La Compagnie du Heaume

[En résumé]

Le Haut Guerrier laissa aux lions des griffes, des crocs et un rugissement fabuleux afin de soumettre ses proies. Il dota les aigles d’ailes, de serres et d’un œil perçant afin d’étendre son empire par-delà les sommets. À l’Homme, il fit don de lames d’acier afin d’occire le lion et de flèches affutées afin d’abattre l’aigle. Notre compagnie est la porteuse de l’acier en ce monde : notre devoir est d’éloigner l’infidèle rugissant et d’aveugler le regard du vicieux.
Charles des Martial, vingt-huitième Commandeur de la Compagnie du Heaume

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Les origines

Heaume

Symbole de la Compagnie du Heaume

À la vingt-septième année de l’ère royale, le Nord du royaume d’Ébène tomba aux mains d’envahisseurs en provenance du Vinderrhin. Privée de roi et désunie, notre contrée ne fut sauvée que grâce aux efforts de Galvin le Fier, le premier commandant du Bataillon sacré de l’île d’Yr. Lorsqu’il eut repoussé les agresseurs à l’aide de son seul courage, on lui fit don de terres, de titres et d’armées. Le héros refusa toutefois ces honneurs inestimables et se voua corps et âme à la création d’une nouvelle congrégation religieuse militarisée.

Selon le fondateur de la Compagnie du Heaume, ce n’est guère par le nombre que les guerriers du Céleste doivent se démarquer, mais par leur qualité et leur noblesse d’esprit. Cet idéal l’incita à sillonner le royaume d’Ébène à la recherche d’hommes et de femmes susceptibles de jeter les bases de l’armée du Céleste. D’abord une poignée, ces élus aussi purs de cœur que puissants de corps se multiplièrent et prêtèrent serment à la cause guerrière du Très Haut. Vers le milieu de la quatrième décennie de notre ère, les pavois de quelques centaines de compagnons protégeaient les routes de pèlerinage, les temples et les célestaires ébénois. L’inclusion du Témoignage de la Puissance, rédigé par Galvin lui-même, au Recueil des Témoins en l’an 40 officialisa le statut de la Compagnie du Heaume en tant que congrégation du royaume.

Malgré sa supposée neutralité politique, la Compagnie a usé à maintes reprises au cours de son existence de ses abondantes ressources militaires afin de modifier le cours de conflits entre seigneurs-palatins. La guerre du Follet qui opposa le Val-de-Ciel à Sarrenhor au début du troisième siècle de notre ère vit l’émergence de la congrégation religieuse comme force géopolitique incontournable. C’est à l’issue de ces affrontements que la Compagnie reçut de Haut-Dôme la suzeraineté sur un vaste territoire à l’intérieur des Criffes. Ce don permit à l’ordre religieux d’édifier ses quartiers généraux aux pieds des monts Namori, là où serpentent les plus importantes routes de pèlerinage des landes.

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Les préceptes

Historiquement, tous les nouveaux compagnons de la Compagnie du Heaume devaient s’approprier les vœux du paladin mentionnés dans le Témoignage de la Puissance du Recueil des Témoins. Le paladinat est une ancienne tradition puisant ses origines dans l’Avant. Lors du Sang’Noir et de la Longue Année, les derniers paladins errants périrent par la lame des damnés des ombres. Ils ne refirent leur apparition qu’au couronnement du Roi lorsque le suzerain nomma les ducs du royaume « Paladins protecteurs du Céleste ». Néanmoins, les ducs paladins –aujourd’hui seigneurs-palatins- n’avaient que peu à voir avec les héros des légendes d’antan. C’est dans l’espoir de renouer avec ces glorieux souvenirs que chaque membre de la congrégation guerrière prêtait le serment repris par Galvin le Fier dans les ultimes lignes de son témoignage. Par ces mots, les croisés en devenir s’agenouillaient devant le Céleste et juraient d’en préserver les beautés. Aujourd’hui, les voeux stipulant l’interdiction de mariage et d’enfantement ne sont plus obligatoires pour rejoindre l’ordre. Effectivement, devant les supplications des jeunes aristocrates se refusant à abandonner l’idée de mariage et de reproduction, la Compagnie du Heaume accepta de laisser au choix du compagnon de prendre épouse (ou époux) et de fonder une famille. Cette liberté cause d’ailleurs toujours des tensions au sein de la congrégation entre les paladins puristes et les compagnons flexibles dans leurs idéaux.

