jusqu’à murmurer qu’elle avait collaboré en 314 avec Ferval, l’ancien astrologue princier, afin de kidnapper des Vestales pour les envoyer au Vinderrhin. Le jour de l’assemblée prélatoriale, nombre de prélats du royaume avaient déjà fait leur choix. Malgré tous les arguments rationnels émis par la principale concernée, la dirigeante de l’Ordre ne parvint pas à faire tourner le vent. À l’issue de cette rencontre, c’est Gilbert Fallières, symbole de la fermeté, de la tradition et de la lutte contre les « belliqueux partisans du Heaume » qui fut élu.

Dès le lendemain de son élection, messire Fallières travailla d’arrache-pied pour déménager les quartiers généraux de l’Ordre vers le beffroi de Valcourt, aux pieds des Crocs. Havre de verdure au cœur du stérile nord felbourgeois, Valcourt gagna peu à peu en renommée grâce au dynamisme de ses membres et au support matériel apporté aux armées princières. Ainsi les savons d’Ézéchiel Hanke, les produits du miel de Paul Delanoy, les fruits de Gilbert Fallières et les ferblanteries de Paul-Hébert Louisoix remontèrent le moral des troupes tout au long du conflit. C’est finalement en 320 que le prestige du beffroi de Valcourt fut suffisant pour justifier son déménagement en ses murs. De plus, l’implantation forcée du Haut Pilier au Siège des Témoins contribua à persuader les confrères et consoeurs de l’Ordre qu’ils n’étaient plus les bienvenus dans la capitale. En partenariat avec le célestaire de Felbourg, érigé quelques années auparavant par Gilbert Fallières, l’influence de l’Ordre de l’Illumination dans l’est du royaume s’accrut au point de devenir incontestable.