Les Oblats hospitaliers

[En résumé]

Qu’importe les apparats! Qu’importe la noblesse du sang ou la callosité des mains! Tous nous sommes créatures du Céleste, du bambin drapé de soie au vieux loup de mer. Nous sommes un corps requérant soins et attentions, nous sommes un cœur aspirant à l’amour et à la compassion. Alors que la santé est nôtre, tendons la main à ceux qui, un jour, pourraient nous la tendre en retour.
Éloïse d’Ardor, fondatrice des Oblats hospitaliers

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Les origines

Oblats

Symbole des Oblats hospitaliers

L’intégration de l’archipel de Pyrae à la 105e année de l’ère royale devait apaiser les tensions entre les palatinats du Nord et leurs voisins du Sud. Pourtant, moins de deux ans plus tard éclata la première guerre du Givre. Pour une question de droits commerciaux dans le confluent de l’Augivre, les seigneurs de Sarrenhor, du Val-de-Ciel et de Cassolmer déclenchèrent les hostilités avec Laure et Felbourg. Pendant un hiver, plus de la moitié du peuple d’Ébène fut dévorée par une guerre vicieuse et impitoyable. Les hameaux les moins fortifiés furent assaillis par des cohortes montées qui, de part et d’autre, laissèrent des centaines d’innocents en proie au froid.

L’une de ces victimes collatérales était Éloïse d’Ardor, une veuve roturière de la frontière septentrionale de Sarrenhor. Lorsque son mari et ses fils perdirent la vie au front, que ses filles périrent brûlées lors de l’incendie de la résidence familiale et que ses terres furent salées par deux fois, Éloïse récupéra son précieux Recueil des Témoins, attela sa jument et prit la route. Malgré son manque d’expérience médicale, elle offrit soins et réconfort aux malheureux brutalisés par les événements. Elle brava les neiges et les glaces des plaines, franchit à dix reprises chaque affluent de l’Augivre et côtoya autant les Laurois que les Sarrens. Par la seule force de sa détermination, elle illumina les obscures nuits de l’hiver austral de milliers d’hommes et de femmes rongés par la guerre.

Le conflit ne consuma qu’une saison. Dès les premières fontes du printemps, les seigneurs conclurent une trêve et déposèrent les armes. Entre temps, le prestige d’Éloïse avait dépassé les frontières de l’Orrhindas et suscité l’attention de la princesse d’Yr, Théonia Ire. Cette dernière, réduite à l’impuissance lors des affrontements –le prince ne devant guère intervenir lors de rixes seigneuriales légales- fut séduite par la sollicitude de l’hospitalière d’Ardor et lui fit don de cinq cents carats afin de poursuivre ses œuvres de charité dans l’entièreté du royaume. Grâce à ces fonds, Éloïse fit construire à la frontière de Sarrenhor et de Laure un temple-hôpital à la mémoire des vies perdues lors des conflits fratricides. Ensuite et jusqu’à sa mort en l’an 138 de l’ère royale, elle propagea ses idées et préceptes dans chacun des palatinats. Ainsi virent le jour les Oblats hospitaliers.

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Les préceptes

Du vivant d’Éloïse, les Oblats hospitaliers s’acquittaient moins d’un rôle ecclésiastique que d’une vocation sociale et humanitaire. Or, au fil des siècles, leur mission se raffina et s’enrichit d’un amalgame de dogmes spirituels. De nos jours, les bonnes œuvres des Oblats ne sauraient être détachées du prosélytisme religieux qui les sous-tend.

Les soins aux indigents, une priorité des Oblats

La congrégation fut, depuis sa fondation, la plus ardente défenderesse de l’égalité et de la liberté des Hommes. Bien sûr, nul ne peut nier que le bon peuple de notre royaume est scindé en de nombreuses castes entretenant entre elles des rapports de domination. Les notions d’égalité et de liberté y sont interprétées, par conséquent, de manières variables. À maintes reprises, les Oblats furent les seuls fervents à s’opposer aux tentatives d’asservissement –voire d’esclavage- entreprises par divers seigneurs des terres. Il est impératif selon eux de préserver les dons attribués par le Céleste à chacun de ses enfants. Personne, qu’il soit serf ou noble, ne doit craindre pour sa vie s’il marche dans la lumière du Dieu. Si un maître, un baron ou un prince s’en prend à la sécurité et à la dignité d’un innocent, tous devraient détenir le droit inaliénable de quitter son service et de le laisser sans pouvoir. Les dominants doivent être dignes du pouvoir octroyé par le Céleste, tout comme les dominés doivent reconnaître les bienfaits de l’humilité adéquatement mesurée.