Geoffroy Montblanc de Haute-Garde, inquisiteur tué en brisant le Pacte du vin en assassinant Raoul der Vaast, Témoin des Témoins

Les compagnons ont pour mission fondamentale de veiller à la sécurité des faibles, des innocents et des pèlerins célésiens. Peu importe la puissance ou l’autorité de l’oppresseur, il est du devoir de la Compagnie du Heaume de se dresser entre celui-ci et sa victime. Cette position idéologique ferme fait de la congrégation une actrice imprévisible de la géopolitique ébénoise, les nobles –du baron au prince- ne sachant jamais dans quel camp celle-ci se rangera advenant un conflit interne. Historiquement, certains commandeurs de l’ordre usèrent en effet de cette noble prérogative afin d’augmenter leur influence territoriale, ce qui leur attira les foudres de plusieurs propriétaires terriens du royaume.

Cependant, la protection des innocents n’est pas l’unique résultante de la piété des compagnons du Heaume. Effectivement, au nom du Témoignage de la puissance, la congrégation pourchasse les hérétiques, les païens et les blasphémateurs de Célès. Sa priorité est évidemment la pureté spirituelle du royaume d’Ébène, mais il est fréquent que des galères bondées de missionnaires armés jusqu’aux dents déploient leurs voiles en direction de nations étrangères refusant encore et toujours les voies du Céleste. La logique derrière ces guerres saintes est simple : si une créature du Céleste refuse les leçons du Dieu, alors elle participe aux ombres et doit être éradiquée par le fer.

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La structure

Childéric des Martial, Commandeur de la Compagnie du Heaume

Les quartiers généraux de la Compagnie du Heaume sont situés sur le fief d’Arcancourt, dans les Criffes du Sud. Plusieurs centaines de soldats de l’ordre y sont postés et y veillent à la sécurité des pèlerins transigeant vers le Val-de-Ciel. Cela dit, plusieurs autres bastions de la congrégation furent élevés à proximité des divers célestaires ébénois. Dans chacune de ces casernes sont postés des guerriers –les Compagnons- sous les ordres de Maîtres, eux-mêmes dirigés par un Sénéchal. La hiérarchie de la Compagnie obéit ainsi à une logique militaire comparable à celle en vigueur dans les différentes armées du royaume.

À la tête de l’ordre, le Commandeur s’assure des relations diplomatiques avec les seigneurs-palatins et des stratégies militaires générales. Le commandeur nomme par lui-même et de son vivant son successeur afin d’assurer la fluidité de la transmission des pouvoirs à sa mort. L’actuel commandeur de la Compagnie du Heaume est Childéric des Martial, paladin de la congrégation. Succédant à Jean Lamontagne qui fut capturé puis tué suite à sa guerre sainte au Vinderrhin, il est le descendant d’une lignée de commandeurs trouvant son dernier représentant en la personne de Charles des Martial, décédé lors de l’invasion d’Arcancourt par les Sarrens en 316.

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La guerre des deux Couronnes

Avant le début de la guerre des deux Couronnes, la Compagnie du Heaume s’enlisa dans un intense conflit avec l’Ordre de l’Illumination. Jean Lamontagne et Gilbert Fallières, aujourd’hui meneurs de leurs congrégations respectives, n’étaient à l’époque que des chefs d’influence régionaux. Néanmoins, par leur réputation, ils entraînèrent dans leurs rixes des milliers de soldats qui, plusieurs mois durant, s’acharnèrent à faire plier leur ennemi. Ce conflit ne trouva sa conclusion qu’à l’aube de la guerre civile lorsque le prince Élémas IV imposa un compromis : en échange de la paix, Jean Lamontagne devait être nommé Témoin des Témoins de la cité d’Yr. Au même moment, suite à un raid surprise et meurtrier du clan des Vors du Sarrenhor sur le fief d’Arcancourt dans les Criffes mené par Yvors, seigneur chevaucheur, et Zygfry dit le Vautour, redoutable pillard, le commandeur du Heaume Charles des Martial perdait la vie, nommant dans son dernier souffle Jean Lamontagne comme successeur. Ce dernier venait d’être soudainement propulsé parmi les rangs des plus puissants Ébénois.

À sa nomination au titre de Témoin des Témoins en 316, le nouveau commandeur instaura une série de mesures au Siège des Témoins d’Yr : remplacement du titre « Témoin des Témoins » par « Protecteur du célestaire d’Yr », remise de la statue de Raoul der Vaast exposée à Yr à sa famille en Laure et création d’un lieu de culte mixte. Dans ce lieu commun, les Oblats hospitaliers disposaient d’une infirmerie, le Haut Pilier entretenait les textes sacrés, la Compagnie du Heaume avait ses baraquements et les Aurésiens animaient des salles de méditation dans les jardins. Enfin,  l’Ordre de l’’Illumination conservait ses appartements et était sollicitée pour la construction de ces annexes. Pendant près de trois ans, ce partage du lieu saint assura une trêve religieuse fragile dans la capitale ébénoise. Le message que souhaitait transmettre le commandeur Lamontagne était clair : la guerre civile opposant noblesse et paysannerie n’était qu’un leurre détournant les Ébénois de leur véritable ennemi. Et ce véritable ennemi, c’était Adolf Aerann, félon hérétique ayant brisé le pacte du vin en 315, ayant trouvé refuge au Vinderrhin et s’étant emparé, selon les rumeurs, d’une forteresse de glace par l’utilisation d’une sorcellerie sombre. Tout au long de son règne sur le célestaire d’Yr, Jean Lamontagne s’acharna à persuader les Célésiens de cette menace.

Jean Lamontagne, défunt commandeur de la Compagnie du Heaume

C’est en 320 que, après des années de préparation, les partisans de la guerre sainte de la Compagnie du Heaume furent enfin prêts à prendre la mer. Devant le célestaire des Hautes-Terres finalisés quelques semaines auparavant, le Protecteur du Siège des Témoins d’Yr et Commandeur de la Compagnie du Heaume Jean Lamontagne  annonça que Neil Oengus, son fidèle camarade de guerre, était désormais en charge de l’intendance du célestaire d’Yr avec l’aide de Charlotte Perrin de Neuville. Quelques semaines plus tard, en partance de Port-Casimir en Corrèse, nombre de Valéciens sous les ordres d’Antoine Duval, de membres de la Garde d’Ébène, de Compagnons du Heaume et de Rostamites désireux d’aller confronter le seigneur hérétique Adolf Aerann, réfugié au Vinderrhin, prirent la mer. Ils emportèrent avec eux un précieux produit sensé les protéger du froid lors de leur pérégrination dans les steppes glacées du Nord : un baume révolutionnaire conçu par l’herboriste Alix Franciel. Seule ombre au tableau, les cavaliers de Zygfry dit le Vautour, devant accompagner la croisade selon un traité de paix antérieurement signé afin de réparer l’affront qu’était le raid d’Arcancourt en 316, ne se présentèrent qu’en très faible nombre. Un message fut livré à Jean Lamontagne à leur arrivée à Port-Casimir : « Personne ne peut tenir le Vautour en laisse. Ces volontaires ont accepté de vous suivre, mais jamais vous n’aurez ma personne. ». Malgré cette nouvelle trahison du Sarrens, Lamontagne proclama le début de la guerre sainte. À ce jour, aucune nouvelle n’est revenue des croisés à l’exception que ceux-ci avaient bel et bien atteint les côtes du Vinderrhin en avril 320.

La lune de miel de la Compagnie du Heaume avec le pouvoir achevait. Quelques semaines à peine après le départ de la guerre sainte du Heaume, le capitaine du Bataillon sacré Fidel Guglielmazzi, à la tête de cinq cents gardes princiers et accompagné d’une cohorte de religieux inconnus, franchit les portes du Siège des Témoins. Unilatéralement, il déclara la volonté princière de remettre le plus haut lieu de culte au Haut Pilier afin de lutter contre l’affaiblissement de la Foi, en proie à des tensions grandissantes. Ne disposant pas des ressources et appuis suffisants pour résister à la demande de la Couronne, Neil Oengus et Charlotte Perrin de Neuville cédèrent aux exigences. Quelques jours plus tard, des représentants du Haut Pilier se réclamant de la doctrine carianiste investirent le célestaire d’Yr et en révisèrent la structure afin de renouer avec les idéaux du Recueil des Témoins. Membres d’une faction marginale et rigoriste de leur congrégation, ceux-ci prirent ouvertement le parti du prince contre celui de la princesse, pourtant elle-même hautement respectée au sein de la congrégation du livre.