Du conservatisme laurin

Par Mona der Vaast, des Archives du Vaud

D’aucuns auraient pu s’imaginer que, par sa situation géographique centrale, Laure deviendrait un bastion de multiculturalisme. Or, il n’en est rien. Forts de leur position défensive, autant géographiquement que socialement, les Laurins en profitent pour choyer jalousement la culture éclectique qui est la leur, quitte à sacrifier ce qui pourrait être qualifié d’ouverture d’esprit dans cet environnement hermétique.

Gué-du-Roi surplombe l’eau comme un colosse de pierre – ses hauts murs, avant tout destinés à une protection contre quelque envahisseur, ont aussi servi à marquer une distinction sociale symbolique entre les habitants du palatinat et les étrangers. Quiconque est libre de passer ces murs est un Laurin – le reste se doit de se soumettre au processus d’immigration, même pour de courtes visites – et cela est d’autant plus véridique alors que la fleur-de-jade pestifère le royaume. Ce n’est guère étonnant que la plupart des marchands et des navigateurs préfèrent négocier leurs marchandises sur les docks, quitte à dormir dans la cale, plutôt que de profiter du confort de la ville.

Ainsi privés, pour la plupart, de contact avec l’extérieur, les Laurins sont libres de s’adonner à leur propre guerre culturelle. Tantôt unis contre des fléaux communs – la sécheresse, les mauvaises récoltes ou les crues dévastatrices –, tantôt divisés par des querelles historiques datant de plusieurs générations, il n’est guère étonnant que les habitants de Laure ne soient que peu disposés à s’ouvrir davantage à d’autres cultures, qui ne feraient qu’alimenter les flammes de la dissension, puisqu’ils n’arrivent même pas à s’entendre entre eux.

Ainsi, qu’on les pointe du doigt en les traitant de xénophobes n’insulte guère les Laurins, qui ont déjà entendu bien pire de ceux-là mêmes qui sont leurs voisins et leurs camarades. Si ceux qui vivent en bordure de Sarrenhor ou de Cassolmer n’hésitent pas à interagir et à marchander avec ces frontaliers, ils n’en sont pas moins une grande minorité du peuple laurin, qui préfère garder ses effectifs – autant militaires que paysans – à sa propre disposition.