Si chaque Homme est créature du Très Haut, les frontières des royaumes mortels ne sauraient limiter la charité des fidèles. La femme en proie aux souffrances de l’enfantement, qu’elle donne naissance dans les ports de Salvar ou sous les ponts de Felbourg, mérite réconfort et compassion. Le guerrier agonisant, qu’il serve sous une bannière d’argent, de gueules ou d’azur, doit être accompagné dans ses derniers instants en ce monde. Le Céleste est au-delà des guerres humaines, des préjugés ou des rancunes éphémères. Ceux qui le servent honnêtement doivent revêtir le manteau de la neutralité afin de consoler et de soigner ses enfants, tous issus initialement de la plus pure lumière.

Finalement, au contraire des autres congrégations religieuses qui toujours débattent du statut ontologique du Prophète –était-il humain ou divin?-, les Oblats hospitaliers affirment unanimement que le premier Roi était bel et bien un homme mortel. Cela ne peut sembler constituer qu’un simple dogme supplémentaire, mais de fortes conséquences découlent de cette position : tout individu peut être porteur des miracles du Céleste, l’humanité doit veiller sur ses propres enfants si elle souhaite prospérer, l’Homme détient le pouvoir de repousser les ombres, etc. Plus encore, le décret hospitalier de l’humanité du Roi lance un message limpide au peuple célésien : cessez de spéculer à propos de vérités inaccessibles et respectez le Recueil des Témoins tout en aidant votre prochain.

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La structure

Afin de subvenir aux besoins des nécessiteux, les Oblats hospitaliers ont développé un réseau tentaculaire se déployant dans toutes les régions du royaume d’Ébène. Parfois en charge de temples régionaux, souvent accueillis à bras ouverts dans les auberges et châteaux, ils disposent d’une réputation de pieux médecins. Pour soigner son âme et son corps, rien de mieux qu’un Oblat qualifié. D’ailleurs, nombre de ceux-ci ont fréquenté à un moment ou à un autre de leur vie les séminaires voués aux affaires médicales.

La gestion de cette vaste toile d’entraide est effectuée par le Prieur du temple-hôpital –le premier de son genre- du Haut-Givre, à la frontière de Sarrenhor et de Laure. C’est le prieur, lui-même élu par les soins des Camériers, qui nomme chacun des responsables de confréries ou de communautés. Cette organisation extrêmement centralisée assure, selon les Oblats, la qualité des soins offerts aux indigents de la contrée. Lorsqu’ils sont choisis, les Cellériers et Camériers auront comme tâches de veiller au maintien des ressources matérielles et humaines à la disposition de leur entourage. Advenant le déclenchement d’une guerre ou l’éclatement d’un cataclysme, la congrégation devra immédiatement réagir et se porter au secours des premières victimes.

L’actuelle Prieure des Oblats hospitaliers est Rosanne Lonffroy, une jeune femme de Corrèse. Après avoir brièvement occupé le rôle de cellérière dans les environs du temple-hôpital de Haut-Givre, son prédécesseur la prit sous son aile et incita fortement les camériers à procéder à son élection au titre de future prieure. C’est donc avant même sa trentième année qu’elle hérita des responsabilités inhérentes au plus haut dirigeant de la congrégation.

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La guerre des deux Couronnes

Raoul der Vaast, défunt Témoin des Témoins

Après les durs revers subis en 315, les Oblats hospitaliers se sont bien gardés de s’impliquer politiquement dans la guerre des deux Couronnes. Effectivement, plusieurs mois avant le début du conflit, le camérier laurois Raoul der Vaast parvint par un coup militaire à s’emparer du Siège des Témoins de la cité d’Yr. Dans la même lancée, il fut nommé Témoin des Témoins, titre depuis longtemps délaissé par les intendants du lieu saint. Or, sa gloire fut de courte durée. À la fin du Tournoi de Théonia de l’an 315, l’inquisiteur fou Geoffroy de Montblanc de la Compagnie du Heaume lui asséna un puissant coup de masse à la tête, le tuant sur le champ. Montblanc, ayant brisé le pacte du vin princier, fut immédiatement assassiné par Adolf Aerann le fourbe qui, dans les heures qui suivirent, s’enfuit du palais d’Yr. En un unique coup de masse, tous les espoirs des Oblats hospitaliers s’envolaient. Lors des mois qui suivirent, le protégé de Raoul der Vaast, Barnabus d’Auteuil, prit la direction du Siège des Témoins, mais celui-ci fut aussi assassiné dans des circonstances floues au palais princier. Aujourd’hui, seule la statue de marbre orangé de Raoul der Vaast devant le temple de Gué-du-Roi témoigne de cette brève hégémonie des Oblats.

Lors des années qui suivirent, les Oblats hospitaliers délaissèrent drastiquement la cause politique. À l’exception de Jonas Tyssère, meneur des Désirant s’étant converti à la congrégation populaire peu avant le déclenchement de la guerre, l’essentiel des fidèles se contenta de soigner les blessés, d’accueillir les malades et de nourrir les affamés. Tel fut le cas, par exemple, des Oblats hospitaliers de Mordaigne qui devinrent un phare de paix et de repos dans le chaos de la guerre corrésienne. Grâce aux efforts des bourgeois et noble de ce comté, une académie des métiers d’arts et un hôpital ouvrirent leurs portes et permirent aux indigents d’être surveillés et éduqués.

Toutefois, le zèle de Jonas Tyssère attira nombre de fidèles emplis de ressentiment envers la noblesse tyrannique. En 322, les héritiers du message de messire Tyssère portent le nom des « Hirondelles ». Sans structure claire et définie, ce mouvement populaire est né au lendemain de la mort de Jonas Tyssère, ancien Témoin des Témoins, prêcheur du Haut Pilier et, peu avant sa mort, Camérier des Oblats hospitaliers. Le tout commença avec l’emprisonnement de Barthélémy Tyssère en 316 suite à sa tentative d’assassinat du fils du prince Élémas IV, le seigneur-palatin Ludovic Lacignon. Après des années de tergiversations au sujet du prisonnier, le prince décida de juger publiquement et définitivement le prisonnier. Or, lorsqu’il apparut devant la cour d’Yr, Barthélémy invoqua le procès par combat. Ayant confiance en ses propres capacités martiales, Tyssère estima qu’il pouvait vaincre l’adversaire que la Couronne allait lui imposer. Prenant cette demande comme un affront personnel, le prince choisit impitoyablement son propre champion : Jonas Tyssère, frère de Barthélémy et l’un des principaux meneurs de la révolution. À la surprise générale, Jonas Tyssère débarqua au port de la cité d’Yr le mois suivant. Seul et encapuchonné, il venait répondre à l’appel du prince à titre de champion. En proie à l’angoisse et désireux de revoir son frère avant sa mort, Jonas ne pouvait résister à la convocation. C’est sur la Plaza des Neufs Jardins que le duel judiciaire eut lieu. Tous deux bardés d’un simple plastron de fer rouillé, armés d’une épée sans décorations et protégés à l’aide de targes de bois, les frères s’affrontèrent publiquement sous une fine averse de neige. Contrairement aux attentes des spectateurs, Jonas eut le dessus sur Barthélémy pendant une bonne partie de l’affrontement. Les récentes années d’incarcération de ce dernier avaient considérablement amoindri ses capacités physiques. Toutefois, lorsqu’il eut l’opportunité de vaincre son frère, Jonas s’arrêta brusquement. Barthélémy crut qu’il s’agissait là d’une feinte et, sans rencontrer de résistance, enfonça sa lame dans la poitrine du chef Désirant. L’air médusé, le prisonnier retira son épée du corps de Jonas et le soutint dans sa chute. Gisant dans une mare de son propre sang, les dernières paroles rapportées de l’ancien Témoin des Témoins furent « Ils sont tous uniques et parfaits… ». Suite à ce duel, Barthélémy Tyssère fut acquitté et libéré. La dépouille du défunt, quant à elle, fut renvoyée à Casteval où l’on en perdit la trace. Cependant, lors des mois qui suivirent, des fidèles commencèrent à proclamer avoir aperçu l’esprit de Jonas Tyssère dans des lieux de culte. La rumeur se répandit comme une traînée de poudre dans l’est du royaume et engendra le mouvement des Hirondelles. Selon ces zélotes, le principal commandement du Céleste est simple : tout être humain est égal à ses semblables et libre de ses choix. Au nom de la Foi, les Hirondelles combattent les inégalités (parfois violemment), redistribuent les richesses et refusent l’autorité d’une quelconque structure religieuse hiérarchisée.