Les Aurésiens


[En résumé]

La douceur d’une brise d’été, la chaude caresse d’une aube printanière, le fin picotement d’une neige nocturne, le miroitement rougeoyant des chênes d’automne ; le Céleste a fait de nous les témoins privilégiés de sa création. Qui saurait expliquer l’odeur de la rose ? Qui pourrait partager sa jouissance ou sa souffrance? Les dons du Céleste sont au-delà des mots, au-delà de la raison. 

Hadrien Velliar, dix-neuvième Oracle des Aurésiens

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Les origines

Aurésiens

Symbole des Aurésiens

Tout débuta par un simple toucher, une banale main posée sur une épaule. Au cœur du Bois-du-Trône, un Roi offrit par sa seule paume la connaissance des temps passés, présents et à venir. Celui qui en bénéficia fut Aurèle d’Avhor, médiocre larron de Vêpre qui deviendra plus tard l’un des apôtres assidus du Prophète. Ce que vit Aurèle lors de son contact avec le Roi, nous en avons quelques indices dans le témoignage des Ombres. Pourtant, comme il le soutint à moult reprises de son vivant, les mots qu’il posa sur le papier au moment de la rédaction ne sont que les pales reflets de l’infinie révélation qui l’envahit ce jour-là. En dehors de cet avertissement, il se garda bien d’élaborer davantage son idée, préférant laisser tous et chacun interpréter ses dires.

Bien avant sa mort à la quarante-et-unième année de l’ère royale, Aurèle fut un objet d’admiration parmi le peuple du royaume. Son ascension de la roture –voire de la fange- jusqu’à la droite du Roi suscitait un puissant espoir au sein de la basse caste, tandis que son humilité par rapport à ses relations avec le Céleste recevait l’approbation de la noble. Pourtant, jamais l’homme de Vêpre ne nourrit ce culte de la personnalité. Plutôt taciturne et laconique, il maintint le silence sur ceux qui s’appelaient les « Aurésiens » -de mystiques partisans de ses visions- et n’interféra pas avec leurs projets. Graduellement, les adeptes de la doctrine aurésienne se multiplièrent et obtinrent leurs lettres de noblesse au sein de la foi célésienne.

Néanmoins, à l’exception de Thorstein Arhima, fondateur du Val-de-Ciel et célèbre sympathisant de la doctrine aurésienne, la congrégation n’a que très peu engendré de remous au cours de son histoire. Ses membres sont pour la plupart des ermites, des ascètes ou des fidèles au tempérament solitaire, ce qui ne leur accorde que peu d’influence dans les cours pompeuses du royaume. Les Aurésiens furent et demeurent donc la congrégation religieuse la plus mystérieuses –et la plus méconnue- des terres.

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Les préceptes

La spiritualité aurésienne s’articule autour de pratiques mystiques et contemplatives. À l’image de la vie d’Aurèle d’Avhor, le chemin du croyant est un passage de l’ombre à la lumière, de l’ignorance à la connaissance, de la folie à la sagesse. Chaque Homme naît dans un monde où nous hantent les manifestations des ténèbres. Vices, tentations et passions déroutantes mènent sournoisement les orgueilleux vers les abîmes de l’esprit. Tous les rites de la congrégation ont pour objectif la progression du fidèle vers l’illumination spirituelle.

Emöke dit le Varan, Aurésien sarrens du clan des Vors

Le Célésien qui emprunte le chemin d’Aurèle se doit tout d’abord de rompre avec son passé. Il doit se libérer de tous les attachements susceptibles de l’éloigner de la pureté psychique, autant physiquement –par le voyage et la séparation géographique- que légalement –par la résiliation de ses titres et propriétés-. Pour les Aurésiens, faire le choix libre de renoncer à ses habitudes les plus profondément ancrées est l’unique preuve irréfutable démontrant la soumission de l’individu au Céleste. Il est aisé de louanger le Haut Seigneur lorsque notre demeure regorge de serviteurs ou de partager ses biens lorsque sa bourse déborde de carats. Les nobles et riches du royaume croient accomplir la volonté du Dieu, mais ils ne servent que leurs propres intérêts. Seul celui rejetant volontairement sa propre personne au profit du Très Haut marche sur la voie bénie.

Après la séparation initiale, l’Aurésien doit se vouer à sa croissance spirituelle, préférablement hors des artifices de la cour ou de la vie mondaine. Les beaux apparats, la frénésie des intrigues et l’ambition terrestre doivent être combattus par une vie ascétique ou, au minimum, par une frugalité bien marquée. Ces illusions ne sont que de voluptueuses ténèbres n’aspirant qu’à emporter l’Homme naïf dans un tourbillon de désespoir. En échappant à la superficialité humaine, le croyant peut renouer avec sa flamme intérieure et la nourrir par la contemplation des œuvres du Dieu et la méditation. À ce moment, et à ce moment seulement, il abaissera les voiles d’ombres séparant son âme du Très Haut et sera digne des dons de ce dernier.

L’ultime but des Aurésiens est la liaison avec le Céleste lui-même. Tout comme Aurèle d’Avhor fut le réceptacle de visions ineffables, l’anachorète, s’il a atteint un degré de pureté spirituelle suffisant, sera le témoin de vérités inouïes inaccessibles au commun des mortels. La doctrine aurésienne estime effectivement que le Dieu, par sa suprême puissance et sa divine omniscience, a dissimulé en l’Homme des capacités largement supérieures à celle de la simple rationalité. Or, pour activer ces dons cachés et découvrir un nouveau visage du Très Haut, le sage doit renoncer au carcan du langage, de la science et de la Raison. À ce moment seulement le croyant accèdera à la plus pure vérité et à ses sublimes merveilles.

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La structure

Tel que nous pouvons le concevoir, les Aurésiens ne disposent que d’une faible structure organisationnelle. Ses membres les plus reconnus préfèrent la solitude à la vie publique, tandis que ses sympathisants laïcs se contentent de méditer et de philosopher avec leurs proches. Néanmoins, la congrégation repose sur un simulacre de hiérarchie elle-même fondée sur le respect naturel que vouent les Hommes aux plus sages.

Salazar Moana, Aurésien des jungles de Pyrae

Selon les Aurésiens, l’autorité repose sur deux réalités bien distinctes : les conventions ou l’admiration. Les seigneurs par instaurés par conventions obtiennent la soumission de leurs sbires par l’entremise des carats, des armées ou des lois mortelles. Suffirait-il d’un cataclysme ou d’une révolte pour que leur crédibilité s’évanouisse. Toutefois, certains individus récoltent l’admiration de leurs pairs, entre autres grâce à leur sagesse innée. Ces authentiques guides sont des élus du Céleste envoyés parmi nous afin de combattre l’obscurité de ce monde. Forte de cette conception unique, la congrégation laisse les confréries et communautés déterminer ses Devins et Augures qui, eux-mêmes, n’ont d’autorité que sur ceux dont ils savent obtenir le respect.

Quant à l’Oracle de la congrégation, haute figure du culte, il n’était que rarement aperçu hors des pics sinueux des Crocs, au Nord du royaume. Malgré l’effroyable quantité de malfrats et de pillards résidant dans les montagnes hostiles, les divers oracles, depuis des siècles, persistaient à attendre les véritables fidèles dans les pics escarpés. Lorsque l’oracle ressentait que sa vie s’achevait, il prononçait le nom d’un habitant du royaume. Dès lors, les Aurésiens avaient pour tâche de débusquer l’élu et de le mener au suprême mystique qui devait veiller à en faire son digne successeur. Cependant, en l’an 322 de l’ère royale une tragédie altéra le cours normal des événements. Sans crier garde, l’avant-dernière Oracle, Orya la Belle, s’enleva la vie dans sa grotte des Crocs. Elle laissa derrière elle un message crypté indiquant selon toute vraisemblance que son successeur devait être le dénommé Ferval, Thaumaturge siludien originaire d’Ébène. Cette nomination causa un profond émoi parmi les Aurésiens.

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La guerre des deux Couronnes

Le culte aurésien a soigneusement évité toute implication en faveur de l’un ou l’autre des camps de la guerre des deux Couronnes. Passionnés par leurs révélations mystiques, ils sont demeurés hors du conflit autant militairement que politiquement. Au cours des cinq années que dura la guerre, peu d’événements ébranlèrent la congrégation.

Douze de la Lisière, Aurésien envoyé en mission au Silud

Bien sûr, en 316, la confrérie des Sept mystères installée dans les jungles de Pyrae fit quelques remous en recevant une lourde responsabilité : accueillir le chef du Verbe, Balzème Desfontes, anciennement gardien du pacte du vin au palais d’Yr. Déclaré coupable –suite à ses propres aveux- d’avoir coordonné les projets terroristes de l’association fanatique du Verbe, messire Desfontes fut condamné à la réclusion permanente dans les installations reculées des Sept mystères. Si cette sanction fit scandale dans les cours du royaume, elle fut lentement mais surement oubliée de tous. À ce jour, Balzème réside encore dans son cloître caché de Pyrae, coupé du reste du monde.

Par la suite, la même confrérie des Sept mystères fut bénie d’une obscure prophétie de l’oracle Orya la Belle. En visite dans les jungles du palatinat oriental, la femme fit la déclaration suivante : « Les flammes s’éveillent et les vents de lèvent. Dans la nuit, l’ombre se fait lumière et la lumière se fait ombre. Les flots s’abattent sur la forteresse de jais et emportent avec eux aux quatre coins de la création le mal qui s’y propage. Se lèveront deux Rois, l’un de Vérité et l’autre de Mirage. De la Vérité viendra la Mort. Du Mirage viendra le Mensonge. L’un règnera, l’autre périra. Tout débutera. Tout s’achèvera. »

Suite à sa réception, cette révélation suscita une fascination hors-du-commun dans les cercles religieux ébénois. Selon certaines rumeurs persistantes, celle-ci aurait eu un tel impact auprès des Célésiens que des regroupements mystiques et secrets se seraient formés afin de débusquer les supposés Rois promis. Jusqu’à présent, aucune preuve tangible de l’existence de ces mystérieuses cabales n’aurait toutefois été mise à jour